En Israël, l’annonce de la décapitation du journaliste américain Steven Sotloff, peu après celle de son confrère James Foley, a trouvé un écho tout particulier. Si le journaliste avait étudié dans le pays, il avait en effet pris aussi la nationalité israélienne.
Après la confirmation de l’exécution macabre du reporter indépendant américain, révélée mardi 2 septembre, par une vidéo diffusée par l’Etat Islamique (EI), Benjamin Netanyahou a déclaré : « Steven a été assassiné parce que pour ces terroristes meurtriers, il symbolisait l’Occident, la civilisation que l’Islam radical cherche à annihiler ». Selon le Premier ministre de l’Etat hébreu, le monde peut désormais mieux comprendre « que les menaces pesant contre Israël ont beaucoup à voir avec celles qui s’abattent contre les pays incarnant la démocratie et le libéralisme ».
La sortie de Netanyahou n’est pas totalement fortuite. Enlevé le 4 août 2013, par des djihadistes près d’Alep, alors qu’il venait d’entrer dans le Nord de la Syrie par la frontière turque, Steven Sotloff était un journaliste de confession juive, ainsi qu’un citoyen israélien. Ces deux informations biographiques, soigneusement dissimulées par l’intéressé dans l’exercice de ses fonctions, et par son entourage pendant sa captivité, ont été « autorisées pour publication » après son assassinat.
Originaire de Miami, ce diplômé du département de journalisme de l’Université de Floride (sise à Orlando), qui avait vécu au Yémen pendant plusieurs années, et parlait couramment l’arabe, s’était établi en 2005 en Israël pour poursuivre un premier cycle d’études au sein du Centre Interdisciplinaire d’Herzliya (IDC). Collaborateur régulier du Christian Science Monitor, Time, Foreign Policy, Jerusalem Post, Jerusalem Report, The Media Line etc., Steven Sotloff couvrait avec une rare sensibilité la scène moyen-orientale, chroniquant les soulèvements populaires, et les chutes de dictateurs de Bahreïn à l’Egypte, en passant par la Turquieoula Libye.
Conscient des risques du métier, le journaliste free-lance avait décidé de son propre chef de partir en Syrie à l’été 2013 pour montrer les souffrances du peuple syrien au moment où les rumeurs couraient sur l’utilisation des armes chimiques. « C’était un excellent journaliste, il était notre seul gars vraiment renseigné dans la région », témoigne la journaliste de Haaretz, Ilene Prusher, qui fut son « éditrice » pour le Jerusalem Report.
Un monitoring pour effacer les indices
Ce petit-fils d’un survivant de la Shoah avait réussi à masquer ses origines juives à ses ravisseurs, mais il s’était arrangé pour pratiquer sa religion en secret, pendant sa captivité. Prétextant un problème de santé, Steven Sotloff avait même été en mesure de jeûner à l’occasion de Yom Kippour, a confié l’un de ses co-détenus, au journal israélien Yediot Aharonot. Depuis l’annonce de sa prochaine mise à mort, une centaine de proches s’étaient mobilisés pour lancer une campagne de « monitoring » sur les réseaux sociaux, destinée à effacer les moindres indices -sur la Toile- pouvant laisser penser que le reporter avait un quelconque lien avec le monde juif ou Israël.
Près d’un millier de personnes se sont réunies le 5 septembre 2014 dans l’enceinte de la synagogue Beth Am, dans sa ville natale de Miami, pour lui rendre un dernier hommage. « J’ai perdu mon fils et mon meilleur ami, mais je sais que sa disparition va changer le monde », a déclaré le père de Steven Sotloff, Arthur. En milieu de semaine, la famille du jeune journaliste américain avait laissé la parole à son ami Barak Barfi.
Spécialiste du monde arabe, ce dernier n’avait pas hésité à s’adresser directement à Abu Bakr al-Baghdadi, le calife de l’Etat islamique, afin de lui réclamer des comptes. Après une vibrante allocution à son ami décrivant Steven comme un « homme qui voulait donner une voix à ceux qui n’en ont pas », il a interpellé le calife avec ces mots : « Le mois du ramadan est un mois de miséricorde. Où est ta miséricorde à toi ? »
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