Il y a les Juifs orthodoxes, les Juifs libéraux, les Juifs laïques et les Juifs progressistes. Il y a aussi les Juifs anglophones, moins connus et pourtant très actifs. Un mouvement qui se revendique du judaïsme libéral mondial et dont l’existence démontre une fois encore toute la vitalité de notre communauté.
« Bienvenue au IJC, International Jewish Center, la seule communauté juive libérale de langue anglaise en Belgique », l’introduction du site internet, en anglais dans le texte, vous invite à mieux connaitre cette communauté installée à Bruxelles depuis 2003. Les Juifs anglophones comptent aujourd’hui quelque 80 familles disséminées dans le pays, qui ont choisi de se structurer dans la capitale de l’Europe. Une population internationale composée d’athées, de réformés, et de traditionalistes, tous à la recherche d’un foyer juif où retrouver leurs racines.
« On sait qu’une personne sur cinq qui vit à Bruxelles est étrangère » relève Bill Echikson, un des fondateurs d’IJC, aujourd’hui membre de son comité des affaires religieuses. « Beaucoup d’entre nous sont venus ici pour travailler, mais ne parlent pas français. Nous n’avions donc pas d’endroit où aller, et pour seul choix que le Habad, qui ne convenait pas à tout le monde », sourit-il. « Nous avons voulu remplir un vide ».
En huit ans, l’International Jewish Center est passé de sept à 80 familles, avec dans un premier temps des diners shabbatiques et une école d’hébreu (« Sunday School »), avant de devoir passerà la vitesse supérieure. Les demandes de célébration des rites de passage vont en effet obliger la communauté naissante à se doter d’un rabbin. Le fils de Steven Brummel, l’actuel président d’IJC, sera le premier bar-mitzva. Celui de Bill Echikson sera le deuxième. L’IJC rejoint le World Union Progressive Judaism et bénéficie de ses liens avec les Pays-Bas, la France et l’Angleterre. En 2007, c’est un diplômé de l’Ecole Leo Baeck de Cambridge, le Rabbin Nathan Alfred, qui prend les rênes de l’organisation (lire notre encadré).
« Nos offices et l’ensemble de nos activités sont une façon d’intégrer l’anglais dans la vie de nos membres, anglophones ou ayant l’anglais comme seconde langue, mais dont les enfants fréquentent des écolesfrancophones et bien souvent non juives », souligneSteve Brummel, lui-même américain, en Belgique depuis bientôt trente ans. Très multiculturelles, mélangeant joyeusement Ashkénazes et Séfarades, espagnols, finlandais, italiens, hollandais, israéliens, et parfois belges, néerlandophones, ces familles semblent avoir trouvé dans l’éducation juive et la vie communautaire proposées par l’IJC ce qu’elles recherchaient.
Facilités d’intégration
Mickael et Olga Garellick, dont la fille Elisa est devenue bat-mitzva le 3 septembre dernier,sont bien représentatifs de leur communauté. Elle est grecque, de la petite ville de Volos, lui suédois, originaire de Göteborg. Le couple parle en anglais. Chacun utilise sa propre langue avec les enfants, qui sont à l’Ecole… européenne, et déjà largement polyglottes. « Nous sommes arrivés en Belgique en 1994, pour faire un stage à la Commission », explique Mickael.« La communauté juive que je connaissais à Göteborg (un demi-million d’habitants), estimée à 1.000 Juifs, était plutôt orthodoxe, mais ne disposait pas d’école juive. J’y ai fait ma bar-mitzva et fréquenté la Sunday School. En arrivant ici, j’ai ressenti ce besoin de retrouver une communauté juive. Le judaïsme est presque la seule chose qui nous relie ma femme et moi, il était donc très important de transmettre cette identité à nos deux enfants, nés ici ».
Les Garellick passeront par la Régence, le CCLJ, Beth Hillel, et même le Habadloubavitch, « à la recherche de quelque chose qui nous corresponde », confie Mickael.« Nous ne sommes pas religieux au sens strict du terme, nous sommes conscients de notre histoire et respectons la tradition. Quand nous avons découvert l’IJC, je n’avais pas l’habitude de voir des femmes qui lisent la Torah, mais j’ai finalement trouvé que c’était une évolution normale et ça m’a plu. Aller prier est désormais un plaisir ! », affirme celui qui est devenu un membre actif, participant à l’organisation des fêtes et des activités post-bar-mitzva.
« J’ai passé ma bat-mitzva sans vraiment recevoir d’éducation juive », raconte pour sa part Olga. « La communauté de Volos, dont mon père est toujours le président, est une communauté traditionnelle qui survit avec 100 Juifs. Ce que j’apprécie énormément ici, c’est l’esprit critique et les échanges avec le rabbin. Nous avons aussi fait la connaissance de gens du monde entier, confrontés à la même barrière de la langue que nous, et aux mêmes difficultés d’intégration dans le reste de la communauté juive ».
