La lutte contre le droit à l’avortement fait de nouvelles émules parmi les jeunes catholiques belges. Bien qu’ils s’efforcent d’utiliser des techniques de communication modernes et branchées, leur discours demeure réactionnaire et intolérant.
Dans un article paru dans Le Soir du 25 mars 2011, on a pu découvrir le visage des nouveaux militants anti-avortement. Ils paraissent jeunes, modernes, tolérants. Ils exigent la suppression de la loi Lallemand-Michielsen de dépénalisation de l’avortement, mais ils tiennent à ce qu’on ne les associe pas à leurs aînés de lutte, c’est-à-dire les catholiques intégristes proches de l’extrême droite.
Sont-ils aussi sympathiques et ouverts qu’ils le prétendent ? La tribune qu’Anthony Burckhardt, porte-parole de la Marche pour la vie, a publiée dans Le Soirdu 12 avril, titrée « Oui, le corps de la femme lui appartient, mais non l’enfant qui grandit en elle n’est pas son corps, il en est l’hôte », est éclairante. La rhétorique utilisée reflète celle du discours catholique intégriste où la lutte contre l’avortement est portée comme un étendard. Il est vrai qu’il ne s’agit plus de lancer des commandos dans les hôpitaux ou les plannings familiaux, mais de mener le combat « pour la vie » avec des méthodes modernes inspirées de celles des mouvements sociaux. Les stratégies de propagande changent, mais le discours intégriste demeure : tout est fait pour culpabiliser les femmes et diaboliser l’avortement qu’ils veulent criminaliser. Le marketing emprunté à leurs homologues américains « pro-life » leur permet de revaloriser un combat réactionnaire traduisant une vision toujours aussi liberticide des questions de société.
Selon Anthony Burckhardt, « le “droit à l’avortement” a coûté la vie à 300.000 individus de ma génération ». Mais surtout, les laïques et les progressistes sont systématiquement présentés comme des obscurantistes intolérants « nostalgiques de leurs combats passés ».
Ces jeunes « pour la vie » prétendent se placer sur le terrain du débat qu’Anthony Burckhardt appelle de ses vœux : « Chacun a le droit de connaître la barbarie de l’avortement et de son business douteux. Si vous considérez légitime de pratiquer l’avortement, pourquoi ne considérez-vous pas légitime que l’on en montre les images ? ». Ces images sont en réalité des films de propagande réalisés par des fondamentalistes chrétiens américains. En guise d’avortement, ils montrent des images insoutenables, sans lien entre elles, de fausses couches sanglantes, de fœtus mis en pièce et de cadavres mort-nés. A Manosque, en France, un enseignant d’un lycée public a littéralement enfermé ses élèves en classe pour leur projeter ce film. Il a également diffusé des tracts où il est écrit que l’avortement est un meurtre, même en cas de viol ! Il a été révoqué, mais il est devenu une star dans le petit monde « pro vie ». Lors de la manifestation bruxelloise du 27 mars, il a été accueilli en héros par les militants « pour la vie ».
Cette manière biaisée de présenterles éléments du débat n’est malheureusement pas le pire des procédés auquel ils recourent : « L’Union soviétique et l’Allemagne nazie furent les premiers pays à avoir autorisé l’avortement », écrit Anthony Burckhardt. Non seulement ce procédé suspect banalise la Shoah, mais il transforme les laïques et les auteurs de la loi de dépénalisation de l’avortement en nazis. Ces nouveaux croisés « pro vie » se présentent, eux, comme des résistants, voire des Justes parmi les nations, au même titre que ceux qui ont sauvé des enfants juifs au péril de leur vie pendant la Shoah.
Point de Godwin
Mais l’analogie avec l’Allemagne nazie a le mérite de révéler toute la pauvreté intellectuelle de ce discours faussement moderne sur la pénalisation de l’avortement. Elle illustre parfaitement le « point de Godwin », ce point culminant d’un discours où tout est comparé au nazisme. Avocat américain, Mike Godwin a énoncé ce principe pour caractériser la situation dans laquelle une personne à court d’arguments rationnels dans un débat à portée générale recourt à l’analogie avec le nazisme ou traite son interlocuteur de nazi pour tuer le débat.
Ils n’étaient certes que quelques milliers à manifester dans les rues de Bruxelles, et à grand renfort de militants européens, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille y voir un phénomène marginal. Le clergé encourage ces jeunes à se radicaliser, et la présence du primat de Belgique à cette manifestation est un signe qui ne trompe pas.
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