Il y a quinze ans, Eve Ensler brisait un tabou et prononçait le mot « vagin » sur une scène à Broadway. Depuis, ses « monologues » ont fait un bout de chemin : traduits en une cinquantaine de langues, ils ont été joués dans plus de 130 pays autour du globe. Cette année encore, ils reviennent faire escale au TTO, dans une version inédite, revisitée aux couleurs de l’Afrique.
C’est la sixième année consécutive que la directrice artistique du Théâtre de la Toison d’Or monte cette pièce, érigée par certains en classique du féminisme contemporain. Mais c’est une version inédite qui se joue pour l’instant au TTO, et jusqu’à la clôture de la saison. Une version africaine, avec trois comédiennes d’origine africaine, et l’ajout d’un texte inspiré à Eve Ensler lors d’un voyage en Afrique centrale. L’auteure avait été bouleversée d’entendre le témoignage de quelques femmes rescapées des horreurs de la guerre et du viol.
« Rien de ce que j’ai entendu ou vu ne se compare à ce qui passe en République démocratique du Congo », témoigne-t-elle à son tour. « L’avidité des entreprises, nourrie par la consommation capitaliste, et le viol des femmes ont fusionné en un unique cauchemar. Le féminicide, la destruction systématique et planifiée de la population féminine, est utilisée comme tactique de guerre pour faire disparaître des villages, piller des mines et saper les bases mêmes de la société congolaise ». Une réalité qui fait froid dans le dos… Et dont on prend la juste mesure grâce à l’époustouflante, mais presque dérangeante interprétation de Bwanga Pilipili. Gageons que le talent de la jeune comédienne lui permettra de brillamment réussir sa dernière année à l’INSAS.
Du rire aux larmes
Si l’objectif avoué est de dénoncer avec force les violences que subissent les femmes, en Afrique comme partout ailleurs dans le monde, il ne s’agissait pas non plus de réduire à la seule sphère de l’agression ce vagin qui est « l’essence même de chaque femme » : lieu de plaisir, parfois de gêne, d’appréhension, d’incompréhension ou au contraire de découverte de soi. Même revisités, « les monologues » restent « les monologues » : avant tout une comédie où l’on rit, où l’on se reconnaît parfois, où l’on applaudit lorsque des femmes inconnues oser dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Une ode impertinente et drôle à la fois à la féminité et au plaisir. Une pièce -oserai-je le dire… ?- oui, jouissive de part en part.
« Les monologues du vagin », au Théâtre de la Toison d’or jusqu’au 16 juin 2012
Une pièce de Eve Enser, mise en scène par Nathalie Uffner
Avec Bwanga Pilipili, Babetida Sadjo et Awa Sene Sarr
Infos et réservations : 02/510.05.10 ou www.ttotheatre.be
]]>