Le Mémorial Juif de Berlin tombe (déjà) en ruines

D’un lieu de mémoire, le moins que l’on puisse attendre, c’est qu’il soit construit pour durer. Ce qui ne semble pas être le cas pour celui de Berlin. La faute au climat, semble-t-il

Il y a des phrases qu’il vaut mieux éviter de prononcer. Comme : « Même le doigt de Dieu ne pourrait pas couler ce navire » (Th. Andrews, architecte du Titanic) ou  encore celle-ci, qui est de l’entrepreneur Bodo Rothert.

Cet homme, qui a été chargé de la construction du « Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe » de Berlin a cru devoir affirmer lors de l’inauguration en 2005: « Ces stèles dureront aussi longtemps que les Pyramides ».

Il parlait des 2.711 colonnes en béton gris dont la hauteur varie de 50 cm à 4,7 m conçues par l’architecte Peter Eisenman. Sauf que cela ne va pas être possible : moins d’une décennie plus tard, l’ensemble se dégrade à vive allure.

2.200 stèles sont lézardées et les fissures ne cessent de s’élargir. En cause… les changements de température, qui créent des tensions de plus en plus profondes dans le béton. 380 stèles représentent à présent un danger pour les visiteurs (600.000 par an).

 Il a fallu les consolider avec des sortes de corsets en métal qui n’améliorent pas l’esthétique du Mémorial. Deux colonnes ont même été enlevées en 2010. L’une a pu être remise après réparation, l’emplacement de l’autre est toujours vide…

Certes, il est bien certain que les architectes égyptiens de Gizeh et ailleurs auraient bien moins fait les malins s’ils avaient été, eux aussi, été confrontés à un problème de  chauds et froids.

Mais, si consolante que soit cette idée, elle n’empêche pas la justice allemande de se demander qui est responsable d’un aussi dispendieux gâchis (l’ensemble a tout de même coûté 26 millions €).

Car, comme toujours, chacun se renvoie la faute. P. Eisenman, l’architecte, dégage sa responsabilité et pointe du doigt la Fondation qui gère l’ouvrage : pour faire des économies, elle aurait réduit la quantité d’acier contenue dans chaque bloc de béton.

La direction de la Fondation assure ne pas être intervenue dans le choix des matériaux utilisés. Reste le gouvernement du Land de Berlin qui était  l’autre « maître d’ouvrage » avec l’architecte.

Lequel louche vers l’entreprise du quelque peu présomptueux  Bodo Rothert, lequel, pour l’heure, se tait dans toutes les langues.

En attendant que la justice tranche, il est encore possible de visiter le Mémorial –avec prudence et sans que l’on sache pour combien de temps encore.

Pour tous contacts : E-mail : besucherservice@stiftung-denkmal.de    Tel : 49 (0) 30 – 26 39 43 36    Site : http://www.holocaust-mahnmal.de


 

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