Le ridicule ne tue toujours pas

Se battre pour Israël est un beau combat. Encore faut-il le mener là où il a un sens. Et non en se lançant dans une polémique creuse avec « Le Monde » comme croit devoir le faire un nommé Roger Pinto  

Donc, le 7 septembre dernier, Alain Frachon, directeur de la rédaction du journal Le Monde évoquait* la résolution 181 de l’ONU, celle qui prévoyait le partage de la Palestine en, écrivait-il, « un Etat juif et un Etat palestinien »

Scandale ! Mensonge ! Infamie ! Roger Pinto, président de l’organisationSiona, s’indigne alors hautement : la résolution parle d’Etat « arabe » et non « palestinien » ! Et de réclamer un rectificatif et des excuses pour cette atteinte éhontée à la Charte de Munich**

Refus du Monde. Et M. Pinto de lui intenter un procès pour « faux intellectuel et usage de faux ». Diantre. N’est ce pas un peu excessif ? N’est-il pas évident que cet Etat arabe là devait être palestinien ?

Pas pour M. Pinto qui enfourche là un vieux cheval fatigué de la droite israélienne : démontrer que le peuple palestinien est « d’invention récente » (après 1967). Et le fait qu’en 1947, l’ONU ne l’évoquait pas en serait une preuve.  La suite du raisonnement coule de source.

Si les Palestiniens étaient de « nouveaux venus », leurs droits sur la Cisjordanie ne sauraient être comparés avec ceux des Juifs qui y vivraient depuis 3.000 ans… On comprend toute l’importance idéologique de l’usage de l’un ou l’autre adjectif.  

On voit aussi que la pertinence de cette polémique est aussi grande que celle sur l’invention du peuple juif. Ou de celle, plus ancienne encore, qui remet en question l’existence de Shakespeare. Quoique, en ce qui le concerne, certains historiens ont admis qu’il y a eu erreur.

Ils affirment que Shakespeare n’a jamais existé. Et que c’est un inconnu portant son nom qui a écrit ses pièces. Ne serait-il dès lors pas envisageable que ce soit un groupe ignoré se faisant appeler « peuple juif » qui ait bâti l’Etat d’Israël ?

Toujours dans la même logique, il n’y aurait pas de Palestiniens. C’est donc là encore un peuple inconnu portant ce nom qui se bat, tue et meurt pour obtenir un Etat de Palestine. Pas convaincant, ce raisonnement ?  Faisons un peu d’histoire alors. 

Juifs et Arabes, tous Palestiniens.

C’est en 135 de notre ère, après avoir écrasé la révolte juive de Bar Kochba, que l’empereur romain Hadrien donna à la Judée le nom de «Syrie Palestine ». Au fil des siècles, la Syrie désigna une autre région puis un autre pays.

Jusqu’au XXe siècle, le nom « Palestine » resta utilisé dans le monde occidental comme un « lieu-dit » pour désigner la Terre sainte. Par contre, il était inconnu tant des Turcs qui dominèrent la région de 1516 à 1917 que des Arabes qui y résidaient. 

La contrée était alors divisée en « vilayets » (provinces) et en « sandjaks » (districts). La majorité des habitants étaient des citoyens ottomans, des membres de la « nation arabe » et, d’un point de vue religieux, faisaient partie de la communauté (oumma) des musulmans

Ce qui ne les empêchait pas de former une entité en « Palestine » : ils étaient possédaient leurs partis politiques propres, leurs députés au Parlement turc qui défendaient leurs intérêts spécifiques (contre les premiers sionistes, par exemple), etc.

Ensuite, lorsque, dans les années 1920, les Britanniques se firent octroyer un « mandat» sur ce territoire, ils lui redonnèrent le nom qui leur était  familier de « Palestine » Et les habitants, devinrent officiellement des « Palestiniens ». Tous, Arabes et Juifs.   

M. Pinto semble donc s’être engagé dans une querelle de néant. D’autant que, à cette aune, on pourrait remarquer que la résolution 181 parle « d’Etat juif » et non « d’Etat israélien ». Que faut-il en conclure ? Que les Israéliens n’existent pas ?  

Israël est assurément une cause qui vaille qu’on combatte pour lui. Mais, on a beau y réfléchir, on ne voit pas en quoi se ridiculiser devant l’opinon puis devant les tribunaux- est bon pour l’Etat juif

*http://www.cclj.be/article/3/2283

**La « Charte de Munich » de 1971 précise les droits et devoirs des journalistes.

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