Les accomodements déraisonnables

A l’inverse de ce que croient les gens bien intentionnés, aucune concession ne sera jamais assez « raisonnable » pour satisfaire ceux qui n’acceptent que leurs propres lois

Ce 9 avril, un passager d’un vol El Al a été autorisé à se couvrir entièrement d’un sac en plastique juste avant que l’avion n’atterrisse à l’aéroport  Ben Gourion de Tel Aviv. Et ce n’était pas afin d’éviter tout contact avec une des femmes présentes à bord.

Si l’homme a enfilé cette sorte de préservatif, c’est parce qu’il est un Cohen, descendant en ligne directe des prêtres qui conduisaient les offices dans le Temple de Jérusalem, voici moins de 1000 ans.

Et afin de préserver sa pureté rituelle, un Cohen ne peut se trouver à moins de deux mètres du cadavre d’un Juif. (Pour les morts non-Juifs, la règle est plus tolérante : il suffit qu’il ne les touche pas)

Or, l’avion survole le cimetière d’Holon, situé aux abords de l’aéroport. D’où le sac. A cause des émanations des morts, voyez-vous. Dans la foulée, la compagnie El Al a annoncé que ses avions ne passeraient plus au dessus d’un des quatre cimetières qui entourent l’aéroport.  

On a déjà évoqué ici* le brutal refus des « haredim » (ultra-orthodoxes) de laisser les femmes prier comme les hommes devant le Mur des Lamentations. Nathan Sharanski, le président de l’Agence Juive, avait été chargé par le gouvernement de régler le problème.

Sa solution : « l’Arche de Robinson », un site archéologique qui prolonge le Mur côté sud. Depuis 2003, cet emplacement  sert déjà aux prières « non-orthodoxes » mais, jusqu’à présent, il est payant, fermé en soirée et dénué de livres saints

L’idée de Sharanski est de le rendre gratuit et ouvert en permanence à tous ceux –et surtout toutes celles- qui refusent de se plier aux diktats ultra-orthodoxes. L’idée ne plait guère aux femmes qui y voient une officialisation de la discrimination dont elles souffrent.

Comme l’a expliqué une de leurs dirigeantes : « nous refusons de continuer à nous asseoir à l’arrière du bus même si les sièges sont refaits à neuf». Quant aux haredim, ils s’opposent à ce qu’une partie quelconque du Mur échappe à leur autorité.

Ah, les femmes… Que de soucis, par leur simple existence, elles causent aux ultra-orthodoxes ! C’est que, quelle que soit leur âge ou leur tenue, elles sont, par leur nature même, impudiques. Et donc susceptible de perturber les fragiles esprits des vrais croyants.

Ainsi, les journaux haredi ne publient-ils en aucune circonstance de figure féminine. On l’a encore vérifié lorsqu’un d’entre eux a publié la célèbre photo du petit garçon quittant, mains levées, le ghetto de Varsovie en mai 1943.

La femme, impudique par nature

La gazette a cru bon de « flouter » les visages des deux femmes et de la petite fille qui l’accompagnent. Logique, même si elles marchent vers la mort, leurs faces n’auraient pas manqué d’exciter la lubricité des haredim.

Dans ce même contexte, le Jérusalem Post a publié un intéressant article** sur le rapport des « hommes en noir » avec Yad Vashem, le mémorial de la Shoah de Jérusalem. On y explique que les haredim ont longtemps rejeté l’endroit, trop sioniste à leurs yeux.

N’y considère-t-on pas la Shoah comme une catastrophe alors que pour tout ultra-orthodoxe, il s’agit d’une punition divine  et donc légitime ? N’y évoque-t-on pas la « Tekouma » (« Renaissance ») du peuple juif en Israël ?

Autre hérésie puisque seul Dieu est habilité à donner un pays à Son peuple. Mais, explique l’article, les haredim ont évolué : leur antisionisme a diminué et ils éprouvent de plus en plus le besoin de connaître leur passé.

Ils sont donc toujours plus nombreux à vouloir visiter le Yad Vashem. Souci : le Mémorial contient des photos pornographiques. Oui, oui. Celles de femmes que les nazis ont obligées à se déshabiller avant de les envoyer dans les chambres à gaz d’Auschwitz.

Ou d’autres du ghetto de Mizocz (Pologne), elles aussi dévêtues, parfois avec leur enfant dans les bras, attendant la mort dans un ravin. Des images que seul un  pervers sexuel rabique pourrait trouver sexuellement excitantes

Mais dont la vue doit tout de même être dissimulée aux chastes yeux des ultra-orthodoxes. Qu’à cela ne tienne, le Yad Vashem leur a organisé un circuit qui évite avec soin ces strip tease intégraux…

Dans chacun de ces cas, on a modifié la règle commune afin de complaire à une minorité religieuse.   C’est ce que, d’après une notion juridique canadienne, on appelle des « accommodements raisonnables ».

Le problème, comme on vient de le voir, c’est que ces exceptions aux règles sont réclamées par des gens pour qui la raison est une notion entièrement étrangère. Et qui ne seront jamais satisfaits tant que l’ensemble de la société n’aura pas adopté leur mode de vie.

Un constat qui ne se limite pas aux intégristes juifs. En Europe, les extrémistes musulmans visent les mêmes cibles : les femmes et avec un but similaire : les exclure de la vie publique. Il est donc futile de croire qu’un « accommodement raisonnable » puisse satisfaire ces gens.

Leur accorderait-on le voile à l’école qu’ils réclameraient la non mixité à la gymnastique ou à la piscine. Puis la suppression totale des cours en commun. L’interdiction de certaines matières qui ne leur conviennent pas. Et ainsi de suite.

Aucun accommodement ne saurait être « raisonnable » face à des gens qui n’acceptent que leurs propres lois. Tant en Israël que chez nous, il faut en revenir aux fondamentaux : la loi s’applique à tous. La religion relève de la sphère privée.  Et si des accommodements sont nécessaires, c’est aux minorités religieuses de se les appliquer.  

* « Cette secte qui contrôle le Mur des Lamentations »  (http://www.cclj.be/article/1/4100)

**http://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Israel/La-Shoah-de-tous-309210

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