Le Mémorial aux martyrs juifs d’Anderlecht en situation d’abandon ?

Depuis le décès d’Isidore Zielonka en mai 2014, l’architecte à l’origine du classement et des travaux de rénovations du Mémorial aux martyrs juifs de Belgique à Anderlecht, la situation de ce monument n’a cessé de se dégrader. Et le cri d’alarme lancé par le conservateur du site vient malheureusement confirmer cette situation d’abandon.

« Notre mémorial est aujourd’hui en voie d’abandon », déplore un ancien administrateur de la fondation du Mémorial national aux martyrs juifs de Belgique. « Ceux qui assument la responsabilité de ce lieu de mémoire ne font rien. Seul Charles Helholc, conservateur de facto, essaie de faire en sorte que ce monument serve encore à quelque chose ».

Charles Helholc appartient à cette catégorie rare de bénévole prêt à donner de son temps à la communauté juive. Lorsqu’Isidore Zielonka s’occupait activement du Mémorial, Charles Helholc lui donnait un coup de main. Et depuis le décès d’Isidore Zielonka, il a continué de s’en occuper, mais seul.

Charles Helholc s’y rend une ou deux fois par semaine pour que le monument soit entretenu. « J’y ai installé un système de sécurité et j’ai refait fonctionner le système d’éclairage automatique », explique-t-il. « Avec l’aide des jardiniers communaux, je m’occupe du nettoyage du site. Quand un groupe visite le mémorial, je préviens la police de zone qui n’envoie pas d’homme pour accompagner le groupe mais elle effectue au moins un passage autour du mémorial ».

Au moins une fois par mois, des groupes viennent visiter le mémorial. « J’ai des réservations de groupes jusqu’au mois de janvier 2016 », insiste fièrement Charles Helholc. « Le problème, c’est que le mémorial ne fait l’objet d’aucune mesure de sécurité. Je suis seul comme un rat. Une dame, Madame Marie-Thérèse Szewczyk, membre du comité de quartier, m’apporte heureusement son aide en me remplaçant lorsque je suis absent ».

Il s’agit donc d’une responsabilité importante car il accueille des groupes de visiteurs dans un endroit sensible qui a déjà fait l’objet de vandalisme et d’agressions. Ainsi, en septembre 2014, des pierres avaient été lancées alors qu’il participait à l’inauguration d’une plaque commémorative en la mémoire d’Isidore Zielonka.

« Je reçois tous ces groupes sans savoir s’il existe une police d’assurance et dans quelle mesure nous sommes couverts en cas d’incident. Quand tout va très bien, c’est magnifique mais le jour où un problème grave se pose, c’est une autre histoire », constate Charles Helholc.

Ses craintes sur la sécurité des lieux et ses interrogations sur les assurances sont d’autant plus fondées qu’il n’est repris dans aucun organigramme de la fondation du Mémorial. « Je n’ai donc aucune existence officielle », reconnait Charles Helholc. « Comme le conseil d’administration ne se réunit jamais, aucune décision n’a été prise. A l’exception d’un mail que le Président de la Fondation du Mémorial, Claude Marinower, m’a un jour transmis dans lequel il indique à Mobistar qu’ils doivent s’adresser à Monsieur Helholc, le conservateur du mémorial ! C’est la seule trace de nomination dont je peux me prévaloir. Mais tout cela importe peu car l’essentiel est de faire vivre ce mémorial ». Dans ce flou juridique, il risque de ne bénéficier d’aucune protection.

« Il s’est certes auto-proclamé conservateur mais au moins il fait quelque chose », rétorque un ancien administrateur ayant démissionné du conseil d’administration du Mémorial face à l’inertie de son président et son bureau. « Charles ne demande rien d’extraordinaire : qu’une structure se mette en place dans laquelle il soit épaulé par une équipe autour d’un vrai projet ».

C’est la raison pour laquelle Charles Helholc a décidé de jeter l’éponge et de ne plus autoriser les visites du Mémorial jusqu’à nouvel ordre. « Cette décision est due aux évènements dramatiques que nous vivons et à l’atmosphère délétère que cela génère », regrette Charles Helholc. « Faute de service de sécurité sérieux, il n’est plus possible que je prenne la responsabilité à moi tout seul d’accueillir une vingtaine de personnes, et même de déléguer quelqu’un d’autre pour me remplacer comme cela s’est fait lorsque je n’étais pas disponible ».

Charles Helholc est désespéré : « Je ne demande qu’une seule chose : qu’une réunion des responsables communautaires se tienne pour qu’on s’occupe enfin de ce mémorial et qu’on ne le laisse pas à l’abandon ».

Cet abandon progressif incompréhensible laisse un goût amer car le Mémorial aux martyrs juifs, le seul à Bruxelles, n’est pas uniquement un monument que les officiels visitent à l’occasion de Yom HaShoah. C’est aussi et surtout un instrument que la communauté juive doit utiliser pour expliquer aux visiteurs ce qui est arrivé à toutes les victimes de la Shoah dont les noms sont gravés sur ses murs. 

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