Trente-cinq ans après l’assassinat à Bruxelles de Naïm Khader, le premier représentant de l’OLP en Belgique, l’Association Belgo-palestinienne (ABP), laisse encore entendre qu’Israël est coupable alors qu’il n’a jamais été établi qui a organisé et commandité cet assassinat.
L’ABP n’envisage que la culpabilité israélienne sans même évoquer l’hypothèse tout aussi probable d’un assassinat commis par des services arabes ou par un groupe palestinien opposé à l’OLP.
« Naïm Khader n’était pas le premier des représentants de l’OLP connus pour leurs tendances modérées à être victime d’assassinat », peut-on lire à juste titre dans l’hommage rendu par l’ABP (Bulletin n°68 de l’ABP) à Naïm Khader. Et de citer ensuite d’autres personnalités de l’OLP abattues durant les années 1970, dont certaines éliminées par des groupes palestiniens.
« L’hypothèse des services secrets israéliens a tout de suite été évoquée, mais jamais prouvée », précise l’ABP. Aucune mention de la Syrie d’Assad père ni d’un mouvement palestinien dissident tel que le Fatah-Conseil Révolutionnaire d’Abou Nidal.
Il est vrai qu’après le massacre de Munich, en 1972, au cours duquel onze athlètes israéliens ont été assassinés par des terroristes palestiniens de Septembre noir, Israël a mené une politique d’élimination de terroristes et de responsables palestiniens liés à cet attentat.
C’est ainsi qu’est née l’opération « Baïonnettes » (également connue sous le nom de « Colère de Dieu ») consistant à abattre des responsables palestiniens impliqués dans les actes terroristes contre Israël. Ces derniers figuraient sur la fameuse liste noire dressée part Golda Meïr, et une unité spéciale (Kidon) du Mossad se chargeait des assassinats. C’est ainsi qu’ont été abattus des représentants de l’OLP comme Mahmoud Hamchari (Paris), Abdel Wael Zwaiter (Rome) et Hussein Bachir Aboul Kheir (Nicosie).
Toutefois, tout au long des années 1970 et 1980, Israël n’a pas le monopole des assassinats de représentants palestiniens. Abou Nidal (Sabri al-Banna), celui qui fut le « terroriste le plus recherché au monde », qui a commis de nombreux attentats meurtriers dans une vingtaine de pays arabes et occidentaux, s’est également spécialisé dans la liquidation des dirigeants palestiniens modérés favorables à un dialogue avec la gauche israélienne.
Après avoir créé en 1974 le Fatah-Conseil Révolutionnaire suite à de profonds désaccords avec le Fatah de Yasser Arafat, Abou Nidal s’en est pris à tous ceux, côté arabe et palestinien, qui « collaborent avec l’ennemi sioniste », c’est-à-dire ceux qui sont prêts à entamer un dialogue avec des Israéliens reconnaissant la réalité nationale palestinienne. Selon certains spécialistes du terrorisme, le palmarès d’Abou Nidal comprend plus de cadres palestiniens que d’Israéliens !
Abou Nidal et son groupe ont notamment assassiné à Londres en 1978 Saïd Hammami, représentant de l’OLP auprès de la Grande-Bretagne. La même année, ils abattent Ali Yassine, le délégué de l’OLP au Koweit.
Naïm Khader serait-il aussi une des victimes d’Abou Nidal ? L’enquête judiciaire n’a malheureusement jamais permis d’identifier les commanditaires de cet assassinat. C’est la raison pour laquelle des soupçons ont porté à la fois sur Israël et Abou Nidal.
Ceux qui pointent le doigt accusateur vers Israël avancent que les autorités israéliennes voyaient d’un mauvais œil l’éventuelle nomination de Naïm Khader comme représentant de l’OLP à Paris. Il fallait donc éliminer cet intellectuel remuant et favorable au dialogue avec la gauche israélienne.
D’autres désignent des groupes radicaux comme celui d’Abou Nidal ou des régimes arabes du « front du refus » à Israël. Comme le soulignait le journaliste belge Robert Verdussen dans son livre consacré à Naïm Khader (Naïm Khader, prophète foudroyé du peuple palestinien, éd. Le Cri), « Du côté des pays arabes, la décision de l’OLP d’accepter la coexistence de deux Etats sur la terre de Palestine lui avait valu l’opposition des régimes les plus radicaux, et avec eux des groupements palestiniens qu’ils protégeaient. Pour ceux-là aussi, l’image du Palestinien telle que la présentait Naïm Khader était gênante. Elle était celle de la capitulation devant l’ennemi sioniste, de l’abandon du juste combat, de la trahison d’une cause arabe qui visait toujours la disparition d’Israël en tant qu’Etat ».
Il est essentiel que l’ABP rende hommage à Naïm Khader. Mais, à l’instar de Robert Verdussen, il est aussi important que cet hommage ne fasse pas l’impasse sur la vérité ainsi que sur les pages sombres du mouvement palestinien ou tout simplement sur les nombreux points d’iterrogation qui subsistent en ce qui concerne l’assassinat de Naïm Khader. Car tout mouvement de libération nationale a connu des déchirements fratricides et le mouvement national palestinien n’y échappe pas non plus.
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