Les archives de Maxime Steinberg à Paris

 Les archives personnelles de Maxime Steinberg ont été acquises par le Mémorial de la Shoah de Paris. Même après sa mort, les relations entre cet historien brillant et son pays demeurent compliquées.

A l’occasion du cycle de films et de conférences sur la Shoah en Belgique, organisé pendant la première quinzaine de mars au Mémorial de la Shoah de Paris, un hommage important a été rendu à Maxime Steinberg, l’historien belge spécialiste de la déportation des Juifs de Belgique décédé l’année passée. Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah, en a profité pour annoncer l’acquisition par son institution des archives personnelles de Maxime Steinberg. Cette masse de documents et d’écrits constitue une source d’informations inestimables pour les historiens désireux de poursuivre les travaux de ce précurseur de l’étude de la Shoah en Belgique.

A priori, on peut considérer qu’il s’agit d’une bonne nouvelle. Une institution aussi prestigieuse que le Mémorial de la Shoah prendra bien soin de ces archives. Par ailleurs, cette acquisition témoigne de la valeur des travaux de Maxime Steinberg. Ce n’est pas tous les jours qu’un centre de documentation historique étranger s’intéresse à un chercheur belge.

Cette nouvelle laisse malgré tout un goût amer. On ne peut s’empêcher de se poser une question simple : comment se fait-il que ces archives ne soient pas acquises par une institution belge ? On peut regretter que personne ne se soit démené pour éviter ce transfert vers l’étranger. N’accusons personne, car il est évident que certains ont essayé de faire quelque chose, mais Paris a réussi à leur rafler la mise. Résultat surréaliste, ou tout simplement belge : les archives d’un historien belge sont à… Paris. Quand un jeune chercheur belge voudra consulter ces papiers et ces documents pour mieux avancer dans ses travaux, il devra nécessairement se déplacer à Paris. Je pense surtout à l’historienne Laurence Schram, digne héritière intellectuelle de Maxime Steinberg et responsable des archives du Musée juif de la déportation et de la résistance de Malines. Le Thalys gagnera au moins une cliente de plus.

On a le sentiment qu’un climat lourd et pesant plane sur cette affaire d’archives, pleine de malentendus et de non-dits. Ce qui ne permet pas de se prononcer catégoriquement sur les responsabilités de ce départ vers Paris.

Cet épisode malheureux, ou plutôt ce rendez-vous manqué ne serait-il que la poursuite post-mortem des relations compliquées entre Maxime Steinberg et le monde institutionnel belge et judéo-belge ?

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