Les rudes vérités des « Gardiens des portes »

 

Dans le documentaire « The Gatekeepers » à ne pas manquer demain soir* , six anciens dirigeants du Shin Bet parlent de leurs combats mais aussi de la médiocrité des dirigeants qu’ils ont servi, B. Netanyahou en tête. Effrayant.

« Quand je regarde Netanyahou, je ne vois pas en lui la moindre étoffe d’un chef…  Rabin, Peres, Sharon et Olmert savaient placer l’intérêt national au-dessus de toute autre considération. Ce n’est pas le cas avec Barak et lui. Leurs intérêts personnels semblent primer sur tout le reste.»(Yuval Diskin)

« Le futur est sombre. Noir est l’avenir. (…) Nous sommes devenus cruels envers nous-mêmes mais surtout envers la population que nous contrôlons sous prétexte de lutter contre le terrorisme. »(Avraham Shalom)

Encore ? « La tragédie du débat public sur la sécurité est que nous ne comprenons pas que nous sommes dans une situation frustrante où nous gagnons chaque bataille, mais nous perdons la guerre. » (Ami Ayalon)  

Ces propos –et bien d’autres-  on pourra les entendre à la télévision dès demain soir, dans un documentaire que l’Israélien Dror Moreh à ceux qu’il nomme les « Gatekeepers », les « Gardiens des portes »**

Six hommes, Avraham Shalom, Yaakov Peri, Carmi Gillon, Ami Ayalon, Avi Ditcher et Yuval Diskin qui ont tour à tour dirigé le Shin Bet (ou « Shabak »), le puissant service de sécurité intérieure d’Israël.

A ce poste, ils ont espionné, emprisonné, interrogé – torturé-  commis des assassinats ciblés pour défendre leur pays. Des professionnels durs, impitoyables qui, comme Avraham Shalom, sont persuadés que  «dans la guerre contre le terrorisme, il n’y a pas de morale».

On peut les critiquer ou les couvrir de louanges, juger leurs actions incompatibles avec la démocratie ou faire la part de la raison d’Etat. Mais nul ne peut nier la froide lucidité de ces spécialistes qui, mieux que personne, connaissent le dessous des cartes.

Or, tous affirment que la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie « n’est pas viable à long terme ». Tous jugent suicidaire la politique des chefs de gouvernement israéliens qui ont succédé à Itzhak Rabin.

Et aucun n’éprouve ni respect ni considération pour ces dirigeants politiques. Avec une mention spéciale pour l’actuel –et sans doute futur- Premier Ministre, Benjamin Netanyahou, décrit, entre autres, comme indécis, irresponsable, soucieux d’abord de son image.

Dans une interview au quotidien Yediot Aharonot,  Youval Diskin, qui les a longuement fréquentés, décrit B. Netanyahou et E. Barak, fumant de gros cigares et buvant du whisky en débattant avec désinvolture du  sort à réserver au nucléaire iranien

Et il précise : « Netanyahou veut rester dans l’histoire comme l’égal de Menahem Begin qui a bombardé le site nucléaire irakien « Osirak » en 1981. Heureusement pour nous, il est habituellement paralysé par ses craintes.»

« Il faut parler avec tout le monde, le Hamas, Ahmadinedjad, n’importe qui.»  

Son prédécesseur, Avi Dichter n’est guère plus tendre avec la manière dont B. Netanyahou gère les négociations avec l’Autorité palestinienne : « On ne fait pas la paix avec des méthodes militaires. La paix se construit sur la confiance »

Et de préciser :Moi qui connais bien les Palestiniens, je pense que cela ne devrait pas être difficile d’instaurer une véritable relation de confiance avec eux. »Avraham Shalom ne dit pas autre chose : « Je suis prêt à parler tous les interlocuteurs possibles.

Il n’y a pas d’alternative. Il faut parler avec tout le monde, ce qui inclut même le Hamas, Ahmadinedjad, n’importe qui.» Conclusion « Et si en face, ils répondent mal, il faut continuer à parler, il n’y a pas d’autre choix.» (A. Dichter) 

On attend avec intérêt les commentaires de ceux qui traitent  « d’intellectuels en pantoufle », « d’idiots utiles » ou de « Juifs honteux » ceux qui, en Israël ou en diaspora, énoncent les mêmes idées…

Avec tout cela, il faut rendre cette justice au gouvernement actuel : bien qu’il ait fort peu, goûté, on s’en doute, ce documentaire, il n’a rien tenté pour empêcher ou limiter sa diffusion en Israël.

Preuve qu’en dépit des attaques répétées de l’extrême droite, Israël demeure une démocratie dans laquelle la liberté de parole prévaut toujours. Cela aussi méritait d’être relevé.

*Dans le documentaire «The Gatekeepers », coproduit avec une maison de production belge « Wild Heart Productions ».

**Référence à un des noms de Dieu : « Gardien des portes d’Israël ».

A VOIR (sous le titre « Israël confidential »)  CE MERCREDI 27/2 A 22H SUR LA UNE (et sur la Trois, le dimanche 3 mars à 21h)

 

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