Au fil du temps, l’Etat juif tend à s’enfermer sans cesse davantage derrière des murs. En totale contradiction avec cette modernité sur laquelle se fonde son avenir.
Le petit village de Metula (1.500 hab.) est situé au bout du bout nord d’Israël, dans ce qu’on nomme « le doigt de la Galilée ». Juste en face, de l’autre côté, à quelques mètres de la frontière, se trouve le village libanais de Kfar Kila.
La cohabitation n’est pas toujours harmonieuse : dans le passé, il y a eu des tirs de « snipers », les fermiers israéliens se plaignent de jets de pierres, et des incidents sporadiques se produisent entre patrouilles des deux pays. Sans parler d’un trafic de drogue croissant.
Les autorités israéliennes ont donc avisé les Libanais et la Finul* de leur intention de construire une « barrière de sécurité » afin « d’atténuer les tensions ». Elle devrait faire un km de long, cinq mètres de hauteur, être équipée de senseurs électroniques, de caméras, etc.
Par ailleurs, Israël a déjà construit plus de 160 des 250 km de la barrière de sécurité qui doit le séparer de l’Egypte. Son but : stopper l’afflux d’immigrés clandestins venus d’Afrique. Et renforcer la sécurité face aux attaques terroristes.
Lorsqu’elle sera achevée, elle rejoindra la barrière de sécurité qui coupe depuis 2005 l’Egypte de la Bande de Gaza. Laquelle complétait déjà la barrière de sécurité construite durant la décennie 90 entre Gaza et Israël lui-même.
Au début des années 2000, la marine israélienne avait envisagé de compléter l’ensemble en édifiant une barrière de sécurité sous-marine afin d’empêcher les infiltrations à la nage ou par petites embarcations.
Elle aurait dû faire 800 m de long et descendre d’1m 80 sous la surface. Le projet a été abandonné : trop coûteux et d’une efficacité limitée. Tel ne sera certes pas le cas de la barrière de sécurité prévue le long de la frontière avec la Jordanie.
Longue de 238 km, elle sera construite sur le modèle de celle avec l’Egypte et avec la même finalité : stopper illégaux africains et terroristes. Quant à la plus longue des barrières de sécurité (723 km), celle entre l’Etat juif et la Cisjordanie, 413 km ont déjà été érigés.
La création de cette barrière de sécurité avait été décidée en 2002 par le gouvernement d’Ariel Sharon, suite à une série d’attentats suicides qui avaient causé la mort de plus d’un millier d’Israéliens. Peu d’entre eux en contestent donc la nécessité.
D’autant que, depuis sa construction, le nombre d’attentats est en chute libre. (Un fait que l’Autorité palestinienne attribue plutôt au changement de stratégie qu’elle a entrepris). Le vrai souci, c’est que cette barrière ne suit pas la « Ligne verte », la ligne d’armistice de 1949.
Elle empiète sur le territoire palestinien dont, une fois finie, elle annexera de facto 11%. Ceux où se situent 80% des colonies juives. Mais où aussi se trouvent enclavés 270.000 Palestiniens. Tandis que 400.000 autres sont séparés de leurs champs, de leur travail, etc.
Une mentalité de ghetto
Imaginons qu’Israël entreprenne également la construction d’une barrière de sécurité face à la Syrie, et le pays sera entouré de murs sur la quasi-totalité de ses 1.017 km de frontières. Et alors ?
Comme on dit à Jérusalem : « Les bonnes barrières font les bons voisins ». Et, bien sûr, il y a l’incontournable argument de la sécurité, principale préoccupation -et on les comprend- des Israéliens. Mais est-ce si évident ?
D’aucuns les espèrent provisoires, en attendant la paix… que le gouvernement israélien recherche avec une telle lenteur que les méchantes langues parlent d’immobilisme. Les murs risquent donc d’être là pour rester et c’est loin d’être une bonne chose.
D’abord parce que ces murs soignent les effets, non les causes. Ensuite parce qu’aucune « barrière » n’a jamais sur le long terme empli sa mission de protection. Ni la muraille de Chine, ni la ligne Maginot, pas plus que le Rideau de fer.
Qui plus est, les murs créent une mentalité d’assiégés, de « villa dans la jungle » comme dit le ministre Barak. De ghetto, aussi. On s’isole du reste du monde sans espoir (ni volonté) de s’intégrer jamais dans son environnement. Terrible contradiction que ces deux Israël.
Celui branché high-tech, à la pointe du progrès, ouvert sur un univers sans frontières. Et l’autre, avec son nationalisme étriqué, qui ne semble pas voir que les barrières de sécurité sont aussi anachroniques que les colonies. Ou que l’occupation par la force d’un territoire étranger.
* Finul : « Force intérimaire des Nations unies au Liban ». Elle est en place dans le sud de ce pays depuis 1978, où elle est supposée empêcher les affrontements entre Israéliens et Libanais. Avec un succès très relatif.
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