C’est un fait. Une part croissante de la population française se fait à l’idée que le Front National, principal parti d’extrême droite sur l’échiquier politique hexagonal, devient fréquentable.
Un récent sondage Ifop pour l’hebdomadaire Valeurs actuelles montre même que plus d’un Français sur trois (34%) se sent désormais proche des idées de Marine Le Pen. La machine est donc en route : le FN new look commence à séduire loin de ses bases. Mais le parti a-t-il vraiment profondément changé ? Rien n’est moins sûr. Si les dérapages racistes du passé tendent à disparaitre, chaque semaine apporte néanmoins son lot de déclarations et autres preuves de la nature profondément antirépublicaine du Front National. Ici se joue un tour de passe-passe dément. A l’image de notre société devenue politiquement correcte au fil des années, le FN a repeint sa devanture pour se faire passer pour respectable. La stratégie est gagnante : en plus de rassurer les masses votantes, elle interpelle les médias toujours en quête de thématiques fortes. Les sociologues l’ont prouvé : le sentiment de honte qu’il y avait jadis à se dire électeur du FN a progressivement disparu depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du navire frontiste. Les premiers résultats sont là. Peu à peu, des centaines de jeunes ne répondant plus au stéréotype du skinhead aux idées courtes rejoignent les rangs de la droite dure. Julie Abraham, représentante de ces nouveaux venus au FN, déclarait ainsi récemment : « Avant, nous avions l’image d’un parti raciste, fermé, macho. Elle (Marine Le Pen, ndlr) a cassé ces clichés. Désormais, nous ne passons plus notre temps à nous justifier; nous pouvons présenter notre programme économique et social ».
Face aux grosses ficelles de la maison Le Pen, c’est toute la société française qui doit prendre parti. Pour les Juifs, la question de la fréquentabilité du FN n’a historiquement jamais fait débat tant que Jean-Marie Le Pen et ses dérapages antisémites occupaient le devant de la scène. Avec le temps et l’arrivée de MLP aux commandes, les choses ont commencé à changer. « Si je n’étais pas juif, j’aurais voté FN », entend-on parfois lors de discussions communautaires… Tout cela est finalement normal : puisque la France grogne, les Juifs n’échappent pas au mécontentement qui, pareille à l’insurrection, vient… Combien sont-ils, nos coreligionnaires, à voter pour l’extrême droite ? En l’absence de chiffres solides, c’est difficile à dire. Une certitude : ils sont peu nombreux, mais certainement pas très éloignés de cette nouvelle droite qui face au FN tergiverse et emprunte, picore, quelques idées plutôt que de le combattre avec vigueur. Pas de débat : le FN de 2013, même s’il a changé de visage, reste toujours aussi dangereux ! Au fond, son programme ne change pas et les figures qu’il combat, celui de l’étranger, du cosmopolite, sont toujours les mêmes : ce sont celles du Juif…
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