Les Juifs américains ne représentent pas plus de 2% de la population totale des Etats-Unis et pourtant, tous les observateurs scrutent leur vote qui s’exprime depuis de nombreuses années en faveur d’un candidat démocrate. En 2008, déjà, leur préférence allait à Barack Obama.
Israël constitue un référant identitaire parmi les Juifs de diaspora, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Les Juifs américains observent donc avec attention l’évolution des relations privilégiées entre leur Président et le chef du gouvernement israélien. En 2008, plus de 75% des Juifs américains ont répondu « Yes, we can ! » en votant pour Barack Obama. Aujourd’hui, entre ce dernier et Benjamin Netanyahou, on est loin d’assister à une lune de miel. C’est dans un contexte tendu que certaines analyses très superficielles indiquent que les Juifs des Etats-Unis seraient enclins à sanctionner leur Président pour sa mésentente avec le Premier ministre d’un Etat pour lequel ils expriment un attachement viscéral.
Il apparaît toutefois que cette hypothèse est loin d’être probable. Selon Françoise Ouzan, historienne, auteure de Histoire des Américains juifs (André Versailles éditeur) et chercheuse au Centre d’études Goldstein-Goren sur la Diaspora de l’Université de Tel-Aviv, « une enquête publiée au début de l’été 2012 (“The Solomon Project”, dont le but est de mettre en lumière les valeurs civiques chères aux Américains juifs) a révélé que deux tiers des électeurs juifs votent pour les démocrates ». Et d’ajouter : « Cette tradition se voit même renforcée par un récent sondage qui montre un taux de satisfaction supérieur de 14% chez les Juifs par rapport aux autres citoyens, en ce qui concerne la politique de l’administration Obama. En ce sens, les Juifs aux Etats-Unis sont bien américains avant d’être juifs, hormis une minorité parmi eux de 8% à 10% d’orthodoxes. De récents sondages montrent encore que 62% des électeurs juifs souhaitent voir le président sortant rester encore quatre ans à la Maison-Blanche, contre 30% d’opinions en faveur de Romney ».
Attachés aux idées progressistes
N’oublions pas que les Juifs américains ont témoigné depuis longtemps de leur attachement aux idées libérales et progressistes. Ce qui les éloigne des prises de position conservatrices du candidat républicain contre le droit à l’avortement, le mariage des homosexuels, l’assurance maladie, etc. Toutefois, il est prévisible que des défections interviennent et que des Juifs soient tentés de voter pour Mitt Romney. Les républicains pourraient obtenir un peu plus que les 22% qu’ils ont obtenus en 2008. Rappelons qu’un candidat républicain n’a jamais obtenu 30% du vote juif. Il se peut aussi que certains des plus orthodoxes chez les Juifs votent pour Romney. « Bien que l’attitude du Président des Etats-Unis à l’égard de l’Etat d’Israël soit pour la première fois débattue publiquement dans les élections présidentielles sur les chaines télévisées, hormis pour les Juifs orthodoxes, ce n’est pas une priorité, car ce sont les questions de politique nationale qui préoccupent avant tout les Américains juifs », souligne Françoise Ouzan. « Plus encore, contrairement à ce que montre la couverture médiatique, Israël n’a plus le rôle central qu’on lui prête dans la dynamique identitaire des Américains juifs ».
Seront-ils décisifs ? Bien que les quelque cinq millions de Juifs ne représentent que 2% de la population américaine, ce pourcentage marginal n’empêche pas les Juifs de peser sur un scrutin présidentiel. Dans un pays où le vote n’est pas obligatoire et où le taux d’abstention est élevé, les Juifs apparaissent comme une catégorie décisive dans une élection. « Ils accomplissent leurs devoirs électoraux, et leur niveau d’éducation leur permet de comprendre l’enjeu d’un acte civique et politique », insiste Françoise Ouzan. « Le taux d’abstention de ce groupe étant très faible, leur pouvoir électoral compte beaucoup dans les villes à forte population juive comme New York, Chicago, Miami, Baltimore, Philadelphie ou Los Angeles. Dans une élection, lorsque la marge de voix est mince, c’est leur vote qui fait pencher la balance. Les résultats qui seront ainsi obtenus dans les “Swing States”, ces Etats comme la Floride où les Juifs sont nombreux et où aucun des deux partis politiques ne domine le vote populaire, seront déterminants ».
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