Le parti pris antisémite

Sylvain Attal, journaliste français, vient de publier La plaie chez Denoël. Le grand mérite de cette enquête sur le nouvel antisémitisme est de nous fournir les clés d’un phénomène atypique : quelles sont les raisons qui poussent les Juifs de France, dont la majorité appartient aux classes moyennes, à désespérer du pays dans lequel ils se sont épanouis? Il y a la réalité incontestable des faits. On assiste en France à des passages à l’acte antisémite d’une ampleur telle qu’on ne peut plus parler d’épiphénomène. Les agressions physiques dont sont victimes les Juifs ont sensiblement augmenté. La libération de la parole antisémite est telle que sans s’attirer le moindre reproche, des personnes réactivent des vieux stéréotypes antisémites. Cela ne signifie pas pour autant que la France soit antisémite. Mais il y a, de plus en plus, un parti pris antisémite en France. Il est présent dans le monde politique, les médias, les forces vives associatives ou syndicales. On le cache. Même ceux qui en sont victimes en ont honte lorsqu’ils en constatent les ravages. En France, mais aussi dans toute l’Europe ou presque, ce parti pris est en passe de devenir un mouvement antisémite, voire un parti tout court dont il s’agit de délimiter autant que possible les contours.
Ce climat particulier rappelle à Sylvain Attal la France de l’affaire Dreyfus. L’étendard de l’antisémitisme n’est plus la banque juive ou sa figure emblématique, les Rothschild. Aujourd’hui, c’est la détestation et la criminalisation d’Israël qui figure au cœur du dispositif antisémite contemporain. Pas d’Israël en tant que gouvernement, en tant qu’Etat comme les autres, mais d’Israël comme symbole dont est questionné le droit même à l’existence. Or, l’écrasante majorité des Juifs de diaspora est profondément attachée à l’existence d’Israël, qui pour beaucoup, constitue l’élément central de leur identité.
Ce parti pris antisémite s’est bien ancré dans deux mouvements se voulant éclairés et à la pointe du progrès : l’antiracisme et l’altermondialisme. A coup sûr, la conférence de Durban sur le racisme (septembre 2001) constitue un tournant important dans ce processus. Le combat antiraciste, universel s’il en est, verse alors dans l’hystérie anti-israélienne et antijuive. Israël est désigné comme la nation raciste par excellence. Les Israéliens et les Juifs en général y furent décrits comme les émules de leurs anciens bourreaux nazis. Les mouvements antiracistes très imprégnés de tiers-mondisme, comme le MRAP en France, refusent d’admettre que le soutien à la cause palestinienne auxquels ils s’associent est de plus en plus rongé par l’antisémitisme et l’islamisme. Ce dernier n’est qu’une réaction des sociétés traumatisées par le capitalisme et le libéralisme selon certaines figures de proue de l’altermondialisme. Il n’est pas étonnant dans ce contexte de constater qu’Israël devienne l’ennemi public n°1 de la nébuleuse altermondialiste. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les propos de certains dirigeants importants de ce mouvement que Sylvain Attal reproduit dans son livre. Ainsi, Thomas Coutrot, d’Attac, explique qu’Israël est le paradigme de la mondialisation (…) Israël illustre jusqu’à la caricature cette mécanique infernale de la mondialisation néo-libérale.
L’affirmation identitaire des musulmans de France confrontés à l’échec des politiques d’intégration n’est pas non plus dépourvue d’hostilité à l’égard des Juifs. Il y a dans les revendications des musulmans de France, que chacun tient pour fondées, une véritable obsession juive. Ainsi, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), l’une des organisations les mieux représentées au sein du Conseil du culte musulman, compare la loi républicaine sur le voile au statut des Juifs de Vichy leur imposant notamment l’étoile jaune.
Face à ce parti pris gagnant de plus en plus de terrain, les Juifs craignent de se trouver à contre-courant de la société française, d’apparaître comme les nouveaux réacs, les censeurs et les islamophobes. Non seulement, ils sont de plus en plus tenus à l’écart des mouvements antiracistes auxquels ils ont toujours contribué en masse, mais il leur est quasiment impossible de faire comprendre à leurs concitoyens qu’on peut concilier attachement à la République et soutien à Israël.

Conférence de Sylvain Attal
Mardi 26 octobre à 20 h 30
Espace Yitzhak Rabin
Infos et réservations : 02/543.02.70

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