Fascinante légende que celle-là : au 16e siècle, un fort savant rabbin de Prague avait créé un monstre afin de protéger les Juifs de leurs ennemis. Et l’histoire finit un peu comme en Cisjordanie ces jours-ci…
Le rabbin anima donc une créature d’argile, un Golem, qui le servit durant des années et qu’il contrôlait grâce à un nom secret de Dieu écrit sur son front. Jusqu’au jour où le Golem échappa à son maître et se mit à dévaster le ghetto qu’il était censé protéger.
Inutile d’être psychanalyste pour voir là une parabole sur les dangers de libérer la violence que chacun porte en soi. Ni d’être rabbin pour saisir la condamnation que le judaïsme fait, non de la légitime défense, mais de l’usage constant et immodéré de la force.
Cette leçon semble avoir été oubliée par la droite israélienne qui a laissé durant trois décennies son propre Golem sévir en Cisjordanie. Avant de découvrir, aujourd’hui, que la Créature commence à échapper à son créateur.
Car, pour continuer à filer la métaphore, leur Golem a eu des enfants qui n’ont rien, eux, d’écrit sur le front et courent donc en toute liberté sur les collines de « Judée-Samarie », notamment à Migron.
Migron est une colonie « sauvage » (c’est-à-dire illégale, même aux yeux du gouvernement israélien) fondée en 2001, non loin de Ramallah. Dès 2002, la justice a ordonné son démantèlement, ce qui ne l’empêche pas de compter près de 300 habitants à ce jour.
Finalement, au début du mois de septembre, Tsahal a démoli trois de ces maisons illicites, ce qui a déchaîné la colère des bébés- Golems. Dans les jours qui ont suivi, ils ont vandalisé trois mosquées, revendiquant à chaque fois leur forfait par le tag « Migron, prix à payer ».
Tant qu’ils y étaient, ils ont aussi ravagé quelques centaines de pieds de vigne palestiniens. La routine. Dans la foulée, ils ont également peint des menaces de mort sur la porte d’une militante de « La Paix Maintenant ».
Une nouvelle habitude : un soldat -arrêté depuis- en avait proféré peu avant contre le secrétaire général de cette organisation. Mais là où ces sympathiques jeunes gens ont vraiment fait fort, c’est à la base militaire de Hativat Binyamin.
Là, toujours comme « prix à payer », ils ont détruit une dizaine de véhicules de Tsahal. Il faut le relire pour le croire : ces Juifs israéliens, défenseurs du « vrai sionisme », s’en sont pris à l’armée de leur peuple, parce qu’elle obéissait aux ordres de la justice et du gouvernement.
Même les dirigeants du Yesha, qui représentent les colons de Cisjordanie, ont condamné ces agissements de leurs jeunes. Ils ont encore le nom de Dieu en tête et sont donc aptes, eux, à comprendre toute la folie imbécile de ce genre d’attaque.
Le gouvernement actuel n’a pas aimé non plus, bien qu’il n’ait pas été, comme la chef de l’opposition, Tzipi Livni, jusqu’à évoquer des « crimes haineux et contraires aux valeurs juives et israéliennes ».
Selon la légende, le rabbin de Prague n’arrivait pas à effacer le nom écrit sur le front du Golem déchaîné qui était beaucoup plus grand que lui. Enfin, il lui ordonna d’une voix forte de lacer un de ses souliers. D’instinct, le Golem obéit à son maître qui pût ainsi l’arrêter.
Y aurait-il un rabbin pour tenter d’en faire autant -ce qui n’est certes pas avéré-, même s’il est douteux que le truc marche encore. Pourtant, si Israël ne réagit pas vite et fort, ses bébés golems grandiront.
Alors, ils ne s’en prendront plus seulement aux Palestiniens et aux véhicules militaires. Après la Cisjordanie, c’est l’Etat juif qu’ils ravageront.
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