Les Femmes pour le Mur s’insurgent contre les Femmes du Mur

La bataille pour la prière égalitaire au mur occidental de Jérusalem ne connaît pas de trêve. Ce matin, à l’occasion du premier jour du nouveau mois hébraïque, les militantes juives féministes de l’association « Femmes du Mur » (« Women of the Wall » ou WOW) ont de nouveau revêtu des châles de prière (talith), arboré pour certaines des phylactères, et brandi un livre de la Torah face aux vestiges du Second Temple.

Pratiques qui ont été reconnues comme légales par une cour de Jérusalem, lors d’une décision du 25 avril. Face à elles, quelques centaines d’ultra-orthodoxes sont venus s’opposer à la présence des féministes religieuses. Mais contrairement à la dernière réunion mensuelle des WOW, aucun incident majeur ne s’est produit.

Certes, quelques manifestants les ont copieusement insultées et crié des slogans affirmant notamment qu’il s’agissait de provocation. Mais ils ont répondu à la prière des femmes par leurs propres prières. Il est vrai que le pays entier se trouve placé dans l’expectative. Un projet de création d’une troisième section de prière égalitaire aux abords de l’Arche de Robinson, vient  en effet d’être soumis par le président de l’Agence Juive, Natan Sharansky, en tant qu’émissaire du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Tandis qu’une parlementaire du Parti centriste « Yesh Atid », Aliza Lavie (une juive pratiquante), prépare sa propre proposition. Enfin, les détracteurs du mouvement d’Anat Hoffman fourbissent leurs armes en attendant l’évolution du dossier, que tente aussi de s’accaparer les ministres Tzipi Livni (très favorable aux WOW) et Naftali Benett (qui tente de les neutraliser).

A l’initiative de l’organisation des « Femmes pour le Mur » (« Women for the Wall » ou WFW), une association de femmes pieuses « partie de la base » qui accuse les WOW de nourrir des desseins politiques et non religieux. « Les Femmes du Mur qui parlent de libérer le Kotel ont créé un langage de confrontation », dénonce la bloggeuse Ronit Peskin, l’une des co-fondatrices du mouvement WFW créé à la mi-avril. « La façon dont elles prient tend à offenser les femmes traditionnelles. Nous estimons que la liberté religieuse en Israël doit aller dans les deux sens. Et que le Mur des lamentations ne devrait pas servir de champ de bataille ».

Pour sa camarade Leah Aharoni, qui exerce la profession de « coach » pour femmes haredi, et était affiliée à la synagogue orthodoxe féministe de Riverdale, à New York, avant de s’établir en Israël, les « Femmes du Mur » n’ont pas le droit d’imposer leurs vues aux 10 millions de personnes qui viennent chaque année prier au Kotel. « Il y a 5 millions de Juifs traditionnels et orthodoxes en Israël. Et une trentaine de synagogues du courant réformiste. Pourquoi les quelque 300 membres des WOW se permettraient-elles de créer de nouvelles divisions au sein de la société politique, au nom d’un agenda clairement politique ? Cela n’est pas éthique ».

Les « Femmes pour le Mur » ont enfin accusé les « Femmes du Mur » d’avoir utilisé leurs arrestations par la police (NDLR : jusqu’à la décision de justice du 25 avril) comme autant « dopérations de relations publiques destinée à récolter des fonds » en faveur de leur cause, le judaïsme réformé. Last but not least, ces derniers jours, les grands rabbins israéliens, dont le rabbin du Mur occidental, ont reçu une série de lettres de menaces anonymes. Mais les « Femmes du Mur », qui rassemblent des membres issues des différents courants du judaïsme (y compris orthodoxe), ont nié toute implication dans ces actes d’agressions verbales.

Lire aussi notre portrait Peggy Cidor, une Femme du Mur optimiste.

]]>