La violence et le racisme perturbent le football amateur dans des classes d’âge de plus en plus jeunes. Pour certains, il ne s’agit pas d’une fatalité. Frappé de plein fouet par l’antisémitisme en 2004, le Maccabi-Bruxelles a réagi en lançant notamment une campagne contre le racisme dans les stades.
En novembre 2007, le président de l’UEFA, Michel Platini, déclarait : « Le football, c’est un jeu qui émerveille et passionne des millions d’enfants à travers l’Europe. Un jeu qui permet aux enfants de grandir avec des valeurs simples mais essentielles, tels le respect des règles et de l’adversaire ou le dépassement de soi. Le football est là pour promouvoir des valeurs d’honnêteté, de courage, de fraternité, de tolérance et de paix. Il n’exclut personne, il ne discrimine personne, il ne persécute personne ». Cette belle déclaration de principe est remise en cause chaque week-end lors de rencontres opposant nombre d’équipes de jeunes de 6 à 17 ans. La violence et le racisme ont gangréné le football amateur, même s’il s’agit d’une violence moins médiatique et moins contrôlée que dans le football professionnel, où les joueurs risquent des sanctions lourdes de conséquences pour leur carrière. Jean-Michel Dewaele, professeur de Science politique à l’Université libre de Bruxelles, particulièrement attentif aux questions relatives au football, considère que « la violence se manifeste de différentes manières, et elle implique tous les acteurs présents sur le terrain et autour de celui-ci. L’arbitre, un bénévole sans formation particulière, est souvent la cible des injures et des agressions. Quant aux parents, ils peuvent être à l’origine de nombreux incidents. C’est un processus pervers. De braves parents peuvent se transformer en véritables hooligans insultant l’arbitre, les enfants de l’équipe adverse, l’entraîneur…, pour finir par exhorter leur fils à “tuer l’adversaire” ». Certains considèrent que tout cela n’est qu’un exutoire. Cette violence est symbolique et verbale. Malheureusement, elle peut être suivie d’agressions physiques. Les insultes proférées, quant à elles, puisent souvent dans le registre du racisme. « C’est lors des matchs de jeunes que le racisme le plus primaire s’exprime, et que la part la plus sinistre de l’âme humaine se manifeste brutalement », constate Jean-Michel Dewaele.
L’incident de Haren
L’expérience de ce racisme primaire, les scolaires du Maccabi-Bruxelles l’ont subie durant l’automne 2004. Lors d’un match qui les opposait au FC Haren, des insultes antisémites ont été proférées par les joueurs et les supporters de ce club. Au terme de la rencontre, ces derniers ont suivi les joueurs du Maccabi dans les vestiaires en criant « Heil Hitler ». Cet incident fut largement médiatisé en raison des sanctions que les responsables du Maccabi se sont vu imposer suite au dépôt de leur plainte (révélant un rapport d’arbitre en principe confidentiel). Cette médiatisation a toutefois permis aux responsables du FC Haren de prendre conscience de la gravité des faits et d’adopter les mesures qui s’imposent. De leur côté, les responsables du Maccabi ont décidé de s’attaquer sérieusement au racisme et à la violence sur les terrains. « Depuis l’affaire de Haren, nous ne laissons passer aucun incident. Nous interpellons directement les autorités du club concerné en leur expliquant les faits. Dans 90% des cas, ils réagissent de manière constructive. Bien que l’antisémitisme s’exprime exclusivement à l’égard des jeunes du Maccabi, nous sommes aussi très attentifs aux insultes racistes et à toute forme de violence », explique Serge Silber, président du Maccabi-Bruxelles. Les dirigeants du club ont été plus loin même, en décidant de mener en 2008 une campagne de lutte contre la violence et le racisme. Prévue pour octobre, elle bénéficiera du soutien du Centre pour l’égalité des chances et de la Commission communautaire française de Bruxelles. Au dos du maillot du Maccabi, un logo « No violence, No racism » est déjà inscrit. Le 22 octobre, des rencontres spéciales avec d’autres clubs bruxellois, comme l’Etoile de Bruxelles, marqueront le lancement officiel de la campagne.
