Comment l’extrême droite messianique s’en prend au Likoud, le principal parti de la droite israélienne et, au-delà, à la démocratie.
La description est du prophète Zacharie : « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton Roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d’une ânesse. » (Zach. 9 : 9)
Forte et belle, l’image a souvent été récupérée. Non tant le Messie lui-même que l’animal : cet âne qui va son chemin d’un pas robuste et tranquille et ignore absolument l’importance de celui qu’il porte.
C’est, par exemple, en usant de cette comparaison qu’une partie des Juifs orthodoxes regroupés dans le parti Mizrahi appuyèrent le mouvement sioniste naissant : à leurs yeux, sans le vouloir, sans le savoir, les pionniers juifs œuvraient pour la venue du Messie.
Aujourd’hui, l’image est reprise par le journaliste et écrivain Sefi Rachlevski dans un article* où il analyse comment l’ultra-nationalisme, « nouveau courant dominant en Israël », menace la démocratie israélienne.
Rachlevski explique que cette forme de fascisme religieux et messianique compte s’imposer en pervertissant l’idéologie du principal parti de droite, le Likoud. Il décrit les différentes attaques menées contre le parti de Menahem Begin.
D’abord, à l’extérieur, par la montée en puissance du mouvement HaBaït HaYéhudi (« Maison juive ») de Naftali Bennett qui est crédité de 15 sièges, ce qui ferait de lui le 3eparti du pays, derrière le Likoud-Beteinou et les Travaillistes.
Dernier avatar en date du Mizrahi dans sa dérive vers l’extrême droite, sa progression est due à la récupération d’électeurs du Likoud, déçus par la « modération » de B. Netanyahou. Le parti prône l’annexion unilatérale de 60% de la Cisjordanie.
Autre menace, le parti Israël-Beteinou d’Avigdor Lieberman qui a, lui, un pied dedans et un dehors : il fait liste commune avec le Likoud, mais garde son indépendance. D’extrême droite lui aussi, composé en majorité d’ex-Russes, il joue le rôle classique de l’âne.
Bien que laïque, voire anti-religieux, Israël Beteinou n’en travaille pas moins, sans le savoir, pour la bonne cause messianique en s’opposant à la création d’un Etat palestinien. Quoique, d’autre part, il envisage des échanges de territoire avec lui…
L’idée est de se débarrasser des 20% d’Arabes israéliens en modifiant les frontières : le « Triangle de Galilée » (nord d’Israël) où ils sont majoritaires passerait sous le contrôle de l’Autorité palestinienne et Israël annexerait les grands blocs de colonies juives de Cisjordanie.
Moshé Feiglin : « Hitler était un génie militaire incomparable »
Mais le plus grand danger pour le Likoud, et donc pour l’ensemble du système, vient de l’intérieur et porte un nom : Moshé Feiglin. Voici un an déjà, ce site avait dénoncé** la montée en puissance de ce chef d’un groupuscule d’extrême droite.
Cet habitant d’une colonie de Cisjordanie a été condamné en 1993 pour « incitation au crime » en appelant à enfreindre la loi pour lutter contre les Accords d’Oslo. Il s’était aussi félicité de « l’acte de résistance » de Baruch Goldstein qui avait tué 29 Palestiniens en prière à Hébron (février 1994).
L’année suivante, Feiglin déclarait dans une interview que « Hitler était un génie militaire incomparable. Il écoutait de la belle musique, savait se comporter, et a remis de l’ordre en Allemagne ».
Il a ensuite « clarifié » sa déclaration en expliquant qu’on pouvait considérer Hitler comme un génie sans l’admirer. Avant de botter en touche en évoquant, comme de juste, des « propos sortis de leur contexte » et « une campagne de dénigrement de la gauche »…
C’est donc cet homme-là qui a été accepté au Likoud en 2000 et qui, lors des élections pour la présidence du parti de 2005, « pesait » déjà 12,5% des voix. Et 24% en 2007. Aujourd’hui, Feiglin contrôle toujours un quart du parti et se trouve en place éligible à la Knesset.
Plus grave, il a emporté la bataille idéologique au sein de la 1èreformation de droite. Les partisans de la démocratie ont cédé la place aux idéologues de l’ultranationalisme avec leur messianisme débridé et leur racisme anti-arabe.
Là, les ânes, ce sont tous ces nouveaux jeunes dirigeants, les Dany Danon, Tzipi Hotovely, Ze’ev Elkin, Youli Edelstein, etc. qui portent Feiglin sans trop se demander où il les mène, tant que cela leur permet d’accéder aux premières places.
Précisément, que propose Feiglin pour la Cisjordanie ? Simple : son annexion complète par Israël avec la citoyenneté réservée aux seuls Juifs. Quant aux Palestiniens, la nouvelle tête pensante du Likoud a une idée originale.
S’en débarrasser en donnant 250.000 $ à chaque famille qui accepterait d’émigrer. Le chiffre est passé à 500.000 $ voici peu. De toute manière, l’argent n’est pas un problème puisqu’en agissant ainsi, Israël fera d’immenses économies dans le domaine sécuritaire…
Irréaliste ? Absurde ? Quelle importance puisque le Messie, porté par sa multitude d’ânes, s’approche de Jérusalem…
*www.haaretz.com/opinion/feiglin-and…Pour ceux qui s’intéressent à la question (et lisent l’anglais) : Sefi Rachlevsky : Messiah’s Donkey. Ed. Yedioth Aharonot, 1998
** « L’homme qui fait passer B. Netanyahou pour un modéré » (http://www.cclj.be/article/2/2734)
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