Le Projet Aladin lance son antenne belge

Créé en 2009 à l’initiative de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, sous le patronage de l’UNESCO, le Projet Aladin a lancé son antenne belge ce jeudi 8 décembre 2011. Un événement salué par le public et une série de personnalités, dont Serge Klarsfeld, dans l’enceinte du Parlement francophone bruxellois.

Les « Jeudis parlementaires » sont le lieu et l’occasion d’ouvrir l’hémicycle à la société civile, comme le rappelait la présidente cdh du Parlement francophone bruxellois, Julie de Groote. Le pari fut doublement gagné ce 8 décembre 2011. Non seulement, l’assemblée affichait complet, pour le plus grand plaisir de l’initiateur de l’événement Hubert Benkoski, mais le public qui s’est déplacé, des quatre coins de la Belgique, s’est révélé aussi hétéroclite que le sont les représentants du Projet Aladin.

Une centaine de personnes, hommes et femmes, citoyens lambda, responsables d’associations, professeurs d’université, politiques, juifs, musulmans, chrétiens comme athées se sont réunis pour lancer ensemble et de la façon la plus officielle les Amis belges du Projet Aladin.

Pour modérer les débats, l’ancien député bruxellois PS Mahfoud Romdhani, tout un symbole représenté par « l’un des premiers élus d’origine musulmane de ce Parlement ». Mahfoud Romdhani qui confie voir se réaliser un rêve avec l’ouverture de cette antenne belge. En cultivant cette devise : « L’autre est mon ami, il m’enrichit et j’espère l’enrichir ».

Faire confiance à la jeunesse

Ancienne directrice générale de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la présidente de l’Association Projet Aladin, Anne-Marie Revcolevschi, propose pour sa part de faire confiance à la jeunesse, « qui a sa capacité de comprendre ce qu’elle voit quand elle est confrontée à la réalité », en évoquant la réaction de jeunes devant les petites chaussures d’enfants tragiquement amassées au Musée d’Auschwitz (http://www.cclj.be/cclj-gallery/2530 ). « Nous sommes tous les héritiers d’une histoire, mais nous avons la liberté de décider ce que nous allons en faire, ce que nous allons penser et devenir », affirme-t-elle. « Cette responsabilité et ce courage sont au cœur du Projet Aladin ».

Un projet né du constat que les négationnismes viennent souvent de l’ignorance, et l’ignorance elle-même du manque d’accès à la connaissance. Combattre l’ignorance en apportant à l’homme l’information dans une langue qu’il peut comprendre est l’un des premiers objectifs d’Aladin, qui a ainsi choisi de traduire en arabe et en farsi des livres non dogmatiques, tels le Journal d’Anne Frank et Si c’est un homme de Primo Levi, pour n’en citer que quelques-uns.

« La rencontre de l’autre suppose que l’on sait qui il est, d’où il vient, quelle est son histoire et quelle est sa culture », poursuit Anne-Marie Revcolevschi. « Nos messages doivent donc être adaptés à la personne à laquelle on parle ».

Etudiant à Solvay, Mehdi Benallal s’exprime pour le Comité judéo-marocain pour l’amitié et le dialogue en Belgique, une plateforme d’étudiants engagés dans le dialogue judéo-musulman. « Ma démarche a toujours été d’aller à la rencontre de l’autre pour me forger ma propre opinion » assure-t-il. « Il y a certes des obstacles au dialogue, mais ils ne sont pas une fatalité ». Et de constater un réel enthousiasme auprès du public à l’idée du rapprochement judéo-musulman, persuadé que « les logiques de clivages sont alimentées par des structures sociales et non le fait d’individus ». Pour contrer le manque de nuances, la ghettoïsation et la lecture de la diversité en bloc, sources de racisme, Mehdi Benallal propose des alliances à côté du dialogue, et encourage les initiatives locales, sûr de leur impact sur le global.

Ecrivain, juriste, président de l’Association des Fils et Filles de Déportés de France, célèbre pour sa traque inlassable des nazis, avec son épouse, Beate, Serge Klarsfeld estime pour sa part que si le combat contre le négationnisme est presque gagné en Occident -pour preuve les monuments en mémoire de la Shoah élevés dans presque chaque pays-, il est loin de l’être en terre d’islam, d’où son engagement dans le Projet Aladin. « Les communautés juives ont eu un lien très fort dans ces pays, elles leur ont apporté beaucoup, Bagdad était la capitale du monde juif, mais ce passé reste méconnu des populations », déclare-t-il comme le confirme de la même façon Rachid Benmokhtar, ancien ministre marocain de l’Education, présent lui aussi. « Or, il semble que ces populations arabes soient avides d’apprendre. Aladin me semble un des moyens les plus sûrs de se rapprocher pour éviter que ne se creuse le précipice entre ces deux mondes. Il y a quelques dizaines d’années, on ne pensait pas non plus que l’Allemagne deviendrait la démocratie qu’elle est devenue… ».

Tous égaux en humanité

« Comme Aladin assure le passage de l’ombre à la lumière, le Projet Aladin propose celui de l’ignorance à la connaissance », souligne le professeur de l’Université libre de Bruxelles, Thomas Gergely. Avant d’insister : « S’il existe des petits, des grands, des gros, des blancs, des noirs, des juifs, des musulmans… nous pouvons affirmer que nous sommes tous égaux en humanité. Le raciste, le vrai, qui croit qu’il existe des surhommes et des sous-hommes doit être combattu avec la dernière des énergies ».

Abolir la tolérance condescendante et la remplacer par la reconnaissance de l’autre non pas malgré, mais bien en raison de sa différence… Thomas Gergely refuse aussi cette tendance répandue et efficace qui vise à prendre leparticulier pour le général, affirmant que « l’on peut s’en guérir et accepter d’aller vers l’autre pour se rendre compte qu’il est à l’inverse de nos fantasmes ».

Les interventions seront suivies d’un débat riche en idées, évoquant pour certains le travail de terrain et les initiatives locales prises par la société civile, pour d’autres, les expériences personnelles, témoins du possible rapprochement entre Juifs et musulmans.

« La force de l’échange, contre la force de la violence », résume le comédien Sam Touzani, tandis que le député Ecolo Jean-Claude Defossé réclame une place pour la laïcité. A l’interpellation d’un imam de Verviers sur « l’unilatéralité » du Projet et sur ce qui est fait pour lutter contre l’islamophobie ambiante, la présidente d’Aladin Anne-Marie Revcolevschi dévoile le projet de formation de jeunes rabbins, imams, prêtres et pasteurs bientôt proposé dans le cadre du dialogue interreligieux, à côté des explications déjà sur le site internet, relatives au judaïsme comme à l’islam.

« Aller à la rencontre de soi et appréhender ses propres peurs pour pouvoir aller à la rencontre de l’autre, avoir le courage de refuser de n’être que l’héritier de sa culture, le courage d’aller à contre-courant et faire sien les problèmes des autres pour mieux vivre ensemble », c’est par ces mots que la députée bruxelloise MR Viviane Teitelbaum conclura la matinée. Avant de citer les paroles de David Susskind, fondateur du CCLJ, particulièrement de circonstance : « Le monde est un pont étroit, mais n’ayons pas peur de le traverser ». Ensemble.

Plus d’infos : www.projetaladin.org

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