Une Charte du respect
Pour Jean-Michel Dewaele, « une initiative de ce type est importante : les pouvoirs publics ont un rôle à jouer en aidant les clubs amateurs qui développent des projets intéressants. S’il y a bien un endroit où le lien social est une réalité, c’est le football amateur. Des dizaines de milliers de bénévoles vivent à travers ces clubs ». Si des initiatives de lutte contre le racisme émanant des clubs doivent être soutenues, les observateurs les plus avertis considèrent unanimement que les subsides doivent être conditionnés par l’existence d’un projet sportif et éducatif. C’est le cas du Maccabi-Bruxelles qui a inscrit cette initiative contre le racisme dans un cadre sportif et éducatif préalable. Depuis trois ans, ce club -où évoluent plus de 240 jeunes- s’est doté d’un coordinateur encadrant les 14 entraîneurs. Ce nouveau cadre doit permettre aux enfants de s’épanouir, quel que soit leur niveau. Pour que les joueurs aient un comportement exemplaire sur le terrain et en dehors, enfants, parents et entraîneurs doivent signer une charte à leur arrivée au Maccabi. Celle-ci couvre des aspects sportifs et extra-sportifs. « Elle s’appuie essentiellement sur le respect des individus et du matériel » précise Serge Silber. « Grâce à cette charte et à l’exemplarité qu’elle suscite, des non-Juifs ont également inscrit leurs enfants au Maccabi. Ils y trouvent des valeurs essentielles qu’ils cherchent à leur transmettre. A travers ces initiatives, on prouve qu’un sport populaire peut promouvoir le respect ». Si la campagne lancée par le Maccabi a le mérite d’être conforme aux déclarations de Michel Platini, les instances du football belge doivent finir par comprendre que le terrain et ses abords ne constituent pas une zone de non-droit. « Le monde du football a tendance à croire que le sport est régi par des règles qui lui sont particulières », souligne Jean-Michel Dewaele. « Les terrains de football n’échappent pas à l’application de la loi Moureaux sur le racisme ». D’autant plus que pour les enfants, et ce, quelle que soit leur identité, le terrain de football est un espace d’épanouissement. S’ils y retrouvent la violence et le racisme qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne, ils les subiront de manière amplifiée; la passion et l’émerveillement pour le football, si chers à Michel Platini, n’auront alors plus aucune signification.
L’étoile de Bruxelles et la diversité dans le football
Les clubs communautaires remplissent une fonction de sociabilité et de solidarité pour autant qu’ils ne tombent pas dans le piège du repli sur soi. Mohamed Ben Abdellah, président de l’AS Etoile Bruxelles-Capitale (né en 2000 de la fusion de l’Etoile marocaine et du FC Atlas), est bien conscient de cette difficulté : « Au sein de notre club, nous essayons d’apporter un bagage éducatif à nos jeunes en dehors du volet sportif. Nous les encourageons à s’ouvrir à l’autre. Lorsque notre club s’est créé, nous partagions les mêmes installations que le Maccabi à Neder-over-Hembeek. Avec Eddy Grynszpan, vice-président des jeunes du Maccabi, j’ai toujours veillé à ce que la cohabitation et l’entente entre nos deux clubs soit bonne ». Lorsqu’il évoque le racisme auquel ses joueurs sont confrontés, Mohamed Ben Abdellah dresse un constat nuancé : « A Bruxelles, la situation est meilleure dans la mesure où la diversité culturelle est une réalité bien ancrée. En revanche, dans les clubs en dehors de Bruxelles, et notamment dans le Brabant flamand, l’ouverture à la différence culturelle est souvent une notion méconnue, et nous sommes donc perçus par le biais de préjugés racistes ou xénophobes. Leurs supporters nous traitent souvent de “makaken” sans que cela ne suscite la moindre réaction de l’arbitre ni des responsables de clubs ». L’Etoile de Bruxelles-Capitale ne désespère pas. Le club a donc proposé à la Fédération de sensibiliser le monde du football à l’interculturalité. Une demande restée à ce jour sans réponse.
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