A priori, le suspense semble limité : il n’y a pas photo entre les deux candidats que les 125.000 membres du Likoud sont appelés à (ré)élire aujourd’hui comme chef de leur parti : Benjamin Netanyahou et Moshé Feiglin. Mais ce scrutin recouvre d’autres enjeux…
Sauf énorme surprise, l’actuel Premier ministre devrait être réélu haut la main. Sa popularité est très grande dans le pays en ce moment, surtout grâce à la libération de Guilad Shalit. C’est d’ailleurs pourquoi il a avancé la date de ces primaires.
Dans la foulée, il pourrait d’ailleurs, selon la rumeur, procéder de même avec les élections législatives prévues fin 2013. Reste que le résultat de son challenger ne laissera pas la classe politique indifférente.
Car Moshé Feiglin n’est pas un politicien quelconque. C’est l’homme des colons au sein du Likoud. D’ailleurs, il habite lui-même à Karnei Shomron, une colonie de Cisjordanie, et ses ennemis le comparent volontiers au rabbin fasciste, Méïr Kahane, le fondateur du « Kach ».
Ce que ses partisans dénient farouchement en expliquant que, s’il y a quelques points de convergence idéologiques, l’organisation de Feiglin, Manhigut Yehudit (« Leadership Juif ») est, elle, tout à fait non violente. Dont acte. Quoique.
M. Feiglin considère tout de même l’assassinat par Barouch Goldstein de 23 musulmans en prières à Hébron en 1994 comme un « acte de résistance ». Et lui-même a été condamné à six mois de prison pour sa virulente campagne de « désobéissance civile » contre Yitzhak Rabin.
Il est vrai que s’il est pour le « transfert » de tous les Arabes du « Grand Israël » en Jordanie, c’est sans brutalité : il suffira, expliquait-il en 2005, de leur couper l’eau et l’électricité…
Il a aussi suggéré en 2008 de lancer une « guerre sainte » contre « les personnes compatissantes et les pacifistes qui donnent des armes aux meurtriers arabes ». Moyennant quoi, le gouvernement britannique lui a interdit l’entrée de son territoire…
C’est donc cet homme-là qui conteste la suprématie de B Netanyahou sur son parti. Et ce n’est pas la première fois. Feiglin s’était déjà présenté en 2003 au poste de leader du Likoud, alors dirigé par Ariel Sharon : à l’époque, il avait obtenu 3% des voix.
Sans se décourager, il avait incité les colons à pratiquer ce qu’un commentateur israélien avait appelé « de l’entrisme hostile ». C’est-à-dire, même s’ils le trouvaient trop mou, d’adhérer au Likoud pour en influencer la ligne politique.
Résultat : en décembre 2005, toujours pour le poste de leader, Feiglin passa à 12,5% des voix. Un score qu’il doubla lors des dernières primaires de 2007 en montant à 24%. Pourtant, les colons, en eux-mêmes, ne représentent qu’environ 9% des membres du Likoud.
Un score « historique » pour Feiglin ?
Mais ils ont une influence beaucoup plus grande parce qu’ils ont une grande capacité de mobilisation, à l’inverse du reste des militants du parti. Ce qui leur permet, entre autres, de jouer un rôle majeur dans la désignation des candidats à la Knesset.
Si on sait que ce sont les mieux placés qui ont non seulement davantage de chance d’être élus mais aussi de devenir ministres, on comprend que si on a des ambitions au sein du Likoud, il vaut mieux adopter les idées de Feiglin.
Pour ces primaires-ci, les sondages lui prédisent entre 25 et 30% des suffrages, ce qui serait déjà un succès en confirmant son importance au sein du parti. Mais la crainte qui donne des sueurs froides aux conseiller du Premier ministre, c’est que la participation soit vraiment faible.
Comme les partisans de Feiglin se mobilisent, eux, à 100%, il pourrait alors atteindre un score « historique » et même, qui sait… Outre un échec personnel pour M. Netanyahou, ce serait aussi un danger mortel pour le Likoud.
S’il était assimilé aux plus durs des colons, il risquerait de voir se détacher de lui ses électeurs centristes ou modérés au profit de son principal adversaire, le parti Kadima. Et comme les deux partis sont quasi à égalité…
Un seul bon côté dans cette histoire pour le Premier ministre : par sa simple présence, Moshé Feiglin le recentre. B. Netanyahou n’est-il pas prêt, lui, à démanteler l’une ou l’autre colonie illégale ?
N’admet-il pas, en paroles du moins, le principe d’un Etat palestinien, si réduit soit-il ? De quoi apparaître aux yeux de M. Feiglin et ses amis comme un dangereux gauchiste. Et donc, à ceux du reste de la population, comme un homme raisonnable et modéré…
Il sera en tout cas intéressant d’observer les résultats des primaires d’aujourd’hui : elles constitueront un bon baromètre de la dérive vers l’extrême droite de la classe politique israélienne. Et de ceux qui l’élisent.
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