Spécialiste de la mémoire collective israélienne, le chercheur de l’Université de Ben Gourion avait consacré de nombreux travaux à l’étude du mouvement La Paix Maintenant comme à celle de l’idéologie du Gush Emounim. Il a été tué dans l’attentat de ce 8 juin 2016.
« Prier ou danser à Hébron. Fondamentalisme et contestation dans un lieu sacré ». Tel est le titre d’une enquête ethnographique publiée l’an passé par la revue d’ethnologie française Cairn autour « des sentiments intenses que la rencontre avec les Palestiniens suscite chez un groupe de colons ». Ironie du sort : son auteur Michael Feige, un expert renommé de l’impact des mouvements La Paix Maintenant et Gush Emounim sur la société israélienne, a fait partie des quatre victimes de l’attaque terroriste du marché Sarona de Tel-Aviv. Un attentat perpétré ce mercredi 8 juin 2016, par deux jeunes Palestiniens, originaires d’un village proche d’Hébron.
Agé de 58 ans et père de trois enfants, Michael Feige, lui-même diplômé de l’Université hébraïque de Jérusalem, dirigeait le département des études israéliennes de la faculté des humanités et des sciences sociales de l’Université de Ben Gourion dans le Néguev, à laquelle il était rattaché depuis vingt ans. En sa qualité de sociologue et anthropologue spécialisé dans la société israélienne, la mémoire collective et le mythe politique, il avait consacré de nombreux travaux à l’analyse de l’activisme israélien, qu’il s’agisse des militants de La Paix Maintenant, ou des colons à l’origine du mouvement Gush Emounim.
Homme de paix
En 2010, son titre phare intitulé « Settling in the Hearts : Jewish Fundamentalism in the Occupied Territories » avait notamment remporté le prix Shapiro du meilleur livre de l’Association des études israéliennes. Cet ouvrage est considéré comme l’un des plus importants écrit à ce jour sur l’idéologie des colons. « Michael Feige était un homme fin et pacifique, tant sur le plan personnel qu’au niveau de sa compréhension de la société israélienne », a confié son confrère et ami, Arieh Saposnik, au quotidien Haaretz au lendemain de l’attaque meurtrière.
Sur le plan professionnel, Michael Feige s’était aussi illustré par ses recherches autour de la mémoire collective, au travers de l’analyse des évènements marquants du pays, comme la Guerre de Kippour, l’évacuation de l’implantation juive de Yamit dans le Sinaï (en 1982), ou celle du Goush Katif en 2005, à l’occasion du désengagement israélien de la Bande de Gaza.
Ses travaux portent ainsi sur l’évolution de la commémoration de l’assassinat du Premier ministre et artisan des accords d’Oslo, Yitzhak Rabin, le fondamentalisme religieux, la place de David Ben-Gourion dans la mémoire nationale, ou encore le rôle (politique) de l’archéologie dans l’Israël d’aujourd’hui.
Selon les termes d’un vibrant hommage publié hier par l’Université Ben Gourion et l’Institut de recherche pour l’étude d’Israël et du sionisme, « Michael Feige incarnait à la fois un homme de raison, de tolérance et de paix ».
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