L’artiste Yair Garbuz, les médias, en particulier la présentatrice vedette Yonit Levi, et les instituts de sondage, font partie de ceux qui ont été montrés du doigt. Pour expliquer aussi la « surprise » du 18 mars.
« Nous nous sommes trompés ». « On a été totalement pris de court ». « Tel-Aviv n’est pas le reste du pays ». Autant de propos amers tenus par les plus grands commentateurs depuis 24 heures, sur les écrans ou sur les ondes. Et attestant aussi d’un désir de « mea culpa », face à l’électrochoc du 18 mars. Alors que la liste menée par le travailliste Yitzhak Herzog et la centriste Tzipi Livni « Union sioniste » était voilà quelques jours créditée de quatre sièges d’avance sur le chef du Likoud, Benjamin Netanyahou, ce dernier a finalement enregistré une large victoire aux législatives avec 30 mandats (sur les 120 de la Knesset) contre 24 pour son principal adversaire. Tour d’horizon des personnalités ou institutions jugées pour partie « responsables » de la défaite du centre gauche, ou de la victoire surprise du camp adverse, et désormais montrées du doigt.
Yair Garbuz : l’élite contre le peuple
Invité le 7 mars à prononcer un discours lors du rassemblement anti Netanyahou, organisé par l’association pour la paix « One million Hands », sur la place Rabin de Tel-Aviv, ce célèbre artiste peintre et intellectuel israélien a suscité une vive polémique. La raison ? Devant près de 45.000 personnes, Yair Garbuz a tenu des propos très durs à une semaine du scrutin, dénonçant « les adorateurs d’amulettes, les idolâtres, et les gens qui se prosternent devant les tombes de Saints (…) qui contrôlent l’Etat d’Israël ». Un discours qui lui a valu de nombreux détracteurs de droite comme de gauche. La liste « Union sioniste » s’est fendue d’un communiqué pour condamner « les déclarations de Yair Garbuz qui insultent une communauté sur la base de ses croyances », tout en rappelant qu’elle n’était pas à l’origine de l’évènement et du choix des orateurs. Tandis que le député et ancien ministre Amir Peretz (ex-travailliste qui a rallié le parti Hatnouah, de Tzipi Livni) s’en est directement pris à l’intellectuel lors d’une réunion de la liste consacrée au bilan de la campagne. « Comment pouvez-vous gagner avec un Garbuz ? », a-t-il fait valoir, tandis qu’un autre député travailliste, Erel Margalit, observait que le centre gauche avait récolté de très faibles scores dans les kibboutzim et les villes de développement.
Yonit Levi : une agressivité journalistique hors normes ?
Jeudi 12 mars, les téléspectateurs ont découvert l’interview musclée de Benjamin Netanyahou réalisée par la présentatrice vedette de la deuxième chaîne de TV. Avant d’assister à un entretien plus zen avec son adversaire travailliste, réalisé de surcroît en duplex. Bilan des courses : une séance de questions-réponses avec « Bibi » que les commentateurs ont jugée -rétrospectivement- extrêmement agressive, voire manquant de respect, vis-à-vis du Premier ministre sortant et désormais en voie d’être reconduit. Globalement, la plupart des médias ont toutefois eu le courage de faire autocritique, de reconnaître qu’ils appartenaient à la « bulle » de Tel-Aviv, qui a eu tendance à adopter un parti pris anti Netanyahou pendant la campagne, et à entretenir une impression factice de « ras-le-bol » généralisé des Israéliens contre le champion de la droite. Une attitude renforcée par la frustration ressentie par nombre de journalistes à l’égard d’Israel HaYom, le journal gratuit financé par le milliardaire américain et donateur du parti républicain, Sheldon Adelson, un ardent défenseur du candidat Netanyahou.
Les Instituts de sondage : un bug sans précédent
Certes, cela n’est pas la première fois que cela se produit. Mais la marge d’erreur est sans doute sans précédent tant la majorité des instituts de sondages ont été incapables de prédire le « come back » en force du « roi Bibi ». Notamment à la publication des derniers sondages autorisés le 12 mars. « La plupart d’entre eux s’appuient sur des enquêtes réalisées via Internet (et non téléphoniques), lesquelles tendent à sous-représenter les habitants de la périphérie qui votent plutôt Likoud », a fait valoir Avi Degani, du Geocartography knowledge group, l’un des rares à avoir observé une « remontée » au finish de Bibi. Les instituts de sondage ont également été critiqués le jour J, à l’occasion des « exit polls » (réalisés à la sortie des bureaux de vote), lorsqu’ils ont annoncé mardi 17 mars à 21h un « match nul » entre le Likoud et l’Union travailliste, à 27 mandats dans chaque camp. Des projections préliminaires (sur la base d’une partie des bulletins dépouillés) particulièrement éloignées des résultats finaux proclamés le 18 au matin.
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