L’école islamique « La Vertu » au Musée juif de Belgique

Ce jeudi matin, une vingtaine d’élèves de l’école islamique « La Vertu » se sont retrouvés au 21 de la rue des Minimes pour visiter le Musée juif de Belgique. Une première pour ces jeunes scolarisés dans la seule école secondaire islamique du pays, qui montre qu’il suffit parfois de la seule volonté pour se rencontrer

C’est dans le cadre d’un cours sur le folklore et les traditions religieuses que les 2e secondaires de La Vertu sont venus visiter le Musée juif de Belgique ce 18 février, accompagnés de leur professeur d’histoire, Hajar Oulad ben Taib. Une initiative née au départ d’une amitié à l’ULB entre deux femmes, Pascale Falek-Alhadeff, conservatrice du Musée, et une amie de Hajar qui a joué l’intermédiaire. La première école libre subventionnée de confession islamique tenait à voir le Musée tel qu’il était au moment de l’attentat de mai 2014 et donc avant sa rénovation. Après une visite guidée de deux heures abordant l’histoire des Juifs en Belgique et plus précisément leur parcours d’immigration, le psychanalyste Paul Dahan, Juif du Maroc, a évoqué les questions identitaires. L’occasion de revenir aussi sur des concepts très symboliques, tels que le Djihad, le port du voile, les libertés individuelles, l’esprit critique… « Ceux qui ont des idées extrémistes ont généralement une psychologie fragile. Accepter que l’autre pense différemment, c’est reconnaitre qu’il existe, c’est cela la démocratie », souligne Paul Dahan. « Personne n’est dépositaire d’une vérité absolue. La seule vérité (« emet » en hébreu) universelle qui nous confronte tous, c’est le rapport à la mort (« met »), parce que la souffrance rapproche les gens. Elle crée des liens. C’est peut-être ce qui explique aussi les départs en Syrie ».

Les questions des élèves fusent : « Pourquoi les religions prônent-elles la paix, mais aucune ne la respecte ? », interroge une jeune fille. « Il faut justement réfléchir à ce que l’on peut faire pour trouver cette paix, non seulement en nous, mais aussi avec l’autre dans sa différence », lui répond sa professeur. « Rappelons-nous de nos ressemblances pour construire cette paix. C’est cela le plus beau des Djihad, et qui doit être le moteur du croyant ». « Cette initiative est fondamentale et participe de la compréhension de l’autre, elle doit se faire de façon réciproque », enchaine une autre femme musulmane, présente lors de l’échange. « L’art et la culture peuvent nous permettre d’aller de l’avant, en ajoutant à nos points communs, la ville de Bruxelles et la Belgique ».

Sortir du ghetto

« Ne pas se replier, garder toujours le contact avec l’extérieur, sortir du ghetto ne peut que nous enrichir », affirme Paul Dahan, avant de rappeler que chaque période de crise connait ses boucs émissaires, « les Juifs n’y sont que trop habitués ».

« Est-ce que chez les Juifs aussi, vous avez des prophètes ? », questionne une élève. « Les femmes portent-elles le foulard chez vous ? », demande une autre. La question du voile fait débat. L’une évoque le fait de ne pas vouloir attirer le regard de l’homme, une autre parle d’un ordre du Coran, une autre encore d’une façon de penser. « On peut être une tout aussi bonne croyante sans porter le voile et inversement le porter et ne pas être une bonne musulmane », précise une jeune fille, voilée. « Si je le porte, cela doit être par conviction personnelle », intervient l’accompagnatrice. « Si je fais quelque chose, il faut savoir quel en est le sens, indépendamment de toute pression ».

Hajar Oulad ben Taib aura le mot de la fin : « Il me semble essentiel de vous rappeler qu’en ce lieu, des gens ont été tués par des terroristes. Nous avons pu ici nous rencontrer, poser nos questions, échanger. Nous sommes aujourd’hui des témoins pour dire que le vivre-ensemble est possible. Après cette journée, chacun retournera dans sa famille et aura l’occasion de porter ce message de paix, à la façon d’un ambassadeur ». Nous nous engageons à poursuivre ce genre d’actions ». En quittant le Musée juif, les élèves de La Vertu se disaient très agréablement surprises de l’accueil. « On pensait vraiment qu’on ne serait pas sympa avec nous », nous confiaient-elles. L’ennemi est souvent celui qu’on ne connait pas. Il n’est jamais trop tard pour mieux se connaitre. 

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