Le yiddish va bien et il vit en Israël*

 

Sur le site du Jérusalem Post**, ce témoignage de Shmulik (Shmuel) Atzmon, acteur et directeur de théâtre : le yiddish est toujours vivace en Israël. Et il irait encore mieux avec un petit coup de main de l’Etat…

Comme tous les amoureux de la « mamèloschn », on est toujours content d’apprendre que le yiddish n’est ni à l’agonie ni uniquement pratiqué par les religieux. A preuve, cette interview de Shmulik Atzmon, 80 ans aux prunes, fondateur et directeur du théâtre « Yiddishpiel »

Comme Atzmon est né à Bi?goraj, en Pologne, le yiddish a été  sa langue maternelle. « Mais, raconte-t-il, « mon père, directeur de banque, présidait la branche locale du mouvement sioniste et avait fait construire une école uniquement pour j’apprenne l’hébreu »

Puis vient l’invasion nazie et la famille prend la fuite en Sibérie : «On n’avait pas d’électricité et les bougies étaient une denrée rare. Lorsque nous n’avions pas de lumière, mon père me racontait des histoires. Et lorsque nous en avions, il m’enseignait l’hébreu et le yiddish.

Un jour, je lui ai dit que je ne voulais plus apprendre l’hébreu et que je voulais savoir parler allemand, car c’était la langue de l’ennemi. Il m’a répondu que je devais connaître l’hébreu car nous irions bientôt vivre en Palestine.

Je lui ai donc demandé pourquoi j’avais en plus besoin du yiddish et il m’a répondu : « pour ne jamais oublier que tu es juif ». J’étais complètement bilingue même avant d’arriver en Palestine ».

Après son alya en 1948, Sh. Atzmon, avide de devenir un « Sabra » comme les autres, « remise, comme il dit, le yiddish au « boydem » (grenier). Je parlais yiddish avec mes parents mais seulement à la maison, toutes fenêtres fermées, pour que les voisins n’entendent pas »

Car, comme la culture sépharade, les dirigeants (ashkénazes) de l’époque rejetaient le yiddish. « Ben Gourion était contre. Les productions théâtrales étaient interdites dans cette langue. J’ai des copies de contraventions reçues pour avoir joué en yiddish.

Le gouvernement, qui souhaitait consolider l’hébreu comme langue officielle d’Israël, avait instauré une taxe sur les productions en langues étrangères, au rang desquelles s’inscrivait le yiddish ».

Mais on ne se débarrasse pas aisément d’une culture surtout lorsqu’elle est aussi riche et vivace. Comme celle des Sépharades, elle plie mais ne rompt pas. Le yiddish survit et se porte même de mieux en mieux.

Il faut préserver l’âme du peuple juif : le yiddish

A preuve, le succès croissant du théâtre Yiddishpiel qu’Atzmon a fondé en 1988. Basé à Tel Aviv, il monte 3 ou 4 nouveaux spectacles chaque année,  joue 250 fois l’an, se produit dans tout Israël comme à l’étranger.

Et il n’y a pas que lui : « dans les années 80, seuls 50 ou 60 jeunes qui apprenaient le yiddish dans le pays. Aujourd’hui, il y a environ 6 000 lycéens qui passent une épreuve de yiddish au baccalauréat.

Environ 1 million d’Israéliens le parlent et quelque 200 000 l’emploient au quotidien. Et pas seulement des religieux ! Les jeunes viennent voir nos pièces et on place des sous-titres en hébreu pour ceux qui ne comprennent bien pas la langue.»

Il conclut : « Aujourd’hui, l’hébreu est assez fort pour permettre au yiddish d’être plus largement promu. L’Etat devrait fournir les fonds nécessaires pour le garder vivant,  Je voudrais que des lois passent afin de préserver l’âme du peuple juif : le yiddish ». Nous aussi.

Note : L’Unesco a placé le yiddish parmi les 6.000 « langues en danger » que compte la planète et que l’organisation entend aider à survivre. « Parce que, explique Irina Bokova, la directrice générale de l’agence : « le yiddish est au cœur de l’identité sociale, culturelle et historique du judaïsme en Europe ».

*Titre repris d’un célèbre spectacle du chanteur canadien Mort Schuman : « Jacques Brel Is Alive and Well and Living in Paris » (1968)

*http://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Art-Et-Culture/Sauver-le-yiddish-307868

 

 

 

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