Les Juifs et les diamants, version Kroll

Quand Kroll, le caricaturiste du Soir, s’emmêle les pinceaux avec les diamantaires belges qu’il associe systématiquement aux Juifs dans ses dessins. Une manie douteuse qui témoigne non seulement de sa méconnaissance du secteur diamantaire, mais qui risque dangereusement de renforcer les pires préjugés antisémites.

Les Juifs et les diamants. Cette idée reçue s’est curieusement bien ancrée dans la conscience collective. A tel point, que chaque fois qu’un caricaturiste illustre l’actualité relative au secteur du diamant en Belgique, les diamantaires prennent systématiquement les traits d’un Juif ultra-orthodoxe !

Comme si diamant et Juifs étaient synonymes. C’est incontestablement ce que montre à nouveau ce dessin de Kroll paru dans Le Soir du 11 mai 2015. Que ce préjugé continue d’avoir cours dans les milieux populaires est une chose (désagréable), mais qu’il soit aussi véhiculé par une personnalité en vue dans les médias belges est autrement plus préoccupant.

Alors non, tous les diamantaires ne sont pas juifs et ce secteur d’activité important pour l’économie belge n’est même plus du tout dominé par les Juifs. Comme toute l’activité économique de notre pays, le secteur du diamant s’est mondialisé et a fait l’objet de transformations considérables.

Si Kroll avait voulu viser juste en caricaturant aujourd’hui un diamantaire anversois, il aurait dû lui attribuer les traits d’un Indien du Gujarat ou de Bombay ! C’est d’Inde en effet que sont originaires les plus importants diamantaires anversois, et ce depuis déjà plusieurs années.

En dessinant le diamantaire adepte de la fraude fiscale sous les traits d’un Juif orthodoxe, Kroll se trompe aussi sur la sociologie du monde juif : les Juifs ultra-orthodoxes ont toujours été très minoritaires dans le secteur du diamant en raison de la place importante qu’ils accordent à l’étude des Textes. C’est la raison pour laquelle ce sont des populations plutôt pauvres et dépendantes de la générosité d’institutions communautaires ou de philanthropes. On les imagine donc mal en grands fraudeurs du fisc.

Kroll pourra évidemment nous dire qu’il a le droit de choquer et qu’il ne fait qu’exercer sa liberté d’expression. Il ajoutera peut-être que les Juifs n’ont pas d’humour quand on ose les caricaturer et qu’à nouveau, c’est deux poids deux mesures…

Non. Sa caricature ne questionne en rien une situation inacceptable qu’il faut dénoncer, en l’occurrence la fraude fiscale. Elle ne fait que renforcer de vieux préjugés à propos des Juifs et de leur soi-disant cupidité. Pathétique. 

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