Dimitri Verdonck, président d’ACP (Association cultures & progrès) vient de publier un appel concernant la situation des Juifs d’Ethiopie à travers le portrait d’Ali Deberkale, belgo-djiboutien vivant à Bruxelles se mobilisant en faveur des derniers Falashas d’Addis-Abeba.
Né à Djibouti, petit pays voisin du géant éthiopien auquel il donne accès à la mer, Ali connait l’existence des Falashas depuis toujours. Il a toutefois longtemps ignoré le caractère insultant de cette appellation qui désigne les Beta Israël, ces Juifs dont les ancêtres ont un jour trouvé refuge en Éthiopie. Et pour cause… À Djibouti, comme ailleurs dans la Corne de l’Afrique, la très grande majorité de la population ne connait du judaïsme que les clichés les plus absurdes qui font craindre à quiconque de croiser un jour un Juif sur sa route ! Entre antisémitisme, judéophobie et une bonne dose d’ignorance, il reste peu de place pour la vérité. À Djibouti, comme en Éthiopie ou en Somalie notamment, peu importe donc de faire la différence entre un Falasha ou un Beta Israël puisqu’il ne s’agit de toute façon que d’un Juif, comme, pour d’autres, Ali ne sera toujours qu’un nègre !
Né à Djibouti, ce n’est donc qu’en Belgique et en Israël, au contact de ses amis et de sa belle-famille, qu’il a eu l’occasion de découvrir le judaïsme « en vrai ». Simple ou complexe ; ouvert, introverti ou parfois complètement replié sur lui-même ; assumé, indifférent ou honteux ; orthodoxe, libéral ou même laïque ; heureux ou malheureux, bref un judaïsme vivant, un judaïsme réel. Depuis lors, au sein de sa communauté, il se fait comme il peut le témoin de cette découverte. Dans l’espoir de faire évoluer les mentalités à commencer par la sienne, d’ouvrir les esprits et surtout de convaincre chacun qu’en reconnaissant leur humanité à ceux qu’ils prennent au mieux pour des chiens, chacun gagnera lui-même en humanité, cette humanité que d’autres leur refusent également avec la même insupportable et mortelle bêtise.
Né à Djibouti, Ali reste aussi profondément attaché à sa culture et à ses traditions. Pas toutes. Et en exerçant librement tout l’esprit critique qu’il faut tant pour accepter l’autre que pour se réapproprier ce qu’il est lui-même, ce qu’il devient. Aussi, le message qu’il essaie modestement de porter passe également par sa détermination et le plaisir évident qu’il trouve à essayer de convaincre celles et ceux qu’il rencontre ici ou ailleurs, de la puissante humanité qu’ils pourront trouver chez les nomades afars de son pays, dans le foyer accueillant d’une famille somalienne ou à la table d’un yéménite, fusil à la ceinture et le cœur sur la main.
Né à Djibouti, Ali a maintenant la chance de voyager dans les pays de la Corne de l’Afrique pour y travailler et, par la même occasion, y promener sa nostalgie et un regard nouveau sur ce qu’il redécouvre. C’est ainsi que début juillet, profitant d’un passage par Addis-Abeba, Ali a décidé de visiter l’une ou l’autre synagogue qu’il croyait y trouver facilement. Après quelques minutes de route pour arriver dans le quartier juif, Ali rencontrera une personne, puis une autre et puis encore une autre qui le conduira enfin auprès d’un jeune homme. Tesfahun. Étonné par sa démarche – visiter une synagogue et rencontrer quelqu’un de la communauté ?! – Tesfahun lui proposera alors de le recontacter par téléphone le lendemain, après lui avoir confirmé qu’il y a bien à Addis-Abeba, une synagogue et une communauté juive de quatre cents âmes.
Né à Djibouti, Ali se retrouve le lendemain au téléphone avec Abraham, représentant de la communauté Beta Israël à Jérusalem, à qui il tente d’expliquer pourquoi un belgo-djiboutien laïque d’origine musulmane souhaite visiter la synagogue d’Addis-Abeba et rencontrer quelqu’un de la communauté… Enchanté par ses explications et l’intérêt qu’Ali manifeste à son égard et celui des siens, Abraham prend soin de faciliter sa visite. Le voilà donc attendu le surlendemain où le retrouveront Tesfahun et quelques membres de la communauté, pour discuter avec Ali et lui montrer leur synagogue. Le jour venu, une émotion intense s’emparera d’Ali. Une courte marche à travers les ruelles insalubres d’un quartier insalubre, un porche de pierres nues, une tente, une série de pierres instables posées dans le sable boueux d’un couloir dans lequel il manque plusieurs fois de s’étaler et puis une autre tente. Très grande. Une synagogue dans laquelle Ali est attendu par une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants !
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