Leila Khaled au Parlement européen, une insulte à l’Europe

Le visage empâté n’affiche plus la sveltesse de ses vingt ans. On aurait pu l’imaginer avoir tiré les leçons de sa jeunesse de preneuse d’otages. Mais non. L’activiste, dirigeante du Front populaire de Libération de la Palestine (FPLP), cultive encore la même vieille illusion de la lutte armée. Elle charrie toujours les mêmes haines recuites. Incapable de prononcer le nom d’Israël, elle est venue au Parlement européen déverser sa bile sur « les sionistes ».

Le parti espagnol Izquierda Unida l’y avait invitée le 19 septembre dernier au Parlement européen pour une conférence consacrée au rôle des femmes dans la lutte populaire en Palestine. Parmi d’autres, le mouvement BDS (Boycott, désinvestissements, sanctions) soutenait l’initiative.

Leila Khaled en a profité pour accuser les Juifs de « s’approprier » et « monopoliser » la Shoah. Elle a comparé Auschwitz au « génocide similaire qui se déroule aujourd’hui à Gaza ». Mais « alors que le monde a jugé les nazis à Nuremberg, aucun sioniste n’a jusqu’ici jamais été traduit en justice ». Vifs applaudissements dans la salle. A propos d’Israël, « il ne pourra jamais y avoir de paix tant qu’un seul sioniste se trouvera sur le territoire de Palestine ». Elle précise « nous voulons qu’ils vivent dans la peur ». Questionnée sur ses détournements d’avions et prises en otage de leurs passagers. « C’était pour moi la seule issue possible ». Standing ovation du public.

En 2016, Leila Khaled participait à un meeting à Wuppertal. Le site MEMRI avait rapporté ses propos virulents : « Nous devons être fiers et dire que nous appartenons à un peuple dont (…) c’est (la) dixième Intifada. Il y a eu des Intifadas en 1922 et 1929. Puis est venue la révolution armée de 1936 [la Grande Révolte arabe] ». Opportun rappel historique. A l’époque le nationalisme palestinien se trouvait sous la houlette du pro nazi mufti de Jérusalem Amin Al-Husseini. Les Frères musulmans, eux-mêmes liés au nazisme, le soutenaient activement. Lors de la même réunion Leila Khaled déclarait aussi : « Qui oubliera jamais [la membre du FPLP] Shadia Abou Ghazaleh ou Dalal Al-Mughrabi [qui a participé au massacre de la route côtière en 1978 en Israël] ? Nous ne les oublierons jamais. Ce sont nos martyrs. Nous devons leur rester fidèles ». Pour elle, le peuple palestinien a prouvé « que les négociations ne se tiendront qu’avec des couteaux et des armes ».

Hormis l’abjection de ses actes et de sa rhétorique, Leila Khaled personnifie à sa manière les impasses du nationalisme palestinien. L’incapacité de celui-ci à mettre en œuvre des stratégies et un agenda efficaces pour obtenir un Etat souverain. Les « dix Intifadas » depuis près d’un siècle ? Raté. Les détournements d’avion ? Raté. Les attentats perpétrés contre des civils par « d’inoubliables martyrs » ? Raté. Les négociations sous la menace « des couteaux et des armes » ? Encore raté. Le tout, dès les origines, sur fond d’antisémitisme, désormais associé à un révisionnisme de la Shoah. Ses diatribes terroristes font de Leila Khaled une excellente propagandiste des forces politiques israéliennes opposées à tout avènement d’un Etat palestinien. Il leur suffit de la laisser parler pour convaincre l’opinion.

Le plus interpellant dans cet épisode n’est pas Leila Khaled elle-même mais le parti qui l’invite, ainsi que l’assistance enthousiaste qui l’acclame. Voilà des gens toujours prompts à fustiger le capitalisme accapareur, à dénoncer injustices et inégalités sociales, à clouer au pilori néo-libéralisme et social-démocratie, à blâmer les turpitudes du « système », à combattre racisme, xénophobie et extrême droite. La gauche en général et la gauche radicale en particulier et, au-delà, la gauche sociale, syndicale, associative, etc. se caractérisent par leurs invocations éthiques. Or, la gauche a endossé comme marqueur identitaire la cause palestinienne. Aujourd’hui, être de gauche c’est, postulat non négociable, peu ou prou y adhérer. Compatible avec les idéaux de gauche ?

Dans Le Monde diplomatique de juin 2017, à l’occasion du cinquantenaire de la Guerre des Six Jours, Alain Gresh écrit, lyrique : « A travers le monde, des millions de personnes ont pu se projeter dans le combat que mènent les Palestiniens. Il renvoie à leur propre révolte contre les discriminations et pour l’égalité des droits. A la figure du Palestinien peuvent s’identifier le jeune des quartiers relégués d’Occident, l’Indien expulsé de ses terres ou l’Irlandais fier de son combat passé contre le colonialisme britannique ». Excusez du peu.

Pourquoi les Palestiniens et non les Sahraouis, auxquels l’Etat marocain réserve un sort exactement semblable au leur ? Pourquoi les Palestiniens et non les Kurdes en butte aux Etats turc, syrien, iranien et irakien ? Les Kurdes expérimentent en Rojava libéré (Syrie) des formes originales de démocratie. Ils valorisent l’égalité hommes femmes, enjeu politique considérable dans une société patriarcale et musulmane. Pourquoi les Palestiniens plutôt que les Zapatistes du Chiapas face à l’Etat mexicain ? Ils ont mis en œuvre une stratégie d’action non violente faite entre autres de culture et d’humour. Vertus dont la sinistre Leila Khaled se voit singulièrement dépourvue.

Par-delà ses échecs, peut-être grâce à eux, le nationalisme palestinien a réussi a s’ériger en pure icône, qu’idolâtre la gauche occidentale. Le moindre soubresaut entre Israéliens et Palestiniens, par exemple la crise à Gaza en 2014, jette dans les rues d’Europe et des deux Amériques des foules enfiévrées hurlant leur rage contre Israël. Les menées de la Russie poutinienne en Tchétchénie, celles d’Erdogan en Turquie, sans parler de la boucherie d’Assad en Syrie laissent de marbre ces généreux esprits. On se demande pourquoi. Il est vrai que, au contraire des conflits précités, le différend israélo-palestinien se joue en Terre sainte, haut lieu mythique des trois monothéismes. Et que les adversaires des Palestiniens sont des Juifs.

 

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