Les images de l’intifada des couteaux

Alors que les attaques au couteau se multiplient en Israël et que le nombre de victimes augmente tristement dans les deux camps, le pouvoir des médias reste incontestable, avec certaines images qui resteront sans aucun doute dans les mémoires.

Parmi les images les plus choquantes de l’« intifada des couteaux », celles montrant Asra’a Abed (30 ans), une Arabe israélienne brandissant un couteau et encerclée dans la gare d’autobus d’Afoula par des membres de la Mishmar Hagvoul (l’équivalent israélien de l’ex-gendarmerie belge) qui lui tirent dessus, sont sans doute les plus diffusées depuis quelques semaines. Parce que la jeune femme originaire de Nazareth (elle fait partie de la famille du maire de la ville) parlait avec les membres de forces de l’ordre qui lui coupaient toute retraite et que des passantes incitaient les soldats à « tuer cette fille de pute ». Parce qu’aussi une des soldates qui la mettait en joue tenait dans la même main que son fusil-mitrailleur… un cornet de glace ! Cornet déjà entamé que la jeune femme gardera toute la durée de l’opération, ce que les médias n’ont pas manqué de relever.

Plus précisément, la scène s’est déroulée le 9 octobre 2015, neuf jours après le déclenchement du nouveau cycle de violences et alors que la panique gagnait l’opinion israélienne. Asra’a Abed a donc été touchée par six balles dans le bas du corps -des balles percutées par la même arme, donc tirées par un seul soldat-, avant d’être soignée à l’hôpital de Tibériade.

Ce jeudi, le tribunal de Nazareth qui statuait sur la nature de l’inculpation de la jeune femme  a en tout cas décidé de considérer la jeune femme comme « partiellement irresponsable », mais pas comme une « terroriste ». En effet, selon l’enquête menée par la police et par le Shabak (la Sûreté générale pourtant prompte à « charger » le dossier des personnes dont elle s’occupe), Asra’a souffre de troubles nerveux depuis qu’elle a perdu la garde de son enfant de dix ans suite à un divorce difficile. Elle a d’ailleurs effectué plusieurs séjours dans un établissement psychiatrique pour une dépression grave assortie de plusieurs tentatives de suicide.

Selon le Parquet, en menant son opération à Afoula, la jeune femme a d’abord voulu se suicider en se faisant passer pour la terroriste qu’elle n’est pas. « Elle n’a jamais voulu poignarder personne, c’est une universitaire, une jeune femme éduquée. Mais elle est un peu perturbée pour le moment, tout vient de là », a confirmé son père Zian Abed, interviewé à la sortie de l’audience. « La violence ne fait pas partie des traditions familiales ».

L’appréciation du danger

L’« affaire Asra’a Abed » est largement répercutée par les médias israéliens. En revanche, les journaux et les radiotélévisions s’intéressent nettement moins aux  autres « terroristes » ou présumés tels puisqu’ils sont au diapason de leurs lecteurs et auditeurs pour lesquels les exécutions extra-judiciaires en rue qui se produisent deux ou trois fois par jour font partie d’un processus normal d’autodéfense.

Depuis le déclenchement de l’« intifada des couteaux », les soldats, policiers et membres des services de sécurité israéliens sont autorisés à utiliser leur arme en fonction de leur appréciation du danger. Idem pour les civils détenteurs d’un port d’arme. Selon les cas, certains tirent tout de suite et d’autres non. Tout dépend des circonstances, de la tension ambiante et de la personnalité des personnes impliquées.

Grosso modo, 60% des Palestiniens et Arabes israéliens ayant lancé une attaque à l’arme blanche ou ayant été soupçonnés de vouloir le faire ont été tués. Les autres ont été plus ou moins gravement blessés ou simplement arrêtés.

Au fil de ses réunions, le cabinet israélien de la sécurité a en tout cas durci les punitions réservées aux poignardeurs. Plusieurs projets de loi visant à autoriser le bannissement des « terroristes » et à accélérer la procédure de démolition de leur domicile sont d’ailleurs actuellement à l’étude. Et jeudi matin, peu avant l’audience du tribunal de Nazareth fixant le sort judiciaire d’Asra’a Abed, Benjamin Netanyahou a également annoncé son intention de mettre sur pied une « cour spéciale de sécurité » susceptible d’appliquer toutes ces mesures et d’annuler la nationalité israélienne des condamnés. Un projet qui suscite d’ores et déjà une levée de boucliers au sein des organisations israéliennes de défense des droits de l’Homme.

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