Le spot de Gaia : ‘Pas illégal, mais irrespectueux’

Suite à l’indignation des communautés juive et musulmane, ainsi qu’à l’interpellation de la ministre Fadila Laanan, le Centre pour l’égalité des chances a rendu son avis concernant le spot de l’association belge de défense des animaux diffusé à la radio.

Rappel des faits. L’association Gaia est connue pour ses campagnes choc. Elle a donc choisi les quelques jours précédant et suivant l’Aid el Kebir, fête du mouton, pour diffuser en boucle son spot à la radio. Sa revendication : l’abattage rituel avec étourdissement, contrairement à ce qui est pratiqué dans les abattoirs actuellement. Si la cause peut être légitime, les moyens mis en œuvre pour la dénoncer ont très vite créé la polémique. L’association de défense des animaux décidant de nous présenter le « témoignage » d’un mouton prêt à être égorgé, rappelant de façon évidente et pleinement assumée celui d’un déporté en route vers les camps d’extermination.

La communauté juive s’indigne de cette « banalisation du crime de génocide » (lire notre article). Les musulmans se sentent discriminés. L’Exécutif des musulmans de Belgique dénonce une démarche « qui frôle le racisme ». La ministre de l’Audiovisuel Fadila Laanan interpelle le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), tandis que la polémique et très vite les membres d’un véritable lobbying pro-Gaia envahissent les forums. Jusqu’au débat organisé par Télé-Bruxelles entre Nicolas Zomersztajn, rédacteur en chef de Regards, représentant le CCLJ, et Ann De Greef, directrice de l’association.

Dommages moraux

Si le CECLR exprime une nette réserve sur le procédé utilisé (l’anthropomorphisme), il estime qu’il n’est pas question de violation de la loi sur le négationnisme, ni d’« une minimisation grossière (ni une approbation ni une justification) du génocide ». L’avis mentionne par ailleurs qu’« il n’est pas possible d’en tirer la conclusion que l’on se trouverait face à une forme d’incitation à la haine, à la violence ou la discrimination à l’égard des musulmans  ». Une conclusion à laquelle Nicolas Zomersztajn réagit : « Si au regard du dispositif légal antiraciste belge le spot de de Gaia ne contient aucune incitation à la haine et à la violence, il n’en demeure pas moins qu’il présente certainement les musulmans et les Juifs pratiquants comme des criminels et qu’il inflige également une souffrance morale considérable aux rescapés de massacres ou de génocides qui se voient placés sur même plan qu’un animal destiné à être consommé ».

L’avis reprend : « Le mouton parle (en français ou en néerlandais) et il dit ‘ils se sont mis à nous crier dessus dans cette langue que personne ne comprend…’. Implicitement, cela peut être compris comme musulmans = étrangers. Cela peut participer à l’image que l’islam est quelque chose qui ‘nous’ est étranger ». Il souligne enfin qu’« Utiliser des faits comme la déportation ou le génocide pour mener des campagnes de publicité ou de sensibilisation (pour des causes qui n’ont rien à voir avec cela) est particulièrement périlleux et est susceptible de provoquer des dommages (moraux) auprès de certaines personnes ou certains groupes de personnes. C’est leur manquer de respect », tout en indiquant qu’un spot fait en concertation avec les intéressés aurait probablement été mieux perçu.

Visiblement conscient du malaise, le Centre a ainsi tenté de clore la polémique. Si les personnes blessées le resteront probablement, l’association de défense des animaux a, elle, très certainement atteint ses objectifs : faire parler d’elle. Par tous les moyens.

Lire l’avis du CECLR

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