Il fut le 105ème maire de New York (le 2ème à être juif). Ce fut un personnage truculent, renommé pour sa truculence et son humour. Mais Ed Koch sauva aussi la ville de la banqueroute ce qui lui valut d’être réélu à deux reprises avec des scores jamais atteints. Il vient de mourir. Il avait 88 ans
Ainsi, Edward « Ed » Irving Koch est mort ce 1er février. A New York, bien sûr, dont il avait été le maire de 1978 à 1989. Ed qui ? Beaucoup de par le monde, s’ils ignorent son nom, connaissent pourtant sa silhouette et sa voix.
Le petit chauve qui annonce : « Ladies and gentlemen… Simon and Garfunkel! » à Central Park en février 1981, c’est lui. C’est lui aussi qui est parvenu à réunir le groupe séparé depuis 1970 et à le convaincre de donner un concert gratuit devant 500.000 personnes.
Mais pour les New-Yorkais qui l’ont connu, leur 105ème maire, c’est une voiture qui déboule, tous gyrophares allumés. Et un homme bedonnant, sourire jusqu’aux oreilles qui en descend et demande : « Alors, comment je me débrouille dans mon boulot ? »
Puis qui enchaîne sans écouter les réponses. Pour être juste, Ed Koch n’écoutait pas davantage les questions, juste ce qu’il fallait pour trouver l’occasion de lancer une pique à une de ses innombrables têtes de Turc.
Le promoteur Donald Trump, par exemple, systématiquement qualifié de «cochonnet » (« piggy ») ou un de ses successeurs à la mairie, Rudolph Guiliani, « un méchant homme ». C’est qu’Ed Koch n’était pas du genre à tendre l’autre joue.
« Je ne crois pas qu’il soit bon pour le respect de soi de servir de punching-ball » expliquait-il doctement. En précisant : « je ne suis pas du genre à attraper des ulcères. Je préfère en donner aux autres ». Moyennant quoi, les médias l’adoraient.
A son sujet, les journalistes parlaient de « syndrome de Koch » : la capacité de dire quelque chose de scandaleux en tous lieux et à toute heure… Cela avait commencé dès 1979, lorsqu’il avait désamorcé les rumeurs d’homosexualité qui couraient sur son compte .
C’était lors de sa 1ère campagne pour la mairie et, à l’époque, cela suffisait pour briser une carrière. Koch s’est alors affiché en serrant de très, très près une plantureuse ex Miss Amérique. Moyennant quoi, il a été réélu maire trois fois. (Deux de ses prédécesseurs seulement en avaient fait autant)
Mais ce n’était pas seulement à cause de son bagout: quand il s’était présenté pour la 1ère fois, son prédécesseur, Abraham D. Beame, le premier maire juif de la ville * avait laissé une ville au bord de la faillite où la criminalité allait croissant. Sans oublier l’épidémie de sida.
En quatre ans, Ed Koch avait stabilisé la situationfinancière, ce qui lui avait valu une réélection de maréchal : 75% des voix. Durant son 2ème mandat, le budget de la ville était passé d’un déficit de 400 millions $ à un excédent de 500 millions…
D’où un 3ème mandat obtenu avec 78% des voix… Mais les critiques s’accumulaient : s’il avait rétabli les finances, c’était par des coupes drastiques dans les budgets sociaux. Le nombre de sans-abris avait grimpé. Il n’était parvenu à rien dans la lutte contre le sida.
« Mon père est juif, ma mère est juive, je suis juif. »
Et puis vint le temps des scandales : plusieurs membres de son administration furent convaincus de corruption et/ou de détournements de fonds. A quoi s’ajoutèrent les tensions raciales. Koch commit l’erreur de fermer un hôpital public très fréquenté de Harlem
Une économie minime pour un résultat désastreux. Le maire qui briguait un 4ème mandat s’était aliéné l’électorat noir. Et il le perdit tout à fait juste avant l’élection quand sa police ne put retrouver les membres d’un gang de Blancs qui avaient tué un jeune Afro-Américain…
L’heure était venue pour la ville de se doter de son premier maire noir, David Dinkins… Koch n’en resta pas moins le chéri des médias : il écrivit plusieurs livres à succès, participa à d’innombrables débat télévisés et continua à prendre des positions… atypiques
Car si Koch se revendiqua toute sa vie du parti démocrate, il n’hésita pas à soutenir des candidats républicains tant à la mairie de sa ville, comme Michael Bloomberg en 2001, qu’à la présidence des Etats-Unis, comme George W. Bush en 2004.
Et il fut un des critiques les plus virulents de Barack Obama même s’il appela à voter pour lui en 2008 et 2012. Tout cela, en fonction du rapport de ces gens avec Israël. Car, comme Joséphine Baker, Ed Koch avait deux amours : sa ville et le peuple juif.
Le quotidien israélien Haaretz raconte** qu’un des plus beaux moments de sa vie fut un voyage en Israël en 1990. La 1ère intifada battait alors son plein et, lors d’une visite à Jérusalem, Ed Koch fut frappé à la tête par une pierre. La blessure n’était ni grave ni douloureuse.
Et l’ex maire en fut positivement ravi : « J’ai versé un peu de sang pour le peuple d’Israël ». Depuis, cet homme de gauche (selon les critères américains) devint un inconditionnel des gouvernements de droite israéliens et leur politique d’annexion de la Cisjordanie…
Tel fut, brièvement esquissé, l’homme qui vient de mourir. Il s’était acheté pour pas moins de 20.000$ (15.000 €) une concession dans le dernier cimetière de Manhattan à disposer d’encore quelques places.
Il avait alors expliqué : « L’idée de devoir quitter définitivement Manhattan m’est insupportable ». Il avait aussi préparé à l’avance son épitaphe :« Mon père est juif, ma mère est juive, je suis juif. »
C’étaient les derniers mots du journaliste Daniel Pearl, avant qu’il ne soit assassiné par des terroristes islamistes en février 2002. Oui, Ed Koch avait deux amours…
*Si l’on excepte Fiorella La Guardia (maire de 1934 à 1945) dont la mère était juive.
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