Je viens de terminer la lecture du dernier numéro de l’Agenda interculturel (n°303). Son dossier principal est des plus actuels pour poser la question des limites de l’humour. Un tel dossier ne pouvait faire l’économie d’une analyse du phénomène Dieudonné. Elle a été confiée au sympathique, mais décidément incorrigible président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, entendez mon collègue de l’ULB, Dan Van Raemdonck.
Pourquoi incorrigible ? Parce que notre homme ne doute pas un seul instant et ce, depuis le début de l’affaire Dieudonné, de la sincérité de ce pseudo-humoriste. A lire l’interview que notre brillant professeur de linguistique a accordé à Nathalie Caprioli, « le travail » de Dieudonné ne serait pas tant haineux (il le concède toutefois) que maladroit et… avant-gardiste. Dieudonné ne serait rien moins qu’un « créateur d’art contemporain », dont le seul tort serait de manquer « d’éthique de réception » : « il ne suffit pas de lancer des bombes, il faut aussi vérifier comment les spectateurs vont les recevoir ».
Dieudonné ne viserait qu’à ouvrir aux Noirs un peu de cet espace médiatique et compassionnel -apparemment- totalement confisqué par les Juifs. « L’Humoriste » est présenté comme presque obligé à « toucherà la communauté juive dont le caractère victimaire a été sacralisé ». Vous ne le savez sans doute pas mais nous Juifs serions, ni plus ni moins, malades de la Shoah et ce, autant pour en avoir été les victimes que, bien davantage, pour en tirer bénéfice. La Mémoire de la Shoah permettrait de manipuler la mauvaise conscience occidentale au bénéfice de l’Etat oppresseur israélien. Et notre vice-président de la Fédération internationale de la Ligue des Droits de l’Homme de rappeler que « l’Etat d’Israël qui commet des violences à l’égard du peuple palestinien doit pouvoir être condamné », bref qu’il ne faudrait surtout pas confondre antisionisme et antisémitisme !
Certes et alors, car là n’est absolument pas la question ! On aimerait croire Dan Van Raemdonck sur parole, bref de n’envisager Dieudonné que sous l’angle antisioniste. Malheureusement, il n’en est rien. Dieudonné n’est pas un nouveau Desproges, briseur de tabou et/ou artiste artificier. Il suffit de surfer sur internet pour se persuader que son antisionisme est de l’ordre du délire démonologique. Le sionisme est présenté comme le principe du mal comme en témoigne, ici, cette très récente interview accordée, en français, à la chaîne iranienne Sahar1 :
Question : « Pourquoi le sionisme essaie tant de faire des crimes de par le monde ? »
Dieudonné : « C’est profondément une science du mensonge et une haine profonde de l’humanité. Il me semble que c’est une épreuve envoyée à l’Humanité, mais que nous allons dépasser. Le sionisme joue sur nos instincts les plus bas. Le sionisme partout où il arrive tente d’enlever les valeurs morales du pays (…) Il nous tente (…) C’est la tentation dont a parlé le Christ (…) Les valeurs islamiques arrivent partout dans le monde et c’est pour cela que le sionisme développe une communication islamophobe. Le sionisme a tué le Christ. C’est le sionisme qui prétendait que Jésus était le fils d’une putain (…) or, Jésus a annoncé la venue du prophète, euh… du messager ».
Dieudonné apparaît, au pire, comme un antisémite primaire, au mieux, comme un agent stipendié de l’Etat islamiste iranien. A interdire donc… sans modération.
P.S. : J’étais à Kigali lorsqu’est tombée la terrible nouvelle de la disparition de Nathan Ramet. C’est une perte tragique pour le judaïsme belge. Les années 2011 et 2012 resteront comme des anni horribiles. Elles auront vu disparaître, de David Susskind à Georges Schnek, nos Pères fondateurs.
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