Le mouvement flamand et la Collaboration

Journaliste et ancien présentateur du JT de la RTBF, Luc Beyer de Ryke a publié cette année Ils avaient leurs raisons (éd. Mols), une enquête sur les collaborateurs flamands ainsi que sur l’héritage assumé de la Collaboration en Flandre. Il abordera cette problématique le jeudi 15 septembre 2016 à 20h dans un débat avec l’historien spécialiste du Mouvement flamand, Bruno De Wever.

Quelles sont les raisons qui poussent les Flamands à collaborer avec l’Allemagne nazie ?

Avant tout, il est nécessaire de souligner un postulat important avant de passer en revue leurs motivations : l’appartenance au monde germanique est déterminante pour ces collaborateurs flamands. Nombre de mes interlocuteurs m’ont bien précisé qu’ils sont des Germains en lutte contre la latinité ! La première de ces raisons est le nationalisme linguistique. Ensuite, il y a le rôle majeur de l’Eglise catholique, et notamment le bas clergé. Pour tous ces prêtres de paroisse, le problème est simple : c’est Rome ou Moscou. C’est ici qu’on glisse vers la troisième raison : la lutte contre le bolchévisme. Pour cette Flandre très enracinée dans le catholicisme, le souvenir des exactions subies par les franquistes et le clergé espagnol durant la Guerre d’Espagne est vivace. Et enfin, il ne faut pas nier la fascination que l’Allemagne nazie exerce auprès des Flamands durant les années 1930. De nombreux nationalistes flamands sont émerveillés par la réussite sociale, certes apparente et superficielle, du nazisme.

La dimension fasciste ou nazie n’intervient pas dans leurs motivations ?

Il faut nuancer. Le nationalisme linguistique est le moteur principal. Bien que la fascination pour le Führer fut aussi très puissante en Flandre et que les héros furent plutôt les SS flamands sur le Front de l’Est que les résistants, ce n’est qu’une minorité qui adhère au nazisme. Ce fut le cas de René Lagrou, un des fondateurs de la SS flamande.

L’idée d’avoir été trompés par les Allemands est aussi largement diffuse…

Oui. Quand le ministre de l’Intérieur NVA Jan Jambon dit que la Collaboration était une erreur, on peut prendre cette phrase au sens propre en considérant la Collaboration comme une erreur morale et politique. Or, beaucoup de Flamands l’interprètent différemment. L’erreur n’est pas la Collaboration, mais d’avoir cru qu’Hitler leur attribuerait l’indépendance. D’où cette phrase : « Zij hebben ons bedrogen » (ils nous ont trompés).

L’héritage de la Collaboration n’est pas revendiqué, mais assumé par un grand nombre de Flamands. Est-ce une particularité flamande ?

Oui, et c’est précisément ici que se situe la grande différence entre la Flandre et le monde francophone. Si vous vous rendez à Bruxelles ou en Wallonie, vous ne trouverez pas de musée ni de mémorial dédié à Léon Degrelle. Tandis qu’en Flandre, vous pourrez notamment visiter le Musée August Borms à Anvers ou participer à une commémoration de SS flamands du Front de l’Est. S’il y a eu beaucoup de collaborateurs en Wallonie, il ne reste absolument rien de ceux-ci dans le champ politique ou culturel. Ce qui n’est pas le cas en Flandre où nombre de familles demeurent émotionnellement liées à la Collaboration, et tout particulièrement celles qui évoluent dans le giron du nationalisme flamand. La Volksunie a joué un rôle déterminant dans la diffusion du nationalisme flamand après 1945. Et elle continue de le faire même si elle n’existe plus aujourd’hui. En implosant, la Volksunie s’est répandue dans tous les autres partis flamands, du Vlaams Belang au SPA, en passant par la NVA, le CD&V et le VLD.

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