« Les intouchables » d’Olivier Nakache et Eric Toledano

C’est le phénomène cinématographique de cette fin d’année. Avec déjà plus de 12 millions d’entrées, Les intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano cartonne depuis plusieurs semaines au box-office en France comme chez nous. L’humour mordant des personnages et la justesse de leur interprétation sont sans doute les clés du succès de cette tragi-comédie. Un film profondément humain, qui met en scène l’amitié se liant entre un riche tétraplégique et le jeune banlieusard qu’il emploie comme aide à domicile.

Elevé au sein d’une famille nombreuse d’origine sénégalaise, Driss (Omar Sy) a grandi à l’ombre des HLM d’une cité comme il y en a tant d’autres en banlieue parisienne. Après six mois de prison pour le braquage d’une bijouterie, le jeune homme semble décidé à s’assagir… mais pas à aller travailler ! Pour toucher ses allocations de chômage, Driss doit prouver sa bonne volonté et obtenir la signature d’employeurs chez qui il se présente, en réalité sans la moindre intention de décrocher un quelconque job. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Philippe (François Cluzet), un aristocrate fortuné qu’un accident a laissé paraplégique. Interpelé par l’insolente assurance du jeune homme, rapidement séduit par son sens de l’humour, il lui propose de l’engager comme aide à domicile. D’abord réticent, Driss relève finalement le défi de s’installer dans la luxueuse résidence pour s’occuper de Philippe. Peu à peu, des liens se tissent entre ces deux hommes qu’a priori tout oppose, ou presque…

Disons-le franchement : avec pareil scénario, on pouvait craindre que Les intouchables ne soit qu’un énième film trop volontiers larmoyant sur le thème de l’inégalité sociale, écœurant à force de bons sentiments, ennuyeux par ses grosses ficelles. Il n’en est rien. Si l’on est ému à plusieurs reprises, notamment par la solitude et les regrets de Philippe, on rit aussi beaucoup aux vannes que Driss et lui se balancent mutuellement. Tous deux partagent en effet un sens de l’humour particulièrement noir, que certains trouveront peut-être choquant. « Sans pitié », dira un des personnages du film. Mais c’est justement parce qu’il n’est pas pris en pitié pour son handicap que le quinquagénaire apprécie autant la compagnie du jeune Black, dont la présence est pour lui comme un souffle d’air frais : revigorante.

Que le handicap soit physique, mental, affectif ou social importe finalement assez peu; c’est la dignité des personnes qui est l’enjeu, et le véritable sujet du film. La réussite de celui-ci tient beaucoup aussi à l’admirable prestation des deux acteurs principaux. La justesse de l’interprétation de François Cluzet, surtout, est impressionnante; mais elle n’éclipse pas pour autant le jeu tout en finesse d’Omar Sy. L’acteur, né en 1978, était jusque-là surtout connu pour sa participation en télévision au duo comique Omar et Fred. Nul doute que Les Intouchables lui fournira un tremplin vers des rôles désormais plus à la mesure de son talent.

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