La critique systématique d’Israël et le positionnement résolument hostile envers Israël de la Ministre des Affaires étrangères suédoise suscitent le malaise et la crainte au sein de la petite communauté juive de Suède. Une évolution inquiétante où l’antisionisme favorise des paroles et des actes antisémites.
La ministre suédoise des Affaires étrangères Margot Wallström a déclaré hier souhaiter des « enquêtes approfondies » sur les Palestiniens tués ces derniers mois par l’armée ou les forces de l’ordre israéliennes.
En lisant ce propos, on pourrait croire qu’il s’agit d’une erreur et qu’elle évoque des incidents intervenus en Suède. Vous avez bien lu, la Ministre suédoise des Affaires étrangères se prononce bien sur la répression de crimes et délits dans un autre Etat souverain.
Madame Wallström était interrogée au Parlement sur la polémique soulevée le mois précédent par ses déclarations sur la nécessité d’éviter des « exécutions extrajudiciaires » en Israël. « Il est essentiel qu’il y ait des enquêtes approfondies et crédibles autour de ces morts, afin de faire toute la lumière et placer chacun devant ses responsabilités », a-t-elle déclaré le 12 janvier 2016.
Le débat intervient alors qu’une centaine de Palestiniens avaient été abattus en commettant ou tentant de commettre des attaques au couteau en Israël et dans les territoires palestiniens contre des civils israéliens.
Depuis son entrée au gouvernement en octobre 2014, Margot Wallström s’est distinguée par ses prises de position systématiquement anti-israéliennes. Ainsi, juste après les attentats de Paris en novembre dernier, elle avait déclaré que le conflit israélo-palestinien était un facteur de radicalisation parmi d’autres, expliquant « qu’il y ait autant de gens qui se radicalisent » !
Lors de manifestations pro-palestiniennes organisées en Suède, on a pu clairement entendre « mort aux Juifs ». Ce type d’incidents, où la rhétorique anti-israélienne devient violemment antisémite, a créé un climat de peur pour la petite communauté juive de Suède, qui compte 15.000 personnes. Les crimes de haine contre les Juifs sont à la hausse. En 2014, il y a eu une augmentation de 38 % de déclaration d’incidents antisémites par rapport à l’année précédente, selon un rapport publié par le Conseil national suédois pour la prévention du crime.
Il est étonnant que Margot Wallström ne réclame pas « d’enquêtes approfondies » pour cette augmentation importante de l’antisémitisme dans son pays.
« En ce moment, beaucoup de Juifs en Suède ont peur. Les parents ont peur d’emmener leurs enfants à l’école maternelle juive », a affirmé Johanna Schreiber, une journaliste juive suédoise.
Mais il y a pire : à l’occasion des commémorations de la Nuit de cristal, les groupes politiques organisant cette cérémonie en mémoire d’un pogrom antisémite commis en Allemagne en 1938 n’ont pas invité les organisations juives à y participer. Motif : les Juifs pourraient ne pas se sentir en sécurité lors de l’événement, a admis l’un des organisateurs !
Un climat réellement hostile à Israël fait donc des Juifs suédois des cibles de plus en plus exposées à des attaques antisémites. Au mieux, les Juifs sont suspects, au pire ils sont responsables de la situation catastrophique au Proche-Orient et coupables d’alimenter le racisme à l’égard des populations musulmanes de Suède. Et pour couronner le tout, ils sont ostracisés parce que les autorités ne sont pas capables de garantir leur sécurité.
Dans cette situation critique, Madame Margot Wallström incarne jusqu’à la caricature ce que l’écrivain et diplomate français Jean-Christophe Ruffin qualifie de « facilitateur d’antisémitisme » dans son rapport sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Pour Ruffin, « cet antisémitisme par procuration est le fait de personnes qui ne se rendront elles-mêmes coupables d’aucune exaction, qui ne manipuleront pas directement des auteurs de passage à l’acte, ne les inciteront pas ouvertement à agir, mais dont pourtant les opinions, les propos et quelquefois simplement le silence viendront à l’appui de ces violences ».
Et Jean-Christophe Ruffin de mettre en exergue une des particularités des facilitateurs d’antisémitisme parmi lesquels on retrouve aujourd’hui des personnalités comme cette ministre suédoise : l’antisionisme radical qui émerge depuis plusieurs années comme forme de discours dominant.
Il ne prend cependant pas toujours une forme extrémiste. « Mais en légitimant la lutte armée des Palestiniens, quelle qu’en soit la forme, même lorsqu’elle vise des civils innocents, l’antisionisme propose une lecture radicale de l’actualité, propre à légitimer les actions violentes commises en France ou en Europe », relève Jean-Christophe Ruffin.
Et l’écrivain et diplomate français de conclure : « Ainsi se trouve constitué l’une des mécaniques les plus redoutables aujourd’hui qui fait d’un antisionisme en apparence politique et antiraciste l’un des facteurs facilitateurs du passage à l’acte, l’un des instruments de l’antisémitisme par procuration ».
]]>