Après quatre jours de vol, Zéphyr arriva enfin à Antalya, en Turquie. Il n’y resterait que deux jours, puis repartirait pour Capetown, en Afrique du Sud, où il passerait l’hiver. Il partit tout d’abord à la recherche d’un endroit pour se sustenter. Il était mort de faim et quand Zéphyr avait faim, autant le dire, passez-moi l’expression, « il puait du bec ». C’est ce qu’on lui disait toujours.
Dans le port d’Antalya, sur le quai, un pêcheur réparait son filet et retirait de petits poissons qui y étaient restés prisonniers. « Des poissons », se dit Zéphyr, « voilà qui ferait bien mon affaire ».
Le pêcheur leva alors la tête et le vit. Quelque chose l’intrigua chez Zéphyr : sa bague argentée qui brillait au soleil et une petite boîte métallique sur son dos. Le pêcheur sentit une inquiétude monter en lui. Il sortit son téléphone portable.
Au bout de quelques minutes à peine, Zéphyr se retrouva encerclé par une dizaine de policiers qui le tenaient en joue.
« Oh ! », s’écria Zéphyr, tout surpris. « Voilà une drôle de façon d’accueillir les touristes ».
« Tais-toi ! », lui intima celui qui semblait être le chef de corps des policiers. « Otez-lui sa bague et la boîte ».
La « boîte » était en réalité un émetteur. Et comme si ce n’était pas encore suffisamment compromettant, sur la bague était gravé « 5773 TELAVIVUNIA ».
« Tel-Aviv ! J’en étais sûr. Nous avons attrapé un espion du Mossad ! ». Puis, se tournant vers le pêcheur : « Bravo ! Tu t’es conduit en vrai patriote. Il semble que nous soyons tombés sur un gros poisson ».
« Je ne suis ni un agent du Mossad, ni un gros poisson ! Je suis un… ».
« Tais-toi, te dis-je ! », lui ordonna le chef. « Emmenez l’espion israélien à la radioscopie. Peut-être cache-t-il une bombe à l’intérieur de son corps… Qui sait ? ».
Pauvre Zéphyr. On peut dire que ce n’était pas son jour de chance.
La radioscopie ne révéla rien de suspect, mais cette affaire arriva très vite au sommet de l’Etat.
« Une cigogne noire qui espionne au profit d’Israël ? Vous êtes sûr ? Nous allons contacter immédiatement les autorités israéliennes pour en avoir le cœur net. Allô, Tel-Aviv ? Ici, Ankara. Nous avons capturé une cigogne portant un émetteur. Elle porte aussi une bague autour de la patte avec l’inscription “5773 TELAVIVUNIA”. Avez-vous constaté la disparition d’un de vos espions ? »
« Une cigogne ? Un espion ? Tiens, c’est intéressant comme idée, mais non. Nous n’avons pas d’espion opérant sous l’identité d’une cigogne. La bague que votre cigogne porte autour de la patte a été mise par le département d’ornithologie de l’Université de Tel-Aviv. Quant à l’émetteur que vous avez trouvé sur son dos, il est censé leur donner des informations sur les conditions de vol et sur son itinéraire ». Et c’est ainsi que Zéphyr retrouva la liberté.
Menes, une autre cigogne noire, eut moins de chance que lui*. En septembre 2013, alors qu’elle séjournait en Egypte, elle fut soupçonnée d’espionnage au profit d’Israël et emprisonnée dans une cage. Elle fut finalement « innocentée » par des vétérinaires et libérée. Mais quelques jours plus tard, dans la région du Nil, des chasseurs la capturèrent et elle finit sa vie… dans une assiette.
Les êtres humains sont décidément de drôles de créatures…
* www.rue89.com/2013/09/07/cigogne-espionne-a-fait-rire-legypte-a-ete-tuee…
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