Le voile en question

Hasard de calendrier, la publication de Fichu voile ! Petit argumentaire laïque, féministe et antiraciste (Luc Pire) coïncide avec celle de Quand l’Europe se voile (La Muette) de Viviane Teitelbaum. A cette occasion, elles aborderont ensemble les questions que suscite le port du voile le 18 mai au CCLJ.

 

Enseignante et militante laïque et antiraciste, Nadia Geerts s’était déjà intéressée à la question du voile dans un précédent livre, L’école à l’épreuve du voile (Labor). En raison de l’ampleur qu’a pu prendre le débat, elle a décidé de poursuivre la réflexion sur la situation belge en tenant compte de cette évolution. Ce bout de tissu serait-il vraiment l’obstacle à la coexistence paisible d’individus aux convictions religieuses et philosophiques différentes au sein d’une société moderne et démocratique ? « Si ce n’était qu’un bout de tissu, cela ne poserait de problème à personne. Ni à des laïques comme moi ni à des femmes musulmanes portant le voile. Tout nous prouve justement le contraire », rappelle Nadia Geerts. « Bien que toutes les femmes portant le voile ne le font pas dans le cadre d’une démarche politique, ceux qui instrumentalisent ces femmes en leur expliquant que la seule manière d’être une bonne musulmane est de porter le voile, ont un projet politique : un projet de société islamiste qui tend à introduire dans l’ensemble de la société une représentation du monde dans laquelle la religion est première et l’Etat second, dans laquelle le corps des femmes est contrôlé par les hommes, dans laquelle la mixité est contestée et la démocratie remise en cause ».

Députée bruxelloise, Viviane Teitelbaum a également contribué au débat sur le voile. Si elle partage les mêmes idées que Nadia Geerts sur cette question, elle a choisi un angle d’attaque différent pour son dernier livre, Quand l’Europe se voile. En comparant six pays européens à travers leur législation en vigueur et leur histoire du rapport entre le religieux et le politique, elle a observé les répercussions qu’entraîne le port du voile sur la tradition européenne du vivre-ensemble.

 

Rupture du pacte européen

 

 

Contrairement à Nadia Geerts, une question est systématiquement posée à Viviane Teitelbaum : pourquoi une femme juive souhaite-t-elle écrire un livre sur le voile islamique ? On l’imagine, cette question suscite immédiatement son indignation. « La question est toujours posée aux Juifs. Cela devient agaçant. Il n’y a pas de raison qu’il y ait des sujets que je ne puisse pas aborder parce que je suis juive », s’exclame-t-elle. Et d’ajouter : « Je ne me laisserai jamais assignée à résidence identitaire. Je veux que cela soit très clair. D’abord on me dit que je ne dois pas m’occuper d’antisémitisme parce que je suis juive et qu’il est préférable de laisser cela aux non-Juifs. Ensuite, on me dit de ne pas me prononcer sur le Proche-Orient pour la même raison. Et enfin, toujours parce que je suis juive, je ne pourrais pas aborder la question du voile et du vivre-ensemble. De quoi dois-je m’occuper alors ? De la pêche à la crevette en Mer du Nord ? ». Présidente du Conseil des Femmes francophones de Belgique et présidente du Comité d’avis d’égalité homme-femme au Parlement francophone bruxellois, Viviane Teitelbaum s’exprime souvent sur des problématiques concernant les femmes. « L’égalité homme-femme est une de mes préoccupations, ce, à travers toutes les religions et dans tous les domaines. Le problème du voile a pris aujourd’hui une telle ampleur que les responsables politiques ne peuvent plus l’ignorer. Le professeur de l’UCL, Felice Dassetto, pourtant défenseur du port du voile dans les écoles, est bien conscient du problème lorsqu’il rappelle que la question du voile a rompu le pacte européen selon lequel la modération de l’expression publique du religieux est la condition de la liberté individuelle de nos sociétés ».

 

 

 

 

Conférence

Le voile en question

Nadia Geerts &Viviane Teitelbaum

Mardi 18 mai à 20h30 – Espace Yitzhak Rabin

Infos et réservations : 02/543.02.70

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