On chronique ici, et depuis de trop longs mois, la montée inquiétante de l’antisémitisme, la marche inexorable du Front National vers le pouvoir, la réaction qui s’immisce toujours plus profondément dans les cerveaux de nos compatriotes français, belges, européens. Zemmour, Onfray, Menard, Le Pen, Valeurs Actuelles, Minute, Dieudonné, Soral, que disent-ils sinon le retour des idées d’un autre temps ?
Depuis Ilan Halimi, depuis la tuerie de Toulouse, depuis le massacre de Charlie Hebdo et celui du Musée Juif de Bruxelles, quelqu’un semble avoir éteint la lumière et nous paraissons collectivement bien démunis dans le camp du vivre-ensemble. Mais voilà que la rentrée apporte son cortège de bonnes nouvelles. En vrac : la Cour d’appel de Paris confirmant la condamnation du directeur de Minute à 10.000 euros d’amende pour la une du journal qui comparait la ministre de la Justice Christiane Taubira à un animal. En France, en 2015, il est impossible de titrer « Maligne comme un signe, Taubira retrouve la banane » et c’est tant mieux, parce que c’est abject. Autre nouvelle : Andrien Desport, l’ancien numéro 2 du Front National en Seine-et-Marne, a été condamné à quatre ans de prison, dont trois ans ferme pour avoir incendié treize voitures puis crié à la « montée de l’insécurité », preuve que le parti de Marine Le Pen ne change pas autant qu’elle voudrait nous le faire croire. Ces informations sont importantes et méritent plus que des entrefilets. Pourquoi ? Car elles signent la victoire de l’Etat de droit, le triomphe des valeurs républicaines, la vigilance de la justice face à la vague populiste qui semble à première vue tout emporter. Nous avons récemment traversé une grande phase d’abjection, entendu trop de propositions racistes servies en boucle par des chaines infos otages du Breaking News. Arrive enfin le temps des premiers jugements qui coïncide, par le plus grand des hasards, avec Kippour.
Peu à peu, les progressistes reprennent la main. En témoigne Le Système Soral, remarquable livre signé Robin D’Angelo et Mathieu Molard, deux journalistes du site d’information StreetPress. Un coup dur porté à l’idéologue d’extrême droite. Après six mois d’enquêtes, c’est en effet un système bien huilé, un véritable « facho business » qu’expose le document publié chez Calmann-Lévy. On y apprend tout des errances mondaines de celui qui se voulait d’abord écrivain, puis son attrait pour le PCF et sa proximité avec le clan Le Pen. On découvrira surtout que l’antisémitisme, l’homophobie et le conspirationnisme rapportent gros. « Culture pour Tous », la petite entreprise de haine d’Alain Soral, ne connaît pas la crise, bien au contraire. Selon les informations dévoilées dans l’enquête, « en octobre 2014, la PME a généré plus de 170.000 euros. Ce qui, rapporté sur un an, équivaudrait à plus de 2.000.000 d’euros de chiffre d’affaires ». A ce premier montant, il faut ajouter les droits d’auteurs des différents livres publiés par l’idéologue aux éditions Blanche : 300.000 euros depuis 1996. Ainsi exposé, démasqué, Soral devient vulnérable…
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