Le 21 septembre 2021, le Parlement bruxellois a décidé d’ériger un monument à la mémoire de Robert Maistriau, Jean Franklemon et Youra Livschitz, ces trois résistants bruxellois ayant attaqué le 20e convoi le 19 avril 1943 à Boortmeerbeek.
Alors que certains esprits tordus s’obstinent à ériger des monuments en mémoire de combattants SS qu’ils qualifient de « combattants de la liberté » et que d’autres préfèrent alimenter l’ambiguïté en attribuant le titre de Docteur honoris causa à un artiste dont le récit sur son père et son frère ayant rejoint les rangs de la SS flamande suscite surtout de la pitié pour les « victimes » de la répression « anti-flamande », une institution décide enfin de ne plus cultiver cette confusion entre victimes et bourreaux en honorant la mémoire de résistants, de héros.
Il est vrai que ces héros, comme c’est souvent le cas des véritables héros, ont toujours été discrets sur leurs exploits. Ce n’est pas un hasard si le livre que la journaliste allemande Marion Schreiber a consacré Robert Maistriau, Jean Franklemon et Youra Livschitz porte un titre évocateur : Héros silencieux.
Mais aussi terriblement évocateur quant au traitement que les médias leur réservent aujourd’hui lorsqu’il s’agit d’informer le public que la Région bruxelloise érigera un monument en leur mémoire.
Ainsi, dans le reportage de 2 minutes et 38 secondes que le JT de la RTBF leur consacré le 23 septembre dernier pour annoncer la décision du Parlement bruxellois, ces héros n’ont droit qu’à 37 secondes durant lesquelles le journaliste ne fait qu’indiquer qu’ils ont attaqué le 20e convoi le 19 avril 1943 à Boortmeerbeek et sauvé des déportés !
Tout le reste du reportage ne parle que d’une seule personne : un Juif de 89 ans (11 ans au moment de l’attaque du convoi) ayant sauté du train suite à son immobilisation par les trois résistants. Très présent depuis des années dans les médias, il est très prolixe sur le pardon qu’il a accordé à un gardien flamand de la Caserne Dossin mais se montre plus laconique sur la mémoire des résistants qui lui ont permis d’échapper à l’extermination.
Les téléspectateurs de la RTBF savent désormais que le pardon qu’il a accordé à ce SS flamand lui a « fait du bien » mais hélas, ils n’ont rien appris sur Robert Maistriau, Jean Franklemon et Youra Livschitz. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qu’ont-ils fait d’autre dans la Résistance ? A quel mouvement de résistance ont-ils appartenu ? Et enfin, que sont-ils devenus après l’attaque du 20e convoi ? Pas un mot alors qu’ils constituent précisément le sujet de ce reportage.
Il y avait pourtant tant de choses à dire à propos de ces trois résistants et de leur fait d’arme exceptionnel.
Les téléspectateurs auraient pu apprendre que l’attaque de ce convoi de 1631 déportés juifs partis de la Caserne Dossin de Malines Auschwitz-Birkenau est un fait rarissime, et sûrement unique dans l’histoire de la Shoah. Munis d’une pince, d’une torche et d’un pistolet, Youra Livchitz (25 ans) et deux anciens camarades de l’Athénée d’Uccle, Robert Maistriau (21 ans) et Jean Franklemon (25 ans), accomplissent la seule tentative d’arrêter un convoi de déportés vers un centre d’extermination.
Pour bien saisir la singularité d’un génocide, les téléspectateurs auraient aussi pu découvrir que parmi les 1631 déportés juifs de ce convoi, figure la plus jeune déportée de Belgique à Auschwitz : Suzanne Kaminski alors âgée de 39 jours mais aussi le déporté le plus âgé : Jacob Blom, âgé quant à lui de 100 ans. Ils seront tous les deux assassinés à leur arrivée à Auschwitz-Birkenau.
Quant à la mission que ces trois résistants ont accomplie, il fallait surtout retenir qu’elle s’est déroulée entre Boortmeerbeek et Haacht, à 23 heures 30 dans une courbe montante bordée d’un taillis. Le jeune médecin juif bruxellois, Youra Livchitz, (25 ans) et deux anciens camarades de l’Athénée d’Uccle, Robert Maistriau (21 ans) et Jean Franklemon (25 ans), ont s’attaqué le convoi qu’ils immobilisent avec un fanal. Armé d’un petit révolver procuré par des amis résistants du Groupe G., Livchitz tire sur le wagon des Une fois le train arrêté dans le virage de Boortmeerbeek, Franklemon et Maistriau ouvrent un premier wagon, dont 17 personnes s’échappent (d’autres, craignant un piège ou trop faibles, restent dans le train). Avant que le train ne redémarre, ils n’ont pas le temps d’ouvrir les portes d’autres wagons. Mais l’incident a donné l’idée aux occupants d’autres wagons de s’attaquer avec l’énergie du désespoir aux portes de leurs wagons depuis l’intérieur de ceux-ci Comme la nuit est claire à cause de la pleine lune, les Allemands abattent les fugitifs qui n’ont pas la présence d’esprit de se jeter au sol. Au total 233 personnes s’échapperont et 118 survivront.
Arrêté quelques jours plus tard, Livchitz réussit à s’évader des locaux de l’Avenue Louise (le n°453 est le siège de la Gestapo), mais sera repris avec son frère en tentant de passer en Hollande. Il sera fusillé au Tir National le 17 février 1944 comme otage terroriste. Jean Franklemon, arrêté le 4 août 1943, survit à Sachsenhausen et Maistriau, arrêté le 21 mars 1944, sera envoyé à Buchenwald et Bergen Belsen, où il sera libéré le 15 avril 1945. Il décèdera le 26 septembre 2008 après avoir été très actif au Congo où grâce à la Fondation qu’il y a créée, il est devenu une des chevilles ouvrières du reboisement dans la région de Feshi.
Deux minutes et trente secondes, c’est court et cela ne permet pas d’être exhaustif. Certes, mais ce n’est pas une excuse pour ignorer à ce point les principaux intéressés dont les téléspectateurs n’ont même pas vu le portrait !
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