Qu’est-ce que l’antisémitisme sinon le fait de faire des Juifs une exception, une anomalie de l’espèce humaine pour en arriver logiquement à les considérer comme illégitimes sur terre ; d’où les processus d’expulsion, ici, du Brabant en 1370, là, de l’Espagne en 1492 ; d’où encore cette Shoah qui emporta le cœur de la judaïcité européenne.
En cela l’antisémitisme participe de cette notion bien connue de deux poids deux mesures (double standard en anglais) qui désigne le fait de juger différemment un même événement, une même action, suivant la qualité ethnique, religieuse ou sexuée de l’auteur.
Cette notion de deux poids deux mesures permet de comprendre en quoi l’antisionisme radical ressortit directement à l’antisémitisme. Qu’est-ce en effet que l’antisionisme radical sinon cette même mécanique qui place l’Etat juif en anomalie, en parasite, en (unique) nation illégale de la Communauté internationale ; d’où les rêves de nombre de ses détracteurs de le voir tout simplement disparaître. Le propos pourrait paraître excessif, n’étaient les agissements et les revendications de ces mouvements citoyens et de ces hommes politiques qui n’exigeront jamais que le boycott d’un seul Etat : Israël.
C’est ainsi que le 21 mai dernier, la Navarre est devenue la première région espagnole à soutenir le collectif antisioniste (radical) BDS qui promeut un boycott intégral d’Israël, c’est-à-dire non seulement politique et économique, mais aussi sportif, culturel et académique. Le fait à souligner ici est que l’objectif de la motion est bien moins d’amener le gouvernement israélien à modifier sa politique à l’égard des Palestiniens qu’à saper les fondements même du sionisme. Le confirment les propos du leader du parti d’extrême gauche Podemos, Pablo Iglesias Turrión, qui en vint à qualifier Israël d’« Etat illégal » à la suite d’une résolution similaire adoptée en la ville de Valence.
Traiter un Etat d’illégal n’est pas anodin : cette qualification revient tout simplement à le proposer à la casse. L’Etat d’Israël est bien à la Communauté internationale ce que le Juif fut à la Communauté nationale : superflu, illégal, illégitime, 500 ans après que les Juifs aient été désignés comme de trop sur la terre d’Espagne, le chef du troisième parti politique espagnol décrète l’Etat des Juifs de trop sur Terre. Cherchez l’erreur ou plutôt la cohérence. Plus que jamais l’antisionisme radical apparaît pour ce qu’il est : tout à la fois l’expression inconsciente et la fonction du rapport embarrassé et/ou coupable du monde aux Juifs. Est-ce vraiment par hasard si l’antisionisme radical apparaît particulièrement vigoureux parmi tous ces peuples qui n’ont toujours pas digéré leur politique antisémite de 1492 à 1942 ?
Par une étrange translation, l’Etat des Juifs est devenu le Juif des Nations comme l’atteste tout autant l’acharnement antisioniste (radical) du Conseil des droits de l’Homme. Car contrairement à ce qu’avance l’universitaire François Dubuisson, récemment interrogé par Le Soir suite au départ des Etats-Unis, Israël est bien loin d’être traité comme toutes les autres nations. Loin s’en faut. L’Etat juif est le seul pays au monde ayant un point fixe (appelé point 7) à l’ordre du jour de chaque session, soit trois fois par an. Il est ainsi le seul pays à faire l’objet d’une surveillance constante, spécificité déjà critiquée en 2008 par l’ancien secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, et la démocrate Hillary Clinton. « Israël pas discriminé ? », alors qu’entre 2006 et 2018, l’Etat juif s’est retrouvé condamné dans 78 résolutions, c’est-à-dire plus que pour tout le reste du monde réuni : Soudan, Iran, Arabie Saoudite, Syrie, Corée du Nord compris ! Cette statistique, qui a manifestement échappé à notre expert, est un exemple typique de ce double standard qui exige du seul Etat juif un comportement qui n’est attendu ni requis d’aucun autre Etat, qu’il soit dictatorial ou démocratique.
Rappelons encore à toutes fins utiles que ce même Conseil si bénéfique, dit-on, aux droits de l’Homme en vint à (ré)élire, en 2013, Jean Ziegler comme rapporteur spécial et ce, malgré les objections de l’ambassadrice (démocrate) des Etats-Unis, Samantha Power, et du parlement suisse. Pourquoi s’en offusquer ? Parce que cet homme est tout sauf un modèle d’éthique pour avoir, notamment, fondé et géré le prix Kadhafi des droits de l’Homme (sic) pour le moins richement doté (250.000$). Les récipiendaires du Prix interrogent. C’est le moins qu’on puisse avancer. M. Ziegler, l’enfant chéri des médias belges et des milieux progressistes, en vint non seulement à le décerner à Hugo Chavez, à Louis Farrakhan, à Mahathir bin Mohamad, à Roger Garaudy ou encore, en 2010, à Recep Tayyip Erdogan, le dernier impétrant juste avant la chute du dictateur libyen, mais encore et surtout à se… l’octroyer (2002). Il n’est pas suisse pour rien !
Comment ne pas regretter la décision des Etats-Unis de quitter cette autre institution onusienne qui se verra, dès lors, plus que jamais soumise aux diktats et marchandages indignes de ses plus notables 47 membres, parmi lesquels figurent l’Arabie Saoudite, le Burundi, la Chine, Cuba, le Qatar ou encore le Venezuela ?
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