Le Père Gabriel Naddaf, un prêtre qui dérange

Choisi parmi les 14 « porte-flambeaux » de la cérémonie du Jour de l’Indépendance de l’Etat hébreu qui se déroule ce mercredi 11 mai 2016, ce prêtre milite pour l’enrôlement des chrétiens dans Tsahal. Cette position continue de lui valoir de nombreuses critiques au sein de la communauté arabe.

Le prêtre grec-orthodoxe Gabriel Naddaf fait partie des quatorze individus choisis pour allumer, dans la soirée de ce 11 mai, le traditionnel flambeau de la cérémonie marquant le passage du « Jour du Souvenir » (Yom Ha zikharon) au Jour de l’Indépendance de l’Etat hébreu. Une cérémonie placée cette année sous le signe de l’héroïsme civil*. Belle revanche pour celui qui est devenu en l’espace de quelques années la bête noire des députés arabes israéliens, en raison de ses positions en faveur d’une participation accrue de la communauté chrétienne à la vie de l’Etat hébreu. A la tête de la congrégation du village de Yafia, situé près de Nazareth (en Galilée), le Père Gabriel Naddaf, 43 ans, s’est notamment engagé sur un sujet tabou : la conscription des jeunes Arabes chrétiens dans l’armée israélienne.

Depuis quatre ans, il s’efforce d’encourager ses jeunes coreligionnaires (ndlr : qui ne sont pas tenus de servir sous les drapeaux) à se porter volontaires pour effectuer un service national, militaire ou civil. Un engagement atypique qu’il justifie ainsi : « Les chrétiens vivent en sécurité dans ce pays. Notre communauté silencieuse doit partager le fardeau des citoyens israéliens et apporter sa contribution », a fait valoir le Père Gabriel Naddaf, depuis qu’il a rejoint le Forum pour l’incorporation de la communauté chrétienne en octobre 2012. Pour l’heure, le phénomène ne concerne qu’une partie infime des Arabes chrétiens au nombre de 130.000 : près de 150 conscrits par an entre 2013 et 2015 (ndlr : 200 prévus cette année) et une participation annuelle de 500 volontaires (chiffres de 2013) dans le cadre du service civil.

Menaces de mort

Lorsqu’il est monté au créneau, le Père Gabriel Naddaf s’est attiré de nombreuses critiques. Le parlementaire chrétien du parti Balad, Basel Ghattas, a même écrit au Patriarche de l’Eglise orthodoxe de Jérusalem, Theophilus III, afin d’exiger que le prêtre de Yafia soit démis de ses fonctions. Reste que ces menaces n’ont débouché sur aucune mesure disciplinaire. Tandis que la quasi-totalité des factions politiques de la Knesset, des députés de droite du Likoud aux travaillistes du parti Avoda, ont pris fait et cause pour l’intéressé. Même si l’enrôlement des citoyens arabes dans les rangs de l’armée israélienne est encore loin de faire l’unanimité.  

Il est vrai que le Père Naddaf est considéré comme un prêtre qui dérange, en sa qualité de chef spirituel des chrétiens araméens : des chrétiens qui se présentent comme les Palestiniens citoyens d’Israël, tout en refusant le terme d’Arabes. La communauté a même entamé des démarches pour se faire reconnaître comme une minorité à part entière. Et souhaite que le Ministère de l’Intérieur requalifie leur nationalité.

Dans ce contexte, le Père Gabriel Naddaf compte toutes sortes de détracteurs. Au cours des récentes années, on lui a même interdit d’entrer dans l’Eglise de l’Annonciation de Nazareth, sa voiture a été vandalisée et il a reçu des menaces de mort. En 2013, son fils a été hospitalisé après avoir été attaqué par des activistes opposés à son engagement jugé « pro-israélien ». Enfin, le week-end dernier, le Père Gabriel Naddaf a fait l’objet d’allégations (relayées par la 2e chaine de télévision israélienne) l’accusant de harcèlement sexuel auprès de jeunes conscrits potentiels. On lui a également reproché de monnayer des permis d’entrée destinés à des Palestiniens devant se rendre en Israël.

« Des éléments criminels au sein de la communauté, auxquels se sont ajoutés des envieux face au succès que j’ai rencontré, se sont unis pour m’empêcher d’accéder à un titre de reconnaissance, pour ma contribution à la conscription des Arabes chrétiens », a commenté le prêtre, qui a nié en bloc toutes ces allégations et porté plainte contre les personnes suspectées de les avoir fomentées. La ministre de la Culture, Miri Regev, a volé à son secours, précisant que -sauf avis contraire des forces de l’ordre- le Père Gabriel Naddaf participera, comme prévu, à la cérémonie du 68e anniversaire de l’Etat d’Israël.

* Parmi les 14 individus figurent également Herzl Bitton, un chauffeur de bus qui avait sauvé des passagers durant un attentat en janvier dernier, Rona Ramon, la veuve de l’astronaute Ilan Ramon tué dans l’accident de la navette Columbia, et la mère d’Asaf Ramon, un pilote tué dans un accident pendant un entrainement. Ou encore Alison Barson, la policière de l’unité des gardes-frontière ayant neutralisé deux terroristes qui tentaient de poignarder des policiers au barrage de Tapouah en octobre dernier.

]]>