« Le miracle de l’économie israélienne n’est pas un mythe, c’est une réalité. Nous avons réussi principalement grâce aux Israéliens, grâce à tous les citoyens. De toutes pièces, nous avons pu créer une économie florissante basée sur les individus, c’est à dire sur l’idée et non sur la matière ».Ainsi a débuté la députée Einat Wilf.
Des propos complétés par l’économiste Richard Sitbon : « Il faut préciser que le pays a su passer d’une économie agricole à une économie essentiellement basée sur le high-tech. Israël est aussi passé, dans les années 1990, d’une économie quasi-communiste à une économie libérale ».
« La force de l’innovation en Israël s’est construite grâce à l’élasticité des entreprises, à la souplesse budgétaire et aussi grâce à l’immigration, en particulier ; celle de Russie ».
Yekoutiel Sabah, du Ministère des Affaire sociales, a contesté cette vision de l’histoire : « Nous avons tendance à penser que la clef du succès réside dans l’économie libérale et nous en oublions qu’Israël était un pays à économie dirigiste à ses débuts. Dans ces années-là l’essor israélien était bien plus important que de nos jours »
Yitzhak Adda (ministère des Finances) : « Pour moi il n’y a pas de miracle de l’économie israélienne. Un miracle du secteur du high-tech oui, mais pas de l’économie. Par exemple, la croissance du revenu des ménages a été divisée par deux ces dernières années. L’économie israélienne est à deux vitesses. Elle a laissé en arrière de nombreux individus »,
Les participants se sont alors accordés sur le fait que, chez les « nouveaux pauvres » comme on les nomme, -essentiellement les Arabes israéliens et les Juifs ultra-orthodoxes- il s’agissait d’une « pauvreté choisie », dont l’existence ne dépendait pas des politiques de l’Etat.
Ceci étant a précisé, M. Adda, « la pauvreté ne se résume pas aux Arabes israéliens ou aux Haredi”, Si on enlève ces populations des statistiques, Israël connaît un taux de pauvreté de 13% et celui-ci va croissant. Aujourd’hui une famille sur cinq vit sous le seuil de la pauvreté, comme un Israélien sur quatre ».
Mais, pour Mme Wilf, « Israël agit contre la pauvreté de ceux qui n’ont pas choisi la pauvreté. En Israël, une famille doit vivre correctement si les deux parents ont un travail. En outre si ces derniers ont bénéficié d’un certain niveau d’études, cela augmente leurs chances de ne jamais connaître la pauvreté »
« Nous avons globalement réussi ».
Ils en sont ensuite revenus au « miracle israélien ». « Parlons chiffres, a dit M. Sitbon, « Au premier trimestre de cette année, Israël a enregistré une croissance à 4,4% contre 1% en Europe. Alors que les pays européens peinent à réduire leurs dettes, Israël l’a fait.
« En matière d’éducation l’Etat juif peut se targuer d’avoir 75% de sa population ayant un cursus scolaire supérieur ou égal à 12 ans d’études. Grâce à nos cerveaux nous avons exporté 14 milliards de dollars l’an dernier, ce qui représente plus que ce que le Qatar exporte en gaz. Nous avons globalement réussi ».
Et qu’en sera-t-il demain ? M. Adda : « Je m’inquiète pour l’avenir du pays. Israël vit sur ses acquis. Notre avantage compétitif aujourd’hui c’est l’éducation. Mais cet avantage est basé sur le passé et surtout sur l’aliyah russe qui a permis d’intégrer des savoirs scientifiques extrêmement pointus.
Les investissements pour l’éducation n’ont cessé de diminuer ces trente dernières années en même temps que se réduit le nombre d’enseignants. Investir dans le capital humain, donc dans l’éducation, et dans le social doit redevenir une nécessité absolue »
« Il est vrai qu’il y a eu une diminution d’injection de capitaux dans ce secteur, mais en chiffres absolus cette diminution est loin d’être dramatique », a nuancé M. Sitbon. « Nous nous situons toujours devant la plupart des pays européens développés et je pense que c’est suffisant »
Alors, l’Etat juif doit-il donc concentrer ses investissements sur la « Recherche et Développement » comme le veut l’actuel credo libéral ? Ou cet argent doit-il se « re-socialiser » et se focaliser sur l’éducation ? Il n’y a pas qu’en politique étrangère que les Israéliens sont placés devant des choix fondamentaux.
** Cette conférence/débat s’est tenue durant le Salon du livre israélien de langue française. Titrée « Mirages et miracles de l’économie israélienne », elle a réuni Einat Wilf, (députée Atzmaout), Yekoutiel Sabah (directeur de département au ministère des Affaires sociales), Yitzhak Adda, (économiste au ministère des Finances) et l’économiste Richard Sitbon.
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