Les étudiants asiatiques sont-ils les nouveaux Juifs ?

Voici le résumé d’un très intéressant article de la journaliste Hélène Crié-Wiesner* : elle y évoque la situation des étudiants d’origine asiatique dont le sort devrait nous évoquer quelques souvenirs : ils sont rejetés par les universités parce que… trop brillants.

L’auteure prévient d’emblée : « Je vais employer des mots tabous. Je vais parler de Juifs, de Noirs, de Blancs, d’Asiatiques, et de race et d’ethnicité. Pas moyen de faire autrement. Aux Etats-Unis, il est difficile d’oublier sa couleur de peau ou son origine ».

Et cela, explique-t-elle, parce que les « communautés » s’en réclament pour que la société ne les lèse en aucune façon. Or, aujourd’hui, les Asiatiques (« Asian-American »), qui sont -et de beaucoup- les meilleurs élèves au lycée sont sous-représentés dans les facultés universitaires.

C’est que, aux Etats-Unis, pour être admis dans une université, il faut remplir un imposant dossier : les notes des dernières années, les résultats à l’équivalent du baccalauréat, des lettres de recommandation de professeurs…

Mais aussi, une lettre de motivation détaillée, la liste de ses autres compétences (langues étrangères, par ex.), de ses activités extrascolaires (artistiques, sportives, bénévoles…). Et aussi à quelle religion ou « ethnie » on appartient.

Une question destinée aux statistiques, mais aussi à « équilibrer » la composition ethnique de l’établissement. H. Crié-Wiesner ajoute immédiatement : « Ne hurlez pas tout de suite ». Cette mesure permet la « discrimination positive » (« affirmative action »).

C’est grâce à elle « qu’un nombre important de bons élèves pauvres appartenant à une minorité ont accès gratuitement aux universités tant publiques que privées, y compris les plus prestigieuses, celles de la « Ivy League » ».**

Or, il faut déjà payer, au minimum, 6.000 € par an dans une université publique et la somme peut aller jusqu’à 46.000 € dans le privé. Mais, grâce à un système de bourses, la discrimination positive permet à la moitié des étudiants de payer moins… ou rien.

Avec la crise, les demandes de bourses ont bien sûr explosé et les critères d’acceptation se sont durcis d’autant. « Il ne suffit pas d’être bon, ni même brillant, ni même le meilleur des meilleurs. Il ne suffit pas d’être blanc ou riche.

Ni d’être noir, hispanique ou indien américain, même si ça aide un peu pour l’admission en Ivy League. La seule chose qui aide à coup sûr à entrer dans une de ces universités d’élite, c’est d’avoir un parent ancien élève ».

Ce qui n’aide pas, en revanche, poursuit l’auteure, c’est d’être asiatique. « En 2009, sur 9.000 étudiants postulant dans des universités d’élite, les Blancs, à performances égales, avaient trois fois plus de chances d’être admis que les Asian-American ».

« Les performances des Juifs se sont effondrées »

En fait, ce système qui les handicape aujourd’hui avait été conçu à l’origine, dans les années 1920, par les élites anglo-saxonnes de la Ivy League pour freiner l’augmentation d’autres étudiants étrangers considérés comme trop brillants : les Juifs.

Ne pouvant décemment imposer de quotas, les dirigeants de l’époque ont donc « complété » les critères académiques avec d’autres portants sur la « personnalité » des candidats, ce qui leur laissait une plus grande latitude dans leurs choix.

Dans les années 1960, ces critères ont aussi joué, mais en sens inverse, en faveur des Noirs. L’Ivy League avait ainsi accru son nombre d’Afro-Américains, toujours en se basant sur d’autres critères que les qualités scolaires.

De même, aujourd’hui, les Juifs sont-ils très représentés dans les universités d’élite, alors que leurs performances se sont effondrées : « Dans les années 70, 40% des meilleurs participants aux Olympiades de mathématiques avaient des noms juifs. Aujourd’hui, 2,5% seulement ».

A présent, ce sont les Asiatiques qui y dominent. Et se retrouvent discriminés… « Heureusement », explique H. Crié-Wiesner, « ces excellents élèves, s’ils sont souvent refoulés des universités où ils auraient mérité d’être acceptés, sont accueillis à bras ouverts par d’autres établissements publics ou privés.

Ils se voient souvent offrir des bourses faramineuses –jusqu’à quatre années d’études gratuites- pour les convaincre de rejoindre une fac ». Dernier point : la Cour suprême des Etats-Unis a été saisie par des plaignants qui affirment que « l’affirmative action » constitue une discrimination anti-Blancs.

D’ici quelques mois, elle pourrait donc la déclarer anticonstitutionnelle. Mais rien n’interdira aux universités de poursuivre leur politique de « recrutement personnalisé » pour assurer la « diversité sociale et ethnique » de leur corps étudiant.

Comme les Juifs d’antan, les Asiatiques n’ont pas fini de devoir se battre pour obtenir ce qui n’est, en définitive, que leur dû.

*http://blogs.rue89.com/americanmiroir/2013/01/04/trop-bons-les-asiatiques-sont-les-pestiferes-de-luniversite-americaine

**La Ivy League regroupe les huit universités les plus prestigieuses des Etats-Unis (et du monde): Harvard, Yale, Columbia, Princeton, etc.

 

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