Et quand on les questionne sur leurs rapports avec la Synagogue libérale, Olga et Mickael affirment : « Sur les 80 familles d’IJC, moins de dix viennent de Beth Hillel, certains sont d’ailleurs membres des deux synagogues. Il y a une peur de la concurrence, sans que celle-ci soit réelle. Il y a de la place pour les deux, cela permet juste d’être plus forts comme communautés non orthodoxes ».
Reconnaissance
Une des particularités de la communauté juive anglophone, qui fait pourtanttoute sa richesse, reste la composition de sa population. Certains membres viennent pour quelques années et repartent -en huit ans, la moitié des membres se sont fixés-, les jeunes une fois passés l’âge de 18 ans font, eux, souvent le choix de retourner étudier dans leur pays, avec les conséquences que l’on imagine : la difficulté pour la communauté de grandir, même si ceux qui s’en vont sont remplacés par d’autres et que, dans l’ensemble, le nombre de membres reste stable. Autre épine, l’absence de synagogue. La communauté se réunit le Shabbat dans la maison d’un membre, à Uccle, une solution temporaire qui dure déjà depuis plusieurs années et limite la fréquentation des fêtes, d’ailleurs célébrées dans d’autres locaux loués pour l’occasion.
Les ambitions des Juifs anglophones sont cependant bien réelles : tout offrir, de la naissance à la fin de vie, et se faire reconnaître par le Consistoire israélite de Belgique comme une communauté à part entière. Une reconnaissance nécessaire pour avancer et s’enraciner dans le paysage belge, « pour officialiser notre contribution à la vie juive bruxelloise », assure le Rabbin Nathan.
Infos : www.ijc.be
“Home Away From Home”
Dès son arriv
ée en octobre 2008, c’est la nature internationale de la communauté anglophone qui a séduit le Rabbin Nathan Alfred, également rabbin du Luxembourg. Quatre mots pour illustrer une devise : « Home Away From Home », parce que « tous ces expats, qu’ils soient avocats, journalistes, scientifiques ou fonctionnaires européens, ont besoin d’une communauté juive pour retrouver un foyer, loin de chez eux », confie-t-il. « Bruxelles constitue un environnement de travail très intéressant, où chacun de nos membres a une histoire et un parcours différents qui l’ont conduit ici ».
Considérer les enfants comme des individus à part entière semble réussir à ce champion d’échecs, dont le contact avec les jeunes est des plus appréciés. « Ils travaillentdur, parce qu’ils savent que nos attentes sont importantes, et ils montrent beaucoup d’enthousiasme à s’impliquer dans la vie communautaire. Souvent, leurs parents sont les premiers à montrer l’exemple, en offrant à la communauté du temps et de l’énergie ».
Les résultats sont concluants : une cinquantaine de personnes assistent aux offices du samedi matin, et près de 150 viennent célébrer les fêtes. Plus de 30 élèves de 4 à 12 ans sont inscrits à la Sunday School et le Rabbin Nathan a développé le « Teens Group » avec les post-bar-mitzva, pour garder les jeunes impliqués dans la communauté.
« Juif par religion et par culture, mais non pratiquant », Lionel Jeanrenaud, 15 ans, en fait partie. « Nous nous voyons une fois par mois et participons ensemble à différentes activités, des soirées films, des échanges avec les communautés d’Angleterre et du Luxembourg », explique-t-il. « L’an dernier, nous étions 17 à partir en Israël ! J’aime cet esprit communautaire, et j’essaye de participer à l’organisation des fêtes à chaque fois qu’on me le demande ».
Outre un mouvement de jeunes célibataires, un groupe de femmes et une classe de conversion lancée il y a un an, l’organisation propose des activités intergénérationnelles, des conférences, des rencontres… Sans bénéficier d’aucun subside, l’IJC ne se contente pas des offices, mais tente d’offrir une véritable vie communautaire intellectuelle et culturelle.
De père écossais et de mère américaine, Barrie Boles, 26 ans, est venue à Bruxelles pour un stage à l’OTAN. Elle y réside aujourd’hui, travaillant pour une société américaine. « J’ai découvert IJC en surfant sur internet, avant d’arriver en Belgique », se souvient-elle. « Dans ma famille, nous n’étions pas pratiquants, mais très investis dans la vie communautaire. J’étais moi-même active à l’université dans la Student Jewish Society, et la petite communauté juive réformée de Weybridge, au sud-ouest de Londres, où nous vivions, était comme une extension de notre famille. L’IJC m’a beaucoup aidée, aussi bien pour m’accueillir que pour répondre à mes questions plus générales sur la Belgique ! ». Désormais responsable de la « IJC Nightlife », un groupe de divertissement pour les jeunes professionnels trentenaires, Barrie Boles apprécie ces relations avec des Belges comme des Juifs de toute l’Europe, qui vivent ici depuis deux… ou vingt ans. « Je recherchais une communauté, des gens aussi heureux d’être juifs que moi et souhaitant se divertir, et j’ai rencontré ici mes plus proches amis. Mes parents et ma sœur vivant toujours en Angleterre, IJC est devenu ma famille bruxelloise et lefait d’y parler anglais contribue à me faire sentir un peu chez moi ».
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