Dans l’émission Des Paroles et des actes (France 2), Alain Finkielkraut et Daniel Cohn-Bendit ont tous les deux évoqué Molenbeek. Alors que Cohn-Bendit y a qualifié Molenbeek de « village de la mafia sous l’emprise de la terreur », une grande partie de la presse belge s’est déchaînée sur Finkielkraut sans adresser la moindre critique à l’encontre de Cohn-Bendit. Comment expliquer cette attitude pour le moins curieuse ?
S’il existe un fait qui caractérise les contempteurs d’Israël et du sionisme, c’est bien la mauvaise foi. Dès qu’il s’agit de l’Etat juif, tout est toujours à charge, jamais à décharge. Pour preuve, les violentes et récentes protestations d’un groupe de 200 militants de BDS aux Etats-Unis à l’encontre d’un rassemblement de gays et lesbiennes (LGBTQ) juifs et, qui sait, peut-être aussi Israéliens. Le prétexte ? La politique pro-gay de l’Etat juif ne serait qu’un moyen à faire aimer Israël, un outil de propagande destiné à couvrir l’oppression impérialiste des Palestiniens.
Le site de BDS-France ne dit pas autre chose : on y apprend qu’Israël instrumente le combat féministe et LGBT à des fins racistes contre les populations musulmanes et arabes. Rien ne saurait être mis au crédit d’Israël, comme en témoigne l’épineuse question du (non) viol des femmes palestiniennes. « Comment expliquer que Tsahal soit la seule armée d’occupation au monde où les cas de viols n’existent pas ». A suivre les conclusions d’une étude publié en 2008 par une jeune doctorante israélienne, cette anomalie s’expliquerait par l’idéologie raciste du… sionisme. Le soldat israélien n’arriverait pas « à éprouver de désir » pour la femme ou la jeune fille palestinienne qui se trouvent face à lui. Elles lui seraient devenues comme un objectif impossible et repoussant, non-humain, comme un élément qui menacerait l’aspect tribal israélien. Ainsi « De même qu’en Bosnie, les hommes Serbes se sont prévalus de leur identité nationale pour accomplir des viols collectifs sur des femmes bosniaques, ainsi les soldats israéliens définissent leur identité de non-violeurs par leur appartenance à une nation à part, choisie par D-ieu. Le viol et le non-viol sont les deux faces de la même pièce, qui parfois proviennent des mêmes pulsions ». Autant prescrire le viol comme remède contre le racisme.
Le parti-pris anti-sioniste est lourd de conséquence au point de l’aveuglement pur et simple. J’en veux pour preuve les commentaires de notre presse au débat qui réunit, le 28 janvier dernier, Alain Finkielkraut et Daniel Cohn-Bendit sur France2. A lire les commentaires de tous nos quotidiens, l’ex-député vert aurait recadré les propos insultants d’Alain Finkielkraut envers la commune de Molenbeek. Prenez La Libre Belgique qui, à l’instar de la Dernière Heure, titre sur « Le dérapage de Finkielkraut » ou encore cet autre quotidien du soir qui stigmatise lui aussi les propos déplacés du philosophe français : « ‘L’islamisme y est majoritaire, il n’y a plus rien à faire », a-t-il dit après avoir évoqué le fait qu’envoyer des médiateurs sur le terrain était vain. Et d’ajouter : « Les Français ont peur qu’il y ait des Molenbeek français ». Ainsi, le philosophe aurait été « immédiatement été interrompu par Daniel Cohn-Bendit qui lui a signalé que « ce n’est pas vrai » ». On applaudirait Cohn-Bendit, sauf que la réalité est bien plus complexe. Tous ceux qui ont vu l’émission témoigneront, d’abord, de la réelle complicité entre les deux compères au point qu’ils se sont mêmes amusés à s’échanger deux petits mots en hébreu (la langue des sionistes !), ensuite de positions bien moins contrastées.
S’il y eut divergence, ce fut bien dans la forme, dans la qualification de la réelle ou supposée emprise islamiste sur Molenbeek. A croire le philosophe, les islamistes y seraient majoritaires ; à entendre le future président rêvé de l’Europe, ils ne seraient qu’… hégémoniques. Laissons la parole au futur Président rêvé de l’Europe : « Ce n’est pas vrai. (…) A Molenbeek, les islamistes ne sont pas majoritaires. C’est comme la mafia dans un village sicilien. La mafia n’est pas majoritaire mais, par la terreur, elle tient un village. Donc il faut défendre le village pour qu’il se libère de cette terreur. Ce n’est pas la même chose. Il faut faire attention », non sans reconnaître qu’il faudrait à Molenbeek non seulement des médiateurs mais aussi des policiers. Le fait est que l’icône des Verts n’a pas contredit, et ce à tort ou à raison, le philosophe. Sur le fond s’entend. C’est bien lui qui caractérisa cette commune bruxelloise de « village de la mafia sous l’emprise de la terreur ».
Comment, dès lors, comprendre l’absence de tout commentaire critique envers Cohn-Bendit ? Tout simplement en raison de cette posture, que j’ose croire inconsciente, qui consiste à systématiquement opposer les bons juifs (ceux en minuscule, c’est-à-dire supposés humanistes, universalistes, diasporiques, bref anti-sionistes) aux mauvais Juifs (ceux dotés de la majuscule, supposés néo-cons, réacs, nationalistes, bref sionistes). Dans ces conditions, l’homme à abattre ne pouvait être que Finkielkraut. Bon sang progressiste ne pouvant mentir, un de nos journalistes en vint même à lui prêter les mots de Cohn-Bendit. Ainsi de la journaliste Marie-Laure De Kerchove, lors du journal parlé de 13h sur la Première Radio, tandis qu’elle interviewait Jamal Habbachich, le président du Conseil consultatif des mosquées de Molenbeek : « Hier dans un débat télévisé, Alain Finkelkraut , intellectuel français , disait « Molenbeek est comme un village sicilien dominé par la mafia, la commune est radicalisée à quatre-vingt pour cent, ça ne sert plus à rien d’envoyer des médiateurs, il faut libérer Molenbeek de cette terreur. » Qu’est -ce que cela vous inspire ? » La réponse fut évidemment cinglante de le chef du Molenbeekois soucieux de protéger l’honneur de sa commune : « Oh vous savez, après les événements on a été littéralement assaillis, ici à Molenbeek, par la presse française et étrangère. (…) « Oui, à Molenbeek il y a des problèmes, surtout des problèmes de précarité, un certain laisser aller vis-à-vis de cette jeunesse qui ne travaille pas, qui n’est ni inscrite ni encadrée, qui n’a pas de lieu de rencontre ni d’écoute. (…) Ce sont des propos dangereux, qui sèment encore la haine et la méfiance dans notre société. Malheureusement certains continuent à le faire en sachant qu’ils sèment la haine envers les musulmans… »
Ne serait-il pas temps que nos journalistes se libèrent enfin de certains de leurs préjugés ? Combien d’entre eux savent que « l’horrible Finkie » est signataire de JCall qui réclame la création d’un Etat palestinien ?
]]>