Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a présenté ses excuses aux Arabes israéliens avant de les encourager à s’intégrer davantage en Israël. Son message n’a pas convaincu. Et d’ailleurs était-il vraiment destiné aux Arabes israéliens ?
On dit qu’en politique étrangère, il ne faut jamais présenter d’excuses : l’autre partie aurait tôt fait de réclamer une compensation en espèces sonnantes et trébuchantes. En politique intérieure, en revanche, présenter ses excuses est moins risqué. Et puis cela ne coûte rien politiquement.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu l’a démontré cette semaine. Dans une vidéo postée sur sa page Facebook en hébreu et en anglais, avec des sous-titres arabes, il s’est excusé auprès des Arabes israéliens pour avoir lancé le jour des élections, il y a un an : « le pouvoir de la droite est en danger ! Les électeurs arabes se rendent en masse vers les bureaux de vote ! ». Ce message alarmiste, dont les relents racistes avaient ému jusqu’à la Maison Blanche, avait lui aussi été filmé. Pour mieux accentuer l’impression de menace, Netanyahu se présentait alors devant une immense carte du Moyen-Orient, où Israël semble écrasé entre les masses arabes.
Cette fois, c’est dans le cadre apaisant de sa bibliothèque que Netanyahu a présenté ses excuses. Ou plutôt s’est-il excusé de la façon dont ses paroles avaient pu être interprétées à l’époque : « je faisais référence à un parti politique spécifique [la liste arabe unie], mais beaucoup de personnes se sont senties, à juste titre, offensées. Je vous prie de m’excuser pour la façon dont mes paroles ont été mal comprises (sic) ». Et d’en appeler les citoyens Arabes israéliens, qui représentent 1,6 million de personnes (20% de la population), « à prendre part à notre société en masse. A travailler en masse, à étudier en masse, à prospérer en masse. »
Secondes excuses et second refus
Autant dire que les membres de la Liste arabe unie ont peu goûté son message. Le député Ahmad Tibi n’y a vu qu’une « manifestation d’hypocrisie » destinée à impressionner la communauté internationale. Selon lui, le Premier ministre aurait même écorché la formule dite en arabe « mes chers amis », confondant le mot « al-aziziye » (amis) avec celui d’« al-‘ize » (chèvres). La journaliste d’extrême-gauche Mairav Zonstein a ironisé en disant que les Arabes n’avaient de toute façon pas visionné sa vidéo, en particulier les 100 000 Bédouins privés d’électricité.
Le président de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a pour sa part critiqué Netanyahu dans une vidéo parodique. « Les Arabes israéliens ont réussi », annonce Odeh, lui aussi devant sa bibliothèque, « mais pas grâce à vous », poursuit-il en direction du Premier ministre, « malgré [vos] incitations régulières à la haine, les discriminations et les privations ».
En réalité, ce n’est pas la première fois que Netanyahu s’excuse pour ses propos de 2015. Au lendemain des élections, face aux dirigeants arabes des conseils régionaux, il s’était déjà dit « désolé » d’avoir pu blesser. Mais les Arabes israéliens ne lui avaient pas pardonné ses envolées racistes, ni la loi de son allié Avigdor Lieberman pour bloquer la représentation des partis arabes à la Knesset, ce qui avait entraîné la formation de la Liste arabe unie. Ils n’avaient pas non plus oublié les déclarations incendiaires des membres de sa coalition, comme Naftali Bennett affirmant : « J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie – et il n’y a aucun problème avec ça. »
Entre temps, toutefois, un plan quinquennal de développement du secteur arabe avait été lancé à hauteur de 15 milliards de shekels (3,5 milliards d’euros). Mais quatre jours après son adoption, le 1er janvier 2016, Netanyahu avait décidé de le geler en réaction à l’attentat sanglant perpétré à la terrasse d’un bar de Tel-Aviv par un Arabe israélien.
Un message d’excuses à plusieurs destinataires
Si Netanyahu réitère aujourd’hui ses excuses, c’est parce qu’il a accepté de relancer le plan préparé par sa ministre de l’Egalité sociale Gila Gamliel et son très populaire ministre des Finances Moshe Kahlon. Il veut en récolter les fruits dans l’opinion juive israélienne, suggère Odeh, qui rappelle que Netanyahu « a essayé de toutes ses forces de bloquer le plan pour les municipalités arabes ».
Le Premier ministre n’a d’ailleurs pas que des bonnes nouvelles à annoncer aux Arabes israéliens. Dans sa vidéo, il présente une nouvelle loi destinée à sécuriser leurs villes et villages, mais il ne dit mot de son projet immobilier. Or Netanyahu a décidé de faire le ménage parmi les quelques 60 000 logements construits sans permis dans les municipalités arabes, ce qui ne va pas se faire sans heurts. Son message d’excuses a donc pour objectif de dire aux Arabes israéliens qu’il ne leur cherche pas querelle, explique le journaliste Moav Vardi.
Pour les mêmes raisons, Netanyahu ne mentionne pas une autre loi adoptée par la Knesset le 20 juillet, qui prévoit la possibilité d’exclure un parlementaire si 90 députés (sur 120) en font la demande. Visant clairement les députés arabes, notamment après l’exclusion temporaire de la très controversée Haneen Zoabi et de deux de ses collègues qui avaient rendu visite à des familles de terroristes palestiniens, cette loi a été jugée raciste par l’opposition.
Elle a également inquiété les chancelleries occidentales, déjà échaudées par les positions extrémistes du gouvernement israélien, l’arrivée du représentant d’extrême-droite Lieberman à la Défense, ou encore la poursuite de la colonisation à Jérusalem-Est. C’est aussi à eux, dans son message d’excuses prononcé en anglais, que Netanyahu s’est adressé. Mais sans doute ne sera-t-il pas davantage cru. Si l’on ne perd rien en politique à présenter des excuses, aussi solennelles ou théâtralisées soient-elles, il en faut bien plus pour y gagner quelque chose.
@FredSchillo
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