Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de 6 ans et une blondinette de 3 ans qui aiment la vie
Le ptit gars : « J’ai pas envie, moi, de mourir »
Je me souviens d’une petite fille qui avait perdu sa mamy et qui me l’avait annoncé ainsi : « Elle est partie sur une étoile », m’avait-elle dit, j’avais trouvé cela très joli. Mes enfants semblent plus terre à terre, à tort ou à raison peut-être. Difficile en effet pour un parent de savoir comment aborder le sujet. Surtout que celui-là vient généralement de façon impromptue. Comme ce matin, où j’ai eu beau diminuer le volume de la radio, il était trop tard, le ptit gars avait déjà tout entendu. Un jeune garçon pendant la nuit était tombé de son balcon et avait été retrouvé mort… « C’est pas très chouette hein de vivre que jusque 7 ans ! », m’a lancé le mien, tandis que je négociais délicatement un virage enneigé. Avant de continuer : « Alors qu’il y en a qui vivent jusque 15 ans, comme toi, pas vrai Maman ? ». J’ai tout de suite retrouvé le sourire, m’entendant le corriger : « Euh oui, à peu de choses près, oui ».
Depuis quelques semaines, la mort semble beaucoup les préoccuper. Et toutes les occasions sont bonnes. En évoquant l’histoire de Pessah, la blondinette a tenu à souligner : « C’est triste d’être un esclave, mais être mort, c’est encore pire ! ». Le ptit gars lui compare carrément les dates d’anniversaire de ses copains pour en déduire qui disparaitra le premier. « Je suis né en mai et Lucien, en décembre, alors ça veut dire que ce sera moi… Mais j’ai pas envie, moi, de mourir », s’est-il exclamé un jour, au bord des larmes. « Attends deux secondes tout de même », n’ai-je pu m’empêcher de lui répondre, un peu prise au dépourvu. Dans le même registre, il m’avait déjà confié qu’il ne voulait pas être papa, « parce qu’après, on est papy, et puis on meurt ! ». Quand je vous dis qu’il est plutôt terre à terre.
Pas toujours facile, c’est vrai, de trouver la réponse à ce genre d’inquiétudes et de questions existentielles somme toute assez normales. Comme tout bon Juif, je me suis néanmoins demandé s’il pouvait déjà s’agir du traumatisme de la troisième génération de la Shoah, étant moi-même de la deuxième et pas tout à fait indemne. A six ans, il est heureusement encore trop jeune pour entendre l’histoire de notre famille, mais nous savons qu’un jour, il faudra bien la lui raconter. Que le silence fait généralement plus de ravages que la vérité.
Face aux peurs et aux interrogations du ptit gars, en attendant qu’il gagne en âge, j’ai finalement trouvé la parade pour le rassurer : « On meurt seulement quand on est très très très vieux ou très très très malade », lui ai-je précisé. « En plus chez les Juifs, on a de la chance, on vit jusque 120 ans ! ».