Le Pacte de Genève et ses artisans

Ancien directeur du People’s Peace Campaign et membre de la Coalition israélo-palestinienne pour la paix, Saman Khoury a participé aux négociations des accords de Genève au sein de la délégation palestinienne. Proche de Yasser Abed Rabbo, il co-ordonne aujourd’hui la campagne de promotion de ces accords dans les territoires palestiniens et est récemment venu au colloque sur la paix au Proche-Orient organisé par le Cclj pour nous en parler. Quelle est la particularité des accords de Genève?
Pour la première fois dans l’histoire du conflit, des responsables politiques des deux camps apportent une solution détaillée aux questions les plus délicates : Jérusalem et les réfugiés palestiniens. Pour les Israéliens, Jérusalem est leur capitale unifiée et éternelle. Ils savent bien que dans la pratique, ce n’est pas le cas. La partie orientale de la ville est arabe, ce qui conduit encore aujourd’hui les autorités municipales à la négliger. Pour les Palestiniens, c’est pareil. Ils ont compris que Jérusalem-Est est la ville dans laquelle ils vivent et que la partie occidentale n’a aucune signification pour eux. L’accord prévoit donc la division politique de la ville : il y aura deux capitales sur lesquelles Palestiniens et Israéliens exerceront leur souveraineté. Nous nous sommes malgré tout projetés dans l’avenir en envisageant qu’un jour Jérusalem devienne une ville ouverte. La solution retenue pour la vielle ville en est le modèle. La souveraineté peut y être indiquée sur le sol sans pour autant construire des clôtures ou des barrières. Cela a le mérite de permettre à tous de circuler librement dans cette zone qui abrite les lieux saints des trois religions.

Le problème des réfugiés palestiniens est-il plus complexe?
Oui. Durant les négociations, nous avons constaté à quel point cette question heurte la conscience collective israélienne. Je pense que les Israéliens sont prêts à accueillir des réfugiés palestiniens dans leur pays. Par contre, si cette mesure est présentée comme la mise en oeuvre du principe du droit au retour des réfugiés, cela ne marchera jamais car ils auront la conviction qu’ils commettront un acte suicidaire en mettant fin à l’Etat créé en 1948. Nous avons donc choisi de prendre en considération les préoccupations démographiques des Israéliens. Pour les Palestiniens, il est clair qu’un accord de paix qui n’apporte aucune solution à cette question ne sera jamais approuvé. Les réfugiés palestiniens doivent impérativement retrouver leur dignité en intégrant enfin la communauté internationale par l’accès à la citoyenneté. Cela consiste à accorder immédiatement à tout réfugié palestinien la possibilité de devenir citoyen à part entière du pays dans lequel il vit ou du futur Etat palestinien. Pour cette dernière option, nous considérons qu’il s’agit d’un droit naturel que les réfugiés peuvent exercer. S’ils veulent venir en Palestine immédiatement ou dans dix ans, ou simplement obtenir la citoyenneté palestinienne et s’installer dans un autre pays, ce choix doit leur revenir. Ceux qui souhaitent absolument retourner dans ce qu’ils considèrent comme leur pays d’origine -Israël-, devront en faire la demande à titre individuel aux autorités israéliennes Ce qui importe plus que tout, c’est d’en finir avec le statut de réfugié. Les deux parties ont intérêt à résoudre cette question qui ne fait qu’entretenir le conflit.

Il va falloir convaincre les Palestiniens de soutenir cet accord…
C’est une tâche difficile. Cela nous a pris plus de deux ans pour aboutir à un accord avec les Israéliens. Il est donc normal que cela prenne aussi du temps pour convaincre les opinions publiques. Je suis optimiste car les signataires palestiniens de l’accord ne sont pas des inconnus. Certains sont des ministres de l’Autorité palestinienne, d’autres exercent des responsabilités au sein de l’OLP. Ils connaissent tous les aspects de la réalité palestinienne et surtout, ils ont participé activement à la lutte contre l’occupation israélienne. Hisham Abdel-Razeg, signataire et ministre en charge des questions liées aux prisonniers palestiniens, a passé 21 ans dans les prisons israéliennes! Il est donc difficile pour tous ceux qui s’opposent aux accords de Genève de nous accuser de trahison ou de lâcheté. Ils ne l’ont pas encore fait, même s’ils nous présentent déjà comme des naïfs ou des fous.

Le Cclj était à Genève
Le 1er décembre 2003, une délégation du Cclj s’est rendue à Genève à l’occasion de la signature officielle des accords de paix élaborés à l’initiative de Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin. Les différentes délégations de soutien ont été accueillies par les protagonistes avant la grande cérémonie publique, animée par l’acteur américain Richard Dreyfus. De très nombreuses personnalités publiques se sentant concernées par la résolution du problème israélo-palestinien, avaient fait le déplacement, dont Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner, Jimmy Carter, Jack Lang, Patrick Bruel, Simone Veil, Lech Walesa et beaucoup d’autres. L’espoir suscité par ces accords, soutenus par la communauté internationale, est à la hauteur des enjeux. La voie qu’ils ont tracée est la seule option possible.

]]>