« Penser », c’est faire preuve de cohérence, c’est avoir la capacité de lier des événements dans le temps et dans l’espace, bref, dans une large mesure, de comparer des choses semblables sans a priori. Ainsi, par exemple, les guerres du passé et celles d’aujourd’hui.
Ou encore les mouvements islamistes d’ici et là-bas. Or, c’est exactement ce que se refusent à faire notre presse et nos intellectuels postmarxistes dès lors qu’il s’agit du seul conflit israélo-palestinien et ce, comme si ce conflit était résolument différent de tous les autres.
Je le répète une nouvelle fois, tout est fait pour présenter ce conflit comme un Western opposant non pas des combattants djihadistes à une armée régulière, certes très supérieurement armée, mais des civils totalement innocents à des… tueurs d’enfants. Oui, des tueurs d’enfants : ne cherchez pas une seule image de combattants du Hamas : la seule représentation du conflit est celle des enfants de Gaza, en pleurs, blessés, sinon déchiquetés. A lire les éditoriaux du Soir, à regarder les reportages de la RTBF, à compulser les photos
de La Libre Belgique, les enfants seraient non pas les premières victimes, mais les cibles privilégiées des hordes sionistes. Les enfants de Gaza ne meurent pas tant sous les bombardements qu’ils sont tués, traqués jusque dans leurs écoles. Manifestement, les guerres menées par Israël sont les seules qui poussent notre presse à mettre systématiquement en avant les morts d’enfants, comme si de l’Irak à la Syrie, aucun enfant n’était jamais tué.
Cette représentation n’aurait rien de choquant si Israël menait effectivement une politique génocidaire. Car, ne nous y trompons pas, affirmer que les Israéliens font des palestiniens leur principale cible revient implicitement à les accuser de génocide. Tout génocide fait en effet des enfants ses cibles prioritaires. Qu’en est-il exactement ? Les Israéliens commettraient-ils un génocide – comme l’a avancé récemment dans Knack, un groupe d’intellectuels flamands, de Tom Lannoye à David Van Reybrouck en passant par Alain Platel ? Poser la question revient à y répondre sans la moindre ambiguïté. Si la mort tragique (car toute mort est tragique) de 2.000 Gazaouis, des combattants pour la plupart si l’on en croit la BBC, constitue un crime de génocide, comment devrions-nous qualifier les crimes commis hier en Arménie et au Rwanda et aujourd’hui en Irak et en Syrie, où les morts se comptent en centaines de milliers ? Le bilan des pertes humaines (2.000 morts sur une population totale de l’ordre de 1,8 million) témoigne, au contraire, du souci d’Israël d’éviter au maximum les pertes civiles, et ce, en dépit du fait que le Hamas utilise, à dessein, les civils en boucliers humains !
La vérité est plus prosaïque : dès qu’il s’agit d’Israël, nos journalistes feignent d’ignorer leurs reportages et chroniques consacrés à d’autres conflits bien plus sanglants, par exemple, sur le débarquement en Normandie ou encore la Grande Guerre. Mentionner ces conflits leur permettrait de rappeler qu’aucune guerre, même la plus juste, ne saurait être propre. Toute guerre provoque des dégâts collatéraux. Les bombardements alliés sur la Normandie causèrent la mort de quelque 20.000 Français évidemment innocents. Combien de civils de moins de 18 ans parmi eux ? Quant à la boucherie de la Grande Guerre, comment oublier qu’en une seule journée, un certain 22 août 1914, 40.000 soldats français et allemands tombèrent absurdement au champ d’honneur. Sans oser convoquer le moins du monde le concept de guerre juste (je ne suis pas le Pape François), il est permis de caractériser dès lors la guerre menée contre le Hamas de conflit de basse intensité. On est bien loin des carnages des deux Guerres mondiales et des massacres d’Irak et de Syrie.
Mais pourquoi nos journalistes convoqueraient-ils ces terribles statistiques alors que leur objectif est précisément de noircir l’image d’Israël ? Ce refus de penser rationnellement est bien la caractéristique première du conflit israélo-palestinien. C’est ainsi que nos journalistes et intellectuels ne cesseront jamais de présenter les Palestiniens comme le peuple le plus persécuté du monde (sic). Ne leur parlez surtout pas des Kurdes ou des Yézidis. Pour ces héritiers de la pensée unique, les Israéliens, comme d’ailleurs les Kurdes, sont coupables du seul fait d’être soutenus par les Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle toutes les victimes causées par les anciens alliés de l’URSS, de Saddam Hussein à Assad, n’ont jamais vraiment compté. Penser, ai-je dit en introduction, c’est contextualiser, c’est remettre les choses à leur place, ce que manifestement nos journalistes se refusent à faire dès qu’il s’agit d’Israël.
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