Les Hassidim : Un monde à part qui se donne à voir

L’exposition que le Musée d’Israël de Jérusalem consacre à la communauté hassidique fait un tabac. Tant auprès des visiteurs laïques qu’au sein des ultra-religieux.

Le scénario se répète immanquablement. A chaque projectiondu film Mitzvah Tants, une coutume hassidique qui clôt le festin du mariage, une conversation animée s’engage entre les spectateurs. D’un côté, les visiteurs laïques se déclarent choqués face au spectacle d’une jeune mariée reliée au « rebbe » par une ceinture de soie blanche, comme si elle était « tenue en laisse »; de l’autre, le public ultra-orthodoxe s’extasie devant cette scène de présence divine (« shekhinah ») dont la mariée doit se protéger à l’aide d’un voile blanc pour ne pas être aveuglée… Bienvenue dans le « monde à part des Hassidim », un ensemble de 270 photos, films, objets ou documents, réunis par le Musée d’Israël de Jérusalem, pour une exposition consacrée -jusqu’au 1er décembre 2012- à l’un des plus mystérieux courants du judaïsme ultra-orthodoxe.

Fruit de cinq ans de travail, ce projet ethnographique entrepris par Ester Muchawsky-Schnapper, qui officie au sein de l’aile « Art et Vie juive » du Musée, innove à plus d’un titre. « C’est la première fois qu’un musée se penche sur le mouvement hassidique, en gagnant la confiance des membres les plus haut placés des familles rabbiniques des différentes cours », explique la commissaire de l’exposition, qui parle couramment cinq langues, dont le yiddish. Ce travail en amont lui a permis de présenter plusieurs pièces inédites : à commencer par ce manteau « porté par le rebbe » de la cour hassidique de Vizhnitz, ce qui accroît considérablement son aura aux yeux de la communauté. Ester Muchawsky-Schnapper est aussi parvenue à convaincre le Musée Victoria & Albert de Londres de lui confier une couronne sertie de pierres précieuses qui ornait les rouleaux de la Torah de la cour de Ruzhyn.

Fondé en Europe orientale à la fin du 18esiècle par le Baal Shem Tov, le courant hassidique est un univers plein de nuances, et pas uniquement un monde « en noir et blanc », comme le montre la diversité des codes vestimentaires, qui occupe une place centrale dans la visite. Mais c’est sans doute en raison de ses scores de fréquentation sans précédent que l’exposition du Musée de Jérusalem a créé l’évènement. « Les salles consacrées aux Hassidim attirent chaque jour entre 1.000 et 1.500 visiteurs, dont près d’un quart de visiteurs ultra-orthodoxes qui n’avaient jamais mis les pieds au musée », rapporte pour sa part, James Snyder.

Le directeur du Musée d’Israël se félicite que cette rencontre improbable entre laïques et ultra-religieux se produise dans l’enceinte de cette institution culturelle. Ironie du sort, l’Etat hébreu n’a pas manqué ces derniers mois de porter un regard critique sur la communauté ultra-orthodoxe, en raison du débat politique autour de l’exemption militaire dont bénéficient les étudiants des écoles talmudiques (Yeshivot). Mais du côté du Musée d’Israël, point de rancœur, bien au contraire. L’heure est à la célébration de la richesse culturelle de cette communauté.          

Les Amis belges du Musée d’Israël soutiennent le Musée en organisant 5 à 6 événements par an. Infos www.israelmuseum.be – 0477/775.361

Le secteur ultra-orthodoxe fait son cinéma

L’univers des « Hassidim » ne se donne pas seulement à voir au musée. Il est aussi mis à l’honneur au cinéma, dans le film Fill the Void(« Remplir le vide »), signé Rama Burstein. Présenté le mois dernier dans le cadre de la Mostra de Venise, ce long-métrage, le premier réalisé par une Juive ultra-orthodoxe en Israël, raconte un surprenant marivaudage amoureux dans la communauté hassidique de Tel-Aviv. L’actrice principale de Fill the Void, Hadas Yaron -récipien-daire du prix d’interprétation féminine lors du festival de Venise- incarne le rôle de Shira : une jeune ultra-orthodoxe de 18 ans qui, à la suite du décès de sa sœur, se voit proposer d’épouser son beau-frère endeuillé. Pour sa part, la réalisatrice Rama Burstein est devenue religieuse quelques mois après avoir décroché son diplôme de la prestigieuse Sam Spiegel Film and Television School de Jérusalem. C’est pour modifier la représentation stéréotypée des « haredim » dans le septième art, que la jeune femme a décidé de présenter sa propre vision du monde ultra-orthodoxe aux cinéphiles laïques…

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