Sur le site de l’hebdomadaire Marianne*, cet éditorial de son rédacteur en chef, Maurice Szafran dans lequel il dénonce le poids croissant de l’extrême-droite juive sur la communauté. Notamment en exigeant –et obtenant- la censure des partisans de la paix au Moyen Orient.
Coécrit et cosigné avec Eric Conan, j’ai publié sur ce site et dans les colonnes de Marianne, une analyse très sévère du dernier livre de Claude Askolovitch, Nos mal-Aimés, ces musulmans dont la France ne veut pas**.
Vision angélique de l’islamisme, diabolisation permanente de la République et de la laïcité, n’y revenons pas. Le désaccord n’implique évidemment pas que l’on se range aux cotés des censeurs.
Le week-end dernier, Claude Askolovitch était invité à dédicacer son ouvrage dans un salon du livre organisé par la communauté juive de Neuilly. Un rendez-vous pris de longue date. Et voilà qu’in extremis, sa visite est annulée.
« Des risques d’incidents », lui avance-t-on comme explications (faciles). En réalité, des sites juifs d’extrême droite, notamment Dreuz de tonalité néo-fasciste, entendent le réduire au silence. Ils ont donc exigé et obtenu cette interdiction. Lui reprochent-ils son livre? Même pas.
Ils mènent un combat incessant contre Claude Askolovitch parce que celui-ci (avec bien d’autres, le signataire de ces quelques lignes par exemple) s’est toujours prononcé en faveur de la création d’un Etat palestinien aux cotés de l’Etat juif, aux cotés d’Israël.
En France en 2013, au sein d’une communauté juive attaquée et rongée par des fanatiques, une telle position, rien moins que modérée et centriste, suffit à vous faire passer pour un monstre politique et un « traitre à la cause ». La preuve par Askolovitch et le salon du livre de Neuilly.
Ce mini scandale peut paraitre sans importance ni signification. Nous aurions pourtant tort de le minimiser. Car il éclaire (un peu? Beaucoup?) quant à l’état réel du judaïsme français, plus précisément encore de la communauté juive organisée qui subit les coups à répétition d’ultras de plus en plus nombreux, de plus en plus écoutés, de plus en plus influents. La preuve par Askolovitch et sa censure.
Prenons garde à ces mini-excès, à ces mini-violences intellectuelles, à ces tentatives de limiter la liberté d’expression. Dans une France travaillée par les démons du Front National, on s’attendrait, on espérerait un comportement exemplaire de la communauté juive, qu’elle serve, c’est d’ailleurs sa tradition historique depuis la Révolution de 1789, d’aiguillon à la société française toute entière.
Alors que cette communauté juive en soit réduite à priver de liberté d’expression un partisan acharné de la paix israélo-palestinienne, quelle misère, quelle déchéance. Comment et pourquoi le judaïsme français en est-il aussi arrivé là?
*http://www.marianne.net/Le-judaisme-francais-et-ses censeurs_a233029.html?com#comments
**Claude Askolovitch : Nos mal-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas, Grasset.